Ils souffrent de dyslexie, dysphasie ou dyspraxie, et à quelques jours des épreuves du bac et du brevet, ils bataillent avec leur rectorat afin d'obtenir un peu plus de temps, une assistance humaine ou informatique.

Plus de 43 000 élèves ont passé le BAC en situation de handicap, dont certains atteints de DYS.
Plus de 43 000 élèves ont passé le BAC en situation de handicap, dont certains atteints de DYS. © Getty / ljubaphoto

On les appelle les "élèves DYS". Une expression qui regroupe les enfants atteints de troubles cognitifs spécifiques comme la dyslexie (liée à l’écrit), la dysphasie (liée à l’oral), la dyspraxie (liée au mouvement ou à la vue) ou encore la dyscalculie (liée aux activités numériques). Ils étaient par exemple un peu plus de 43 000 candidats au bac en 2018 souffrant de handicap, dont des DYS.

Comme tous les élèves en situation de handicap au collège et au lycée, ils peuvent obtenir un aménagement des épreuves. Cela se traduit par du temps supplémentaire, la numérisation des sujets, l’agrandissement des sujets, la dictée aménagée ou encore la possibilité d’avoir leur ordinateur personnel équipé de logiciels de compensation.

Des procédures administratives souvent longues et épuisantes

Les orthophonistes et ergothérapeutes ont conseillé d’utiliser ces outils, un ordinateur personnel avec des logiciels, paramétré en fonction de leurs troubles. Mais peu importe l’aménagement, tout ceci est soumis à validation des académies. Chaque année. Et ce, même si les années précédentes une demande a déjà été faite et acceptée. Des procédures administratives souvent longues et épuisantes. 

Des académies prennent parfois beaucoup de temps pour statuer et donnent leur réponse quelques jours avant les premières épreuves, ce qui limite fortement la possibilité pour les familles, quelques milliers chaque années, de lancer des recours. Pour une centaine d’entre elles en revanche, c’est un véritable parcours du combattant, avec des aménagements partiels et dans le pire des cas interdits, pour faire valoir leurs droits.

La fille d’Isabelle est en pleine révision du brevet dont les épreuves démarrent le 27 juin. Elle a effectué sa demande d’aménagement au mois de décembre et ce n’est qu’en mai qu’on l’a informé des dispositions dont bénéficiait sa fille. "On a demandé un tiers temps, la dictée aménagée, l’agrandissement de la taille des caractères et de l’interlignage des textes des sujets pour une meilleure lisibilité, la numérisation des sujets et l’utilisation de son ordinateur personnel", énumère Isabelle, agacée. "Tout a été accepté, sauf l’ordinateur ! Sans justification ! Elle y a pourtant droit. Elle a besoin de ses logiciels. Elle les a utilisés toute l’année, pour le traitement de texte, la dictée vocale et la lecture vocale, la lecture des consignes en particulier", explique-t-elle. 

Depuis, elle a déposé un recours auprès du rectorat et fait appel au médiateur de l’Education nationale afin de débloquer la situation. À une dizaine de jours des épreuves de sa fille, elle attend toujours des réponses. "Ma fille pourrait utiliser un ordinateur, mais pas le sien. Sans ses logiciels donc, peut-être avec d’autres. Elle m’a déjà prévenu qu’elle préférait ne pas utiliser d’ordinateur plutôt que de perdre du temps à comprendre comment ils fonctionnent… ", se désole-t-elle.

Tout, sauf un logiciel d'aide à la rédaction

Pour Brigitte, la maman de Léa, une élève de terminale qui souffre de dyslexie, dysorthographie, dysgraphie et d’un trouble de l’attention majeur, le verdict est déjà tombé. "Je suis maman et orthophoniste, donc doublement en colère", lance-t-elle en introduction. "Ma fille est suivie depuis toute petite donc je peux vous dire que j’en ai des kilos de dossiers ! Tout est investigué, à jour et montre bien ses troubles."

