5170 détenus remplissent les conditions, à savoir ne pas être déchu de ses droits civiques, avoir des papiers d’identité, être inscrit sur les listes électorales pour ce scrutin. Ils n'étaient qu'à peine plus d'un millier pour les Présidentielles de 2017. Ils sont les premiers à voter cette semaine en France.

A la maison d'arrêt de Besançon, les détenus ont pu lire les professions de foi des candidats dans les couloirs
A la maison d'arrêt de Besançon, les détenus ont pu lire les professions de foi des candidats dans les couloirs © Radio France / Béatrice Dugué

C'est incontestablement le vote par correspondance qui fait gonfler la participation. Il faut dire que jusque-là, les détenus devaient, soit trouver un proche pour établir une procuration dans la commune où ils votent, soit demander une permission de sortie, rarement accordée. Dans les deux cas, ces options relevaient de l'impossible. Cette fois, l'accès à ce droit civique est facilité. Il s'organise dans les prisons françaises depuis lundi 20 mai jusqu'à mercredi 22 mai.

À la maison d'arrêt de Besançon, 73 détenus ont pris part au scrutin ce mardi, sur les 424 que compte l'établissement. Ils ont aussi bénéficié d'une sensibilisation de la maison de l'Europe et de la faculté de droit de Besançon, qui organiseront une nouvelle séance après les résultats. 

Le bureau de vote a été installé dans la bibliothèque : une table dédiée aux 34 bulletins de vote. "Il y en a presque trop" glisse un détenu. Un tas d'enveloppes bleues et d'enveloppes blanches, deux isoloirs au fond de la pièce, et des membres de l'administration pénitentiaires mobilisés, à la fois pour donner des conseils et pour tenir le bureau. La directrice adjointe de la prison et l'attachée de l'établissement ont joué les assesseurs. 

Les détenus de Besançon ont  pu voter dans 2 isoloirs installés au fond de la bibliothèque
Les détenus de Besançon ont pu voter dans 2 isoloirs installés au fond de la bibliothèque © Radio France / Béatrice Dugué

Pas des "moins que rien"

Junior - surnom de ce colosse en survêtement noir et tee-shirt vert - a rempli son devoir civique avec une certaine émotion : "C'est pas une fierté, plutôt une dignité. parce qu'ici c'est pas trop facile". 

Malgré notre incarcération, on se sent quand même citoyen. On a notre mot à dire. On n'est pas des moins que rien. Tout le monde, tous les êtres humains font des erreurs. Nous sommes juste des êtres humains. 

Lui a voté en 2012, pour l'élection présidentielle, mais un jeune détenu de 20 ans vote lui pour la première fois, grâce à cette initiative. 

Geste civique doublé d'un droit basique, se félicite Jean Michel Laurent, le directeur de la maison d'arrêt. "Le droit de vote est le même que vous soyez incarcéré ou libre, sauf évidemment si vous êtes déchus de vos droits". Pour lui, les murs de la prison ne sont pas hermétiques à la vie extérieure. Les détenus s'informent, ont leurs idées politiques, parfois même ont été militants. Et "ils ont un avenir dans la collectivité".  Il faut donc qu'ils participent.

2 isoloirs pour voter par correspondance à la maison d'arrêt de Besançon
2 isoloirs pour voter par correspondance à la maison d'arrêt de Besançon © Radio France / Béatrice Dugué

Pas d’urne dans la salle, mais une grande enveloppe blanche où les détenus ont glissé leur vote et séparément, une fiche les identifiant, après avoir émargé sur une liste électorale de la prison. Cette grosse enveloppe est envoyée à Paris. Elle sera dépouillée avec tous les autres bulletins dimanche.

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