Les apiculteurs étaient réunis jeudi sur l'esplanade des Invalides et un peu partout en France pour interpeller les autorités sur les 80% de pertes qui affectent leurs cheptels. En cause, l'utilisation abondante d'insecticides qui provoque la lente agonie des abeilles et la dégradation de leur environnement.

Des apiculteurs mobilisés sur l’esplanades des Invalides.
Des apiculteurs mobilisés sur l’esplanades des Invalides. © Radio France / Rosalie Lafarge

L'ambiance était macabre, jeudi matin, sur l'esplanade des Invalides. Cercueils et ruches en main, symboles des pertes enregistrées cet hiver, des apiculteurs venus des quatre coins de la France se sont rassemblés pour exhorter le gouvernement à réagir face à l'hécatombe qui touche leurs colonies. Marie Georgi est venue des Côtes d'Armor. Sur ses 260 ruches, seules 60 ont subsisté. Thomas Le Glatin, lui, a dû faire une croix sur 85% de ses abeilles. Une catastrophe pour ces petits producteurs qui représentent la majorité des 70 000 apiculteurs que comptent la France. 

Aujourd'hui, on a franchi un cap supplémentaire (Thomas Le Glatin, apiculteur)

Marie Georgi a enregistré près de 80% de perte au sein de sa colonie d'abeilles.
Marie Georgi a enregistré près de 80% de perte au sein de sa colonie d'abeilles. © Radio France / Rosalie Lafarge

Dans les années 90, les taux de mortalité des abeilles dans les ruches atteignaient à peine les 5%. Aujourd'hui, 50 à 90% de la plupart des colonies ont été décimés. À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Face à une situation quasi irréversible, les apiculteurs ont lancé un cri d'alarme au gouvernement en réclamant la mise en place d'un plan de soutien extraordinaire et "un environnement viable pour les colonies d'abeilles".

Le syndicat apicole de l'Aisne a déposé hier une plainte pénale, car un de ses adhérents a découvert dans son miel du glyphosate, le très controversé et probable cancérigène herbicide de Monsanto qu'Emmanuel Macron s'est engagé à proscrire en France d'ici à 2021 : 

1'19

Pour la première fois, des apiculteurs portent plainte en France contre le fabricant d'herbicide Monsanto/Bayer pour "administration de substances nuisibles"

Par Philippe Randé

Nicolas Hulot, invité surprise du rassemblement

Nicolas Hulot a tenu à montrer son soutien aux apiculteurs en ce rendant jeudi matin aux Invalides. Le ministre de la Transition écologique a assuré que le sujet avait été pris en compte au sein du gouvernement : "Ce qui est important c'est que ce soit irréversible, programmé, et qu'on essaie que personne ne soit dans une impasse".  Ciblé par de vives critiques sur le recul de l'Assemblée vis-à-vis du glyphosate, Nicolas Hulot a ajouté qu'il promettait de les soutenir dans leur action et leurs pourparlers avec le gouvernement.

Un peu plus tard dans la matinée, les manifestants, accompagnés d'un autre invité surprise, Yannick Jadot, ont été stoppés dans leur marche vers le Palais de l'Elysée par les forces de l'ordre, comme en témoigne le député européen EELV sur son compte Twitter :

"Le mépris continue", s'est énervé l'eurodéputé. "La biodiversité ne mérite pas d'être bloquée sur un pont par les forces de l'ordre", a-t-il déclaré, en publiant une vidéo de lui-même, un cadre de ruche dans les mains, faisant face aux CRS sur le pont Alexandre III. Les apiculteurs voulaient en fait réaliser une action symbolique, leurs ruches décimées à la main, avant d'être reçus par le ministre de l'Agriculture dans l'après-midi. Stéphane Travert les a finalement reçus en courant d'après-midi pour faire un état des lieux de la situation et évaluer les mesures à prendre pour y remédier.

Des insecticides responsables de la disparition des abeilles ?

Les néonicotinoïdes. Ce jargon complexe désigne en réalité les insecticides susceptibles d'affecter la bonne santé des abeilles. Ces derniers s'attaquent au système nerveux des insectes, désorientent et affaiblissent les pollinisateurs, provoquant la lente agonie des exploitations.

En 30 ans d'arrivée sur le marché, c'est 80% des insectes qui ont disparu (Benjamin Sourice)

"Les néonicotinoïdes sont une substance sournoise, c'est prouvé, c'est nocif pour les abeilles et il y a un problème de rémanence de ces produits qui restent pendant deux ou trois ans dans le sol", a dénoncé Alain Rouchon, président du syndicat des apiculteurs du Rhône. Benjamin Sourice, spécialiste des questions de lobbying va plus loin et a dénoncé jeudi sur Franceinfo les pratiques des différents acteurs pour repousser toujours plus loin l'interdiction de ces produits : "La France est championne d'Europe de la dérogation pour l'utilisation de produits qui ont été interdits au niveau européen" dit-il, "et les grandes entreprises industrielles mettent en place 'la stratégie du doute', qui consiste à produire des contre-expertises soi-disant scientifiques afin de nier l'existence de tout problème avec leurs produits".

En France, la loi sur la biodiversité de 2016 prévoit pourtant l'interdiction des néonicotinoïdes à partir du 1er septembre 2018, avec des dérogations possibles au cas par cas jusqu'au 1er juillet 2020. Au niveau européen, trois néonicotinoïdes - clothianidine, thiaméthoxame et imidaclopride - ont été interdits dans toutes les cultures en plein champ. 

Quelques jours après le pas de côté de l'Assemblée sur l'entérinement de l'interdiction du glyphosate, Nicolas Hulot et le gouvernement pourrait-il voir dans la mobilisation des apiculteurs un moyen de se rattraper ? Ou pas...

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