Ils étaient 1200 Black Blocs, dans la manifestation du 1er mai mardi à Paris, à avoir détruit des magasins et du mobilier urbain. Dans une moindre envergure, ils pourraient recommencer, ce samedi, en s’infiltrant dans “La fête à Macron”, rassemblement initié par le député France Insoumise François Ruffin.

Membre des Black Blocs dans la manifestation du 1er mai 2018 organisée à Paris
Membre des Black Blocs dans la manifestation du 1er mai 2018 organisée à Paris © AFP / Juliette PAVY / CrowdSpark

Voix cassées, petits yeux et traits tirés sur leurs visages… Ils sont une dizaine de "Black Blocs" à la sortie d’un commissariat parisien, jeudi soir, venus chercher leurs amis placés en garde à vue. Leur méthode consiste à s’infiltrer dans une manifestation et à un moment se couvrir de vêtements noirs et cacher son visage pour casser magasins et mobiliers urbains, symbole selon eux du capitalisme et de l’État.

Fatigués, ils ne savent pas encore s’ils vont intégrer la "Fête à Macron" prévue samedi après-midi à Paris. "Nous ne sommes pas des mouvements structurés avec une tête qui décide des actions. Chacun n’est responsable que de soi-même, et est libre d’y aller ou pas", explique anonymement un anarchiste. 

"J'ai vu assez de flics pour un bon bout de temps"

A ses côtés, un étudiant, petites lunettes rondes et vêtements de marque, hésite à participer au mouvement de samedi : "J’ai souffert mardi. Je n’avais qu’un petit masque en tissus et ce n’était pas suffisant face à toutes les lacrymogènes envoyées par les flics", raconte le jeune homme attendant la sortie de sa copine de garde à vue. 

J’irai seulement si j’arrive à être bien équipé et protégé. J’ai fait le tour des magasins de bricolages de Paris et je n’ai pas trouvé de gros masque à gaz

Le placement en garde à vue de 209 Black Blocs après la manifestation du 1er Mai a mis un coup au moral à certains d’entre eux : "J’ai vu assez de flics pour un bon bout de temps, hors de question que j’y retourne samedi", lâche un homme sortant de 48 heures de garde à vue et encore habillé en noir.

"Je pense qu’on sera moins nombreux que mardi. Le 1er mai, c’était férié. Ça avait permis à des participants de venir de toute la France. Il y avait aussi beaucoup d’étrangers venus célébrer les 50 ans de Mai 68. Maintenant ils sont repartis", analyse un membre du Black Blocs.

"Mélenchon, Ruffin : ce sont des bourgeois"

Pourtant, ces jeunes pourraient avoir envie de mettre du plomb dans l’aile à l’évènement de la France Insoumise. Pour la plupart anarchistes, ils ne se reconnaissent pas dans l’extrême-gauche et n’accordent pas de légitimité aux institutions politiques. "Pour moi Ruffin, Mélenchon, et les autres, à partir du moment où ils ont accepté d’être élus à l’Assemblée nationale, ils deviennent des bourgeois, et, en ce sens, il faut les combattre", explique une jeune femme avec un tote-bag siglé "Université Paris 8".

Le 23 septembre dernier, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon organisait une marche à Paris contre les ordonnances de la loi Travail. Les Black Blocs s’étaient glissés dans la marche et des heurts avec des militants de la France Insoumise avaient éclatés. 

Un événement passé qui indique que leur présence pourrait être renouvelée. Deux services d’ordres seront présents place de l’Opéra pour encadrer le mouvement, et le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a assuré qu’il y aurait "encore plus de forces de l’ordre" lors des manifestations à venir. 

Plus de force de l’ordre qui pourraient avoir l’effet inverse qu’escompté et stimuler les participants au black blocs. Un d’eux file la métaphore :

Nous sommes une casserole d’eau bouillante. Plutôt que de baisser le feu pour nous calmer, le gouvernement pose un couvercle sur la casserole. A un moment ça va exploser.

Insoumis et Black Blocs : des objectifs distincts

Si les militants insoumis s’opposent à la politique d’Emmanuel Macron et de son gouvernement, la contestation des participants au Black Blocs va plus loin : ils luttent contre l’État et le capitalisme. Leurs objectifs sont donc distincts.

Au sein même des Black Blocs, les divisions existent : "Black Blocs, ce n’est pas un groupe uni, c’est un mode d’action. A un moment on se réunit, on attaque puis on arrête. Et chacun repart dans son coin. Il y a beaucoup d’anarchistes, mais aussi des autonomistes, des libertaires. Tout le monde peut décider à un moment de faire partie des Black Blocs", précise l’une d’elle. 

Des divergences existent aussi dans le mode d’action à employer : "Pour moi, on n’a pas besoin de s’agréger à une manif pour agir. On pourrait décider de se réunir qu’entre nous. Moi ça me gêne que notre action ait empêché des manifestants de défiler. Mais ça fait débat."

Diversité sociale revendiquée

Ce jour-là, ce sont principalement des étudiants ou des jeunes salariés qui sont réunis. Mais ils revendiquent une diversité sociale. Ils ont pour point commun de vivre dans la peur d’être fichés par les services de renseignement de la police. La plupart – ils ont tous voulu rester anonymes – utilisent des téléphones à clapet. Ce sont des modèles de téléphone simple qui ne sont pas doté de système de GPS, et évitent selon eux d’être "pistés". Certains ont aussi choisi de vivre sans portable, comme ce technicien dans un grand média français. 

La communication passe alors surtout par le bouche à oreille. Organisés, ils arrivent à faire circuler des listes d’avocats "Black Blocs friendly" pour défendre ceux présentés devant les juges. 

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