Manifestation de buralistes en colère à Perpignan
Manifestation de buralistes en colère à Perpignan © MaxPPP

Plusieurs tonnes de carottes, en référence au symbole stylisé des bureaux de tabac, ont été déversées à Paris à proximité du ministère des Finances, au pied d'une large banderole clamant "supprimer les buralistes ne fera pas baisser le tabagisme".

Le paquet neutre, "c'est une fausse bonne idée. Cela ne va pas améliorer la santé publique, mais ça va augmenter les trafics", s’indigne Philippe Barier, venu manifester son mécontentement avec une centaine de personnes équipées pour certaines de masques blancs et déguisées pour d'autres en kangourous.

"Les kangourous, c'est un clin d'oeil à l'Australie, où la mesure a été mise en place. Contrairement à ce qu'on peut lire ici ou là, ça n'a pas eu d'effet, notamment sur le tabagisme des jeunes", explique l’homme, "simple fumeur" venu au rassemblement pour "soutenir les buralistes". Certains badauds, munis de cabas de course, ramassaient des carottes pour les emporter chez eux, au milieu d'un concert de pétards qui a duré plusieurs minutes devant Bercy.

Ce n’est pas en faisant disparaître les buralistes qu’on fera disparaître le tabagisme

Le président de la Confédération des buralistes, Pascal Montredon, refuse que le paquet neutre soit mis en place et souhaite ainsi interpeller le gouvernement : "Nous ne disons pas qu’il ne faut pas lutter contre le tabagisme, explique-t-il, mais simplement que les buralistes français ont le droit d’être traités comme les autres buralistes européens. Marisol Touraine se trompe de cible : ce n’est pas en faisant disparaître les buralistes qu’on fera disparaître le tabagisme. Nous réclamons que François Hollande retire la proposition de la ministre. Le jour où toute l’Europe adoptera le paquet neutre, nous pourrons faire évoluer notre position. En espérant que le prix de vente soit identique dans tous les pays."

Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes :

26.000 buralistes mobilisés dans toute la France

Comme dans plusieurs villes de France, les buralistes avaient transformé un bureau de tabac voisin en bureau à paquets neutres pour illustrer la difficulté des commerçants à s'y retrouver dans leurs rayons si la mesure devait entrer en vigueur. Les 26.000 buralistes français se mobilisent mardi dans plus de 80 villes pour réaffirmer leur opposition au paquet de cigarettes neutre que la ministre de la Santé Marisol Touraine veut réintroduire dans le projet de loi de Santé, examiné en séance publique à partir de lundi prochain.

La taille des avertissements sanitaires passe à 65% du paquet

En commission parlementaire, les sénateurs avaient supprimé le 22 juillet le texte instaurant le paquet neutre. Ils avaient adopté à la place un amendement du sénateur PS Richard Yung qui revient à appliquer la directive européenne sur les produits du tabac. Cette dernière prévoit de faire passer l'an prochain à 65% la taille des avertissements sanitaires et des photos choc sur chaque face du paquet (contre 30% et 40% sur une seule face aujourd'hui) sans supprimer le logo de la marque.

Manifester contre le paquet neutre, c’est manifester pour que les enfants commencent à fumer

Si les buralistes craignent que ces mesures favorisent le développement du marché parallèle, Yves Martinet, pneumologue et président du Comité national contre le tabagisme, estime qu’elles sont une solution efficace pour faire baisser la consommation de cigarettes chez les jeunes : "La cible des fabricants de tabac sont les enfants. Les paquets sont destinés à séduire ce public. Notre objectif est de casser cette image glamour du paquet de tabac. L’exemple de l’Australie est à cet égard intéressant puisque depuis l’instauration du paquet neutre, il y a eu une baisse du nombre d’enfants fumeurs, tandis que ceux qui commencent le font plus tard. Manifester contre le paquet neutre, c’est manifester pour que les enfants commencent à fumer."

Yves Martinet, pneumologue et président du Comité national contre le tabagisme :

Le ministère de la Santé avait souligné la veille que Marisol Touraine entendait réintroduire le paquet neutre "par voie d'amendement" dans le texte examiné au Sénat. Et même si l'amendement devait être rejeté, le gouvernement demanderait aux députés de le voter en dernière lecture.

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