Elle : C’est déprimant, la pluie… Toute cette eau sur les vitres… On ne voit rien du paysage ! Merci pour la ballade ! J’ai toujours détesté la pluie.Lui : En même temps, ça lave la voiture.Elle : Pardon ?Lui : En même temps, ça lave la voiture !Elle : Ça m’étonnerait ! Vu comme elle colle sur le pare-brise, c’est de la pluie pleine de poussières. Il y en a plein, de la poussière, dans cette région. La voiture sera plus sale encore ! J’ai toujours détesté cette région…Lui : Eh bien disons que ça lave le ciel.Elle : Pardon ?Lui : Non rien…Elle : Parle plus fort ! Je t’entends pas, à cause du bruit des essuie-glaces…Lui : J’ai dit : la pluie, ça lave le ciel !Elle : Si tu penses que c’est le moment de faire dans la poésie…Lui : C’était une expression.Elle : Tiens, d’ailleurs, puisque tu en parles : tu crois, toi, qu’il y a quelque chose dans le ciel ? Je veux dire à part les nuages, la pluie et les poussières : tu crois qu’il y a un Dieu ?Lui : Et toi, tu pourrais me dire quand on doit quitter l’autoroute ?Elle : Pardon ?Lui : Tu pourrais me dire quand on doit quitter l’autoroute ?!Elle : T’as pas regardé avant de partir ?Lui : Si, mais j’ai oublié le numéro de la sortie.Elle : Et moi j’ai oublié mes boucles d’oreille… Tu ne pouvais pas me prévenir que je n’avais pas mes boucles d’oreille ?Flashs lumineux venus d’en face.Elle : Pourquoi tu ralentis ?Lui : J’ai l’impression qu’on s’approche d’un radar.Elle : T’as oublié le numéro de la sortie mais tu te souviens de l’emplacement des radars, là franchement tu m’épates !Lui : Non, c’est le gars d’en face qui vient de faire des appels de phares.Elle : C’était peut-être une fille.Flashs lumineux venus d’en face.Elle : Ou alors c’est un accident. C’est déprimant les accidents. Ils nous racontent qu’il y en a de moins en moins, mais moi j’en vois de plus en plus ! J’ai toujours détesté les accidents.Lui : Tu me diras pour la sortie ?Elle : Comment veux-tu que je devine ?Lui : Tu as la carte sur les genoux.Elle : Mais y’a des traits partout !Lui : C’est le principe d’une carte routière. Les traits, ce sont les routes.Elle : Je n’ai jamais su lire une carte.Lui : On est sur le trait bleu.Elle : Pardon ?Lui : On est sur le trait bleu !Elle : Celui qui s’en va vers la mer ?Lui : Non. Celui-là, c’est une rivière.Flashs lumineux venus d’en face.Elle : Oui bon ça va, on a compris ! Ça devient énervant, tous ces appels de phares ! Ça me déprime, les appels de phare…Lui : Ils font ça pour rendre service.Elle : On ne leur a rien demandé !Lui : Moi, en revanche, je t’ai demandé si tu pouvais regarder la carte et me dire à quel moment faut qu’on quitte l’autoroute.Elle : Et moi je t’ai demandé si tu croyais en Dieu.Flashs lumineux venus d’en haut.Lui : Ça c’était les éclairs… Et maintenant le tonnerre… Un… Deux… Trois…Coup de tonnerre.Lui : Elle n’est pas tombée loin.Elle : Pardon ? Je t’entends pas, à cause du bruit des essuie-glaces…Lui : La foudre n’est pas tombée loin !Elle : Qu’est ce qui te fait dire ça ?Lui : J’ai juste compté jusqu’à trois.Elle : Et tu crois que c’est en comptant jusqu’à trois que tu as fais tomber la foudre ? Excuse-moi si je te vexe, mais j’ai du mal à croire en tes pouvoirs surnaturels.Lui : Je n’ai pas dit que c’était moi qui avais fait tomber la foudre.Elle : D’ailleurs en Dieu non plus, je ne crois pas vraiment. Pas plus qu’en tes pouvoirs surnaturels.Lui : Je n’ai jamais dit que j’avais des pouvoirs surnaturels !Elle : Enfin des fois j’y crois et des fois j’y crois pas.Lui : En mes pouvoirs surnaturels ?Elle : Mais non ! En Dieu ! Des fois j’y crois et des fois pas. Ça dépend du contexte.Lui : Si ça dépend du contexte, c’est que tu n’y crois pas.Elle : Pardon ?Lui : Si ça dépend du contexte, c’est que tu n’y crois pas !Elle : Mais si ! Quand il fait beau, par exemple, j’ai le sentiment qu’il existe. Je regarde le soleil et je me dis quand même, un truc pareil, un truc qui chauffe et illumine la Terre, un truc qui fait à la fois radiateur et ampoule sans même qu’on ait besoin d’appuyer sur un bouton, un truc pareil si ça c’est pas la preuve de l’existence de Dieu !Lui : Tu penseras à me dire le numéro de la sortie ?Flashs lumineux venus d’en haut.Elle : Par contre, quand il fait moche comme aujourd’hui, là je me dis que Dieu n’existe pas, c’est impossible. S’il existait, il n’autoriserait pas des journées aussi déprimantes ! On n’y voit rien. On n’entend que la pluie…Coup de tonnerre.Elle : La pluie et le tonnerre… J’ai toujours détesté le tonnerre.Lui : Tu penseras à me dire le numéro de la sortie ?Elle : En plus, il y a la faim dans le monde, il y a les guerres, la pauvreté, les maladies… Si ça c’est pas la preuve que Dieu n’existe pas ! Et puis j’ai oublié de mettre mes boucles d’oreille…Lui : Franchement, ce n’est pas très grave. Vu le contexte, comme tu dis…Elle : Ne sois pas non plus si lugubre ! Déjà que tout le monde va faire la tête ! C’est marqué quoi sur le panneau ?Lui : C’est marqué ‘Sortie 8 dans 9 kilomètres’.Elle : Il fallait prendre celle d’avant. T’as qu’à faire demi-tour.Lui : On ne fait pas demi-tour sur l’autoroute, c’est interdit et c’est dangereux. Donc on prend la prochaine sortie et après tu me passes la carte.Elle : Si tu préfères qu’on soit en retard…Il accélère.Elle : C’est vrai que c’est pas très grave si je n’ai pas de boucles d’oreille ? Les gens ne vont pas se moquer de moi ?Lui : Les gens c’est ma famille et ils seront là pour ma grand-mère. Tout le monde se fiche que t’aies ou pas des boucles d’oreille.Elle : De toute façon, dans ta famille, ils n’ont jamais fait attention à moi.Lui : Tu as toujours détesté ma famille.Elle : Pardon ?Lui : Tu peux préparer la monnaie pour le péage, qu’on ne perde pas davantage de temps ?Elle : T’as pas ton portefeuille ?Lui : Je te rembourserai.Elle : Mais non, je paye, j’y tiens, je participe aux frais ! Vu le prix hallucinant que t’as déjà mis dans la gerbe !Lui : Ce sont des fleurs pour ma grand-mère.Elle : Un bouquet rond c’est bien aussi et c’est beaucoup moins cher.Lui : Je l’aimais beaucoup, ma grand-mère.Elle : Et moi j’ai toujours détesté les enterrements. C’est déprimant, les enterrements.Il accélère encore.Elle : En plus, elle était quand même super chiante, ta grand-mère !Flashs lumineux venus de l’arrière.Elle : T’as vu ? Maintenant même les voitures qui suivent font des appels de phares. Tu sais que si ça se trouve, c’est une tradition de la région ! A cause du temps et de la poussière, les gens de la région sont tellement déprimés que pour se distraire, toute la journée, ils se font des appels de phares !Lui : Ce n’était pas des appels de phares.Elle : Pardon ?Lui : Ce n’était pas des appels de phares !Elle : Ah bon donc c’était quoi ? C’est toi qui a fait de la lumière à l’aide de tes pouvoirs surnaturels ? Ou alors c’était Dieu ? Ou bien tu crois que c’est ta grand-mère qui a voulu te faire un signe et te remercier pour ta gerbe ?Lui : Non. Là, c’était un radar.

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