Ils sont beaux garçons ou opiniâtres, repentis ou drôles... chaque année, le Tour a son "chouchou". De Dédé Gueule d'Amour à Poupou... portraits.

1909 François Faber

Les premiers gagnants du Tour de France n’étaient pas accueillis par des hôtesses aux bras chargés de fleurs et de mascottes publicitaires mais par le baiser d’une petite fille.En 1909, l’heureux récipiendaire de cet enfantin enthousiasme est le luxembourgeois François Faber, surnommé « Le géant de Colombes ». Après avoir exercé tour à tour la profession de garçon de café, commissionnaire, ouvrier de construction navale … Il commence en 1906 une carrière de cycliste. Sa 1ère participation au Tour de France se soldera par un abandon, mais il le remporte haut la main 3 ans plus tard.Sa carrière sera écourtée par la 1ère Guerre Mondiale : il meurt à 28 ans au front, après avoir appris le matin même la naissance de sa fille.

TDF arrivée 1909
TDF arrivée 1909 © Radio France / BnF Gallica

1923 Henri Pélissier

En 1923, quand le martyrologe patriotique s'acheva par le triomphe d'Henri Pélissier, accueilli au Parc des Princes par les cuivres et les tambours de six fanfares républicaines, et baptisé par toute la presse "Henri de France", il se trouva des journaux, précisément les plus sérieux, les plus graves, pour affirmer que ce succès rendait son honneur perdu à la nation et prolongeait la Victoire de 1918. Un ténébreux de Jean-Louis Ezine aux éditions Seuil, 2003

Dans la fratrie Pélissier, je demande l’aîné : Henri, la forte tête dit« La Ficelle » ou « Fil de fer ». Elevé à la rude avec ses trois frères, il passe professionnel en 1911 en accompagnant – à la demande du breton – Lucien Petit-Breton dans différentes épreuves en Italie. Sa carrière, interrompue par la Grande Guerre, prend son essor dans les années 20. En 1923, il remporte avec le soutien de son équipier Ottavia Bottechia, le Tour de France.L’année suivante, c’est Bottechia qui remportera le Tour mais Henri et son frère Francis feront l’événement : en bisbille avec Henri Desgrange, ils révèlent au journaliste Albert Londres les dessous du Tour :

Vous ne nous avez pas encore vus au bain à l'arrivée. Payez-vous cette séance. La boue ôtée, nous sommes blancs comme des suaires, la diarrhée nous vide, on tourne de l'œil dans l'eau. Le soir, à notre chambre, on danse la gigue, comme saint Guy, au lieu de dormir. Regardez nos lacets, ils sont en cuir. Eh bien ! ils ne tiennent pas toujours, ils se rompent, et c'est du cuir tanné, du moins on le suppose… Pensez ce que devient notre peau ! Quand nous descendons de machine, on passe à travers nos chaussettes, à travers notre culotte, plus rien ne nous tient au corps…

Henri la forte tête connaîtra une fin baroque : en 1935, vexé d’une remarque de la sœur de sa maîtresse , l’artiste Camille Tharault, il sort un couteau et lui balafre le visage avant que Camille ne l’abatte d’un coup de révolver.

1930 Gueule d'Amour

Dans les années 30, l’un des coureurs français les plus populaires est André Leducq, surnommé « le Joyeux Dédé » ou de façon plus explicite « Dédé Gueule d’Amour et Muscles d’Acier ».En 1930 se déroule sur le Tour une de ces étapes rocambolesques dont l’Histoire se souvient. Lors de la 16e étape entre Grenoble et Évian (331 km) Leducq, alors maillot jaune et conforté par plus de 16 min d’avance sur Learco Guerra, chute. Une 1e fois dans la descente du Galibier, puis – à la suite d’une pédale cassée - dans l'ascension du col du Télégraphe.La geste de la Grande Boucle veut que, désespéré et abattu, il appelle à l’aide "Maman, maman !". Ce n’est pas sa mère mais l’Equipe de France - Pierre Magne, Charles Pélissier, Bidot, Merviel… - qui vient le secourir. Pédalier réparé, escorté et soutenu, Leducq va réussi à rattraper son considérable retard, remontant le peloton sur une échappée homérique de plus de 75 kilomètres.Il remporte l’étape. Il remporte le Tour. Une victoire qui est la première d’une série de 5 pour l’Equipe de France qui aura fait preuve d’une cohésion et d’une solidarité sans faille.L’image d’une France unie qui enthousiasme le public.

