La Guadeloupe et la Martinique sont victimes d'une grave crise sanitaire depuis quelques mois. Leurs plages sont envahies de sargasses. Ces algues de couleur brune stagnent sur le rivage, compliquent fortement le quotidien des habitants et menacent même leur santé.

La commune de Sainte-Anne, en Guadeloupe, tente de lutter contre cette invasion avec des moyens dérisoires face à l'ampleur du phénomène.
La commune de Sainte-Anne, en Guadeloupe, tente de lutter contre cette invasion avec des moyens dérisoires face à l'ampleur du phénomène. © Maxppp / EMMANUEL LELAIDIER

J'avais des étouffements donc je suis sous Ventoline maintenant. Mais pourtant je ne suis pas asthmatique.

Au Marigot, une commune au nord de la Martinique, Marlène commence à souffrir gravement de cette invasion d'algues. Depuis sa maison en bord de mer, elle a une vue imprenable sur la plage où s'amassent désormais des tas de sargasses. Ces algues dégagent une odeur nauséabonde et lorsqu'elles se décomposent à l'air libre, elles émettent de l'hydrogène sulfuré (H2S). Ce gaz serait à l'origine des problèmes respiratoires de Marlène. 

Les émanations toxiques affecteraient aussi l'ensemble de ses appareils électroménagers : "J'ai déjà changé de cafetières deux fois, mon congélateur est tombé en panne, raconte-t-elle. Si je pouvais, j'irais vivre ailleurs." 

Les marins-pêcheurs sont également les victimes collatérales de cette invasion. François a réparé le moteur de son bateau deux fois en deux ans : "Dans les sargasses on trouve des obstacles comme du bois ou encore des filets. Ça casse les moteurs."

Et ça ne s'arrête pas là. En juin dernier, la municipalité de la ville de Sainte-Anne en Guadeloupe a fermé certains de ses établissements scolaires car les enfants sont plus largement exposés au risque d'intoxication. La commune a également interdit la baignade ainsi que les activités nautiques sur la plage des Salines. 

Des restrictions qui affectent un des piliers de l'économie de ces îles : le tourisme. Les plages recouvertes d'algues sont désertées par les visiteurs et les commerces alentours en souffrent. Françoise est propriétaire d'un restaurant dans le centre-ville de Marigot, en Martinique : "En moyenne je faisais une dizaine de repas par jour, là je suis à un repas ! Financièrement c'est difficile… Mais que pouvons-nous y faire ?" 

Comment faire face au problème ? 

Les municipalités tentent, comme elles peuvent, de faire face à cet envahissement. En Martinique, Franck Robine, le préfet de l'île, expliquait qu'une centaine de personnes ainsi qu'une trentaine d'engins étaient mobilisés quotidiennement pour ramasser les algues. "Entre le mois de mars et le mois d'avril ces opérations ont coûté 1,6 millions d'euros", explique-t-il. Les communes affectées estiment le coût des dégâts à plusieurs centaine de milliers, voire des millions d'euros. Les habitants ne peuvent pas prendre part aux ramassages puisque cela les exposerait à un risque sanitaire élevé.

Le 11 juin dernier, le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, avait annoncé un plan de 10 millions d'euros pour aider les municipalités locales. Mais selon Radio Caraïbe Internationale en Martinique, les aides apportées par l'État ne suffisent pas. 

D'où viennent ces algues ? 

Les sargasses vivent dans les eaux tropicales et sont très présentes dans la mer des Sargasses, située au large des côtes est des États-Unis. Des amas d'algues sont régulièrement emportés par les systèmes de courants et sont dispersés dans l'océan Atlantique. 

Un rapport de la DEAL (direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement) de Guadeloupe, publié en 2015, explique que de récents travaux ont montré dans un premier temps "qu'il n'est pas possible de corréler l'arrivée de sargasses dans la zone caraïbes avec la mer des sargasses". Par ailleurs, "les eaux de surface de la zone nord équatoriale sont chaudes et relativement riches en nutriments et donc propices à un fort développement de sargasses". Le rapport précise que ces nutriments "proviennent du fleuve Congo (en Afrique), de l'Amazone, des upwellings - remontées d'eau - équatoriaux et des poussières de sables du Sahara." 

Il est compliqué de connaître la provenance exacte de ces espèces invasives. Mais la DEAL finit par conclure que ces événements anormaux pourraient être "associé à de plus grandes fluctuations de la dynamique des écosystèmes régionaux, notamment en lien avec le dérèglement climatique".

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