Son dernier dossier a été monté en octobre. Il a été confié au lycée qui l’a transmis à l’inspection académique, puis au rectorat. La famille ne reçoit la réponse que le 21 mai. Elle obtient un tiers temps, la numérisation de ses sujets sur clé USB ou encore l’utilisation de son ordinateur avec son casque et sa souris-scanner et ses logiciels, sauf un. Antidote, un logiciel d’aide à la rédaction qui contient un correcteur d’orthographe, mais aussi des outils de réécriture. "Il lui avait pourtant été accordé l’année dernière par ce même rectorat", note la mère de famille, tout en précisant : "Ma fille, elle est en rééducation depuis la grande section. L’ordinateur a été mis en place très tôt dans sa scolarité, avec tous ses logiciels. C’est ce dispositif qui a permis à ma fille d’être autant en réussite et de passer son bac S la semaine prochaine."

Le cas de Brigitte et sa fille Léa n’est pas le seul dans le département. L’association Apedys en recense plusieurs. Et à chaque fois, la même réponse : "Que les logiciels en général, mais particulièrement Antidote, c’est comme si on donnait à ces élèves-là des manuels scolaires, on serait en situation de surcompensation, et qu’on ne peut pas accepter ça en situation d’examen officiel" explique Marie-Agnès Gautier, vice-présidente d’Apedys 49. "Pour nous c’est une non-reconnaissance du handicap, on ne peut pas confondre la dysorthographie avec des erreurs d’orthographe. Ça n’a rien à voir."

Antidote, autorisé dans d'autres académies ?

Le plus étonnant réside dans le fait qu’Antidote était autorisé partout depuis des années. Cette année encore, d’autres académies l’autorisent à des élèves DYS qui s’apprêtent à passer les épreuves. Brigitte raconte : "On a mis un message sur Facebook et de nombreuses familles nous ont expliqué, notifications nationales à l’appui, que le logiciel Antidote était autorisé et utilisé lors d’examens. Comment le rectorat de Nantes peut-il défendre que ce logiciel sur-compense trop alors qu’il est accordé dans d’autres académies ?

Selon l’Apedys, "depuis deux ans, la suspicion vis-à vis d’Antidote et des ordinateurs de façon générale au moment de passer un examen est en train de grandir" pour gagner de plus en plus de rectorats. Ce que confirme Gilles Forest, le directeur des examens et concours au rectorat de Nantes. Il ne s'agit pas d'affirmer que tous les utilisateurs sont des tricheurs en puissance, mais "ce qui est compliqué, c'est le contrôle et la vérification que l'on peut en avoir et malheureusement, ces dernières années, tous les ans, on retrouve des candidats qui ont fraudé pendant les épreuves, et ce n'est qu'au moment des corrections que ça ressort. Donc le ministère se rend compte qu'il faut réduire le plus possible les situations où les ordinateurs personnels sont accordés."

Mais selon les associations, ce serait surtout "lié à une méconnaissance des troubles DYS" dans l’éducation nationale. Marie-Agnès Gautier : "On est dans une période où on nous parle d’école inclusive, d’école de la confiance, mais pour que ces élèves-là puissent progresser et trouver une confiance en eux pour avancer normalement dans leurs études, on n’y est pas. Les troubles DYS sont une souffrance scolaire, on ne le dit pas assez. Il s’agit de souffrances dans les familles, de parcours du combattant. Le parcours scolaire, même accompagné, est loin d’être évident pour un élève DYS, c’est éprouvant."

Brigitte a épuisé tous les recours possibles. Sa fille, qui veut rentrer en fac d’espagnol l’année prochaine, passera ses épreuves sans Antidote, sans ce logiciel qui compense ses troubles et lui permet de rendre des copies avec moins de fautes. Amère, Brigitte promet de laisser de côté sa colère le temps des révisions de Léa. Mais ses arguments sont déjà aiguisés : "Aujourd’hui son handicap est bafoué… J’ai une autre fille aînée qui est gravement handicapée, en fauteuil roulant… Eh bien ce qu’ils ont fait à Léa, interdire son logiciel, c’est comme s’ils avaient enlevé le fauteuil roulant à mon autre fille."

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