Leducq pub TDF 1928
Leducq pub TDF 1928 © Editions Ouest France / Pascal Sergent

1969 Eddy Merckx

La Belgique : pays du vélo et des groupes de musique baroques et décalés.En 1998, petite reine et microsillons (ou plutôt CD) se rencontrent avec le titre « Eddy Merckx » composé par Sttella, auto proclamé « le plus grand groupe belge calembouriste ».Jean-Luc Fonck, leader du groupe à géométrie variable et icône de l’humour belgo-belge, expliquait en mars 1999 dans une interview à Nord Eclair :

Pour moi, c'est le plus grand. J'ai voulu entrer en contact avec lui pour lui expliquer que j'allais faire une chanson, mais cela s'est avéré impossible. J'ai eu sa femme au téléphone qui s'est demandé ce que je lui voulais. Elle m'a dit " Envoyez-moi un fax ". Ce que j'ai fait. Depuis lors, je n'ai pas en de nouvelles. Je ne sais donc pas si ça lui a plu.

1974 Poupou

En 1974, à 38 ans, Raymond Poulidor reprend du service et vient défier Eddy Merckx sur le Tour.A la même période, Ken Rosenwall – 40 ans – dispute sa 4e finale de Wimbledon.Ces « quadragêneur » comme les surnomma Antoine Blondin prouvent qu’aux âmes bien nées, le nombre des années ne diminue pas (forcément) la valeur d’un sportif.Tendresse, admiration et ferveur… la France soutient et supporte son « Poupou » sur la Grande Boucle. Une vague de poulidorisme dont le grand Raymond profite. Le 15 juillet, au terme d’une 16ème étape (de 209 km) âprement disputée et remportée, Poulidor s’écrie : « A tous ces supporters connus et inconnus, je dédie cette victoire ». Le 21 juillet, Merckx remporte le Tour devant Poulidor, « éternel second » à 8 ‘4’’.

1999 Richard Virenque

En 1999, deux coureurs font leur come back. Lance Amstrong qui revient sur le Tour après 3 ans d’absence à soigner un cancer des testicules.Et Richard Virenque, dont l’équipe Festina a quitté le Tour l’année précédente, et dont le retour dans l’équipe Polti, a été imposé par l’UCI malgré les graves accusations de dopage. Si il rend sceptique les journalistes sportifs, ce retour réjouit les Français qui attende et espère « leur » champion sur le bord des routes.Virenque, dopé ou non, sera à la hauteur de leurs espérances en remportant le maillot à pois du meilleur grimpeur.

[](http://www.ina.fr/video/CAB99028456/trois-jours-avec-richard-virenque-video.html "http://www.ina.fr/video/CAB99028456/trois-jours-avec-richard-virenque-video.html") ### 2012 Thomas Voeckler Le jeune Thomas Voeckler (il est né en 1979), alsacien résidant en Vendée, est probablement à ce jour le coureur cycliste préféré des Français.Ces derniers le découvrent sur le Tour en 2004 quand pendant 10 jours, Voeckler porte le maillot jaune. Il réédite cet exploit en 2011 et termine 4ème du Tour. L’année suivante, il remporte le maillot du meilleur grimpeur.Extrêmement populaire auprès du public et des médias, Voeckler ne suscite pas le même engouement parmi les autres coureurs du peloton, qu’ils soient français ou étrangers. Un état de fait dont il est conscient mais qui ne semble pas le troubler.En février 2012, il reconnaissait dans une interview au journal L’Equipe : > Depuis quelques années, je suis le coureur français le plus populaire, un peu le chouchou et, en même temps, sur dix coureurs dans le peloton, neuf me m'apprécient pas (…) On a chacun son caractère et moi, c'est vrai, je suis du genre à la ramener
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.