Les boules à facette vont-elles reprendre du service le 1er juillet? Probablement pas. Mais ce n'est pas impossible non plus. Récit de 36 heures de bras de fer autour de cette date très symbolique. Les clubs, boites, dancing, bals, fermés depuis 14 mois non stop, sont les grands perdants de la crise sanitaire actuelle.

Comme Sebastien Labeyrie, gérant du "Monseigneur" à Bordeaux, les patrons de discothèques enjoignent l'exécutif d'intégrer leurs établissements au calendrier du déconfinement
Comme Sebastien Labeyrie, gérant du "Monseigneur" à Bordeaux, les patrons de discothèques enjoignent l'exécutif d'intégrer leurs établissements au calendrier du déconfinement © AFP / MEHDI FEDOUACH

Retour en boîte ? Lundi, dans la journée, les gérants de discothèques manifestaient aux abords de l’Assemblée nationale pour obtenir la réouverture de leurs établissements après 14 mois de black-out. Mardi soir, ils pensaient avoir gain de cause: ils pourront relancer les platines dès le 1er juillet. Mais Jean Castex a douché les espoirs des discothèques et autres dancings, leur donnant rendez-vous le 15 juin pour... se reparler. Que s’est-il passé pendant ces 36 heures où une poignée de parlementaires Modem ont ferraillé pour obtenir la réouverture des clubs ?

Lundi, manifestations et amendements

Lundi matin. Vêtus tout de noir, et portant une gerbe de fleurs en mémoires de "nos discothèques", une poignée de gérants de boites manifestent aux abords de l’Assemblée nationale. Dans le viseur, le plan de déconfinement du gouvernement qui réserve une place à tout le monde sauf à eux. "Ce sera comme l’été dernier, on dansera partout sauf chez nous", soupire Dominique Fontaine, gérante de La Pergola à Lesneven (Finistère).

Lundi, dans la journée. Les députés examinent le projet de loi "relatif à la gestion de la sortie de crise sanitaire". La partition législative du calendrier du déconfinement arrêté par l'exécutif. À cette occasion, plusieurs députés déposent des amendements pour demander la réouverture des dancefloors dès le 30 juin, grâce au pass sanitaire. Lors des débats, le mot "discothèque" est prononcé 58 fois, selon ce compte-rendu d’audience.

Lundi, 18h30. Sur BFM Business, le ministre délégué aux PME, Alain Griset lâche du leste: il annonce qu’au 15 juin au plus tard, "on donnera une date de réouverture" aux gérants de discothèques. Voilà une petite victoire pour les gérants après 14 mois de panade.

Lundi, 22h45. Dans l'hémicycle, le Modem Christophe Blanchet, député du Calvados qui se bat de longue date pour aider les discothèques, tonne : "Les Français ont soif de festoyer." Il dit aussi : "À partir du 1er juillet, les Français vont pouvoir et de manière tout à fait légale, danser dans des bars, les restaurants, les salles de fêtes municipales, les mariages, leur maison, mais pas dans les discothèques."

C’est pour ça qu’on demande que les discothèques soient incluses dans le pass sanitaire. 

Pour le petit groupe de députés frondeurs qu'emmène Christophe Blanchet, il s'agit  d'envoyer un message aux "jeunes" qui ont payé chèrement les conséquences de cette crise : "Vous allez pouvoir vous amuser cet été", comme il l'explique à France Inter. 

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Lundi, dans la soirée. Raté, tous les amendements sont rejetés. "Le régime sécuritaire et sanitaire en France est le plus dur du monde", réagit Bruno Millienne, député du Modem.

Dans l'hémicycle, le ministre de la Santé Olivier Véran synthétise la pensée de l'exécutif : "Notre jeunesse, qui a énormément donné, aura spontanément le besoin de se retrouver, se rassembler, de passer des moments festifs. (...) La question qui se pose, c’est est-ce qu’on rouvre avec pass sanitaire ou est ce qu’on ne rouvre pas, et la question est donc (...) compliquée." 

Dans le cadre d'un test, quelque 5.000 personnes se sont retrouvées pour danser à Liverpool début mai
Dans le cadre d'un test, quelque 5.000 personnes se sont retrouvées pour danser à Liverpool début mai © AFP / PAUL ELLIS / AFP

Mardi, micmac, coups d'éclats et faux espoir

Mardi, en fin d’après-midi. C'est l'heure du vote sur l'article 1 du projet de loi "relatif à la gestion de la sortie de crise sanitaire". Surprise : les députés Modem lâchent La République en marche. Le pass sanitaire est rejeté par les députés.

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"Nous avions une ligne rouge, on voulait que l’état d’urgence se termine le 30 septembre et non le 31 octobre", explique à France Inter Christophe Blanchet. "Comme en plus, nous n’avons pas eu de réponse sur les incohérences du texte que nous avions soulevé, à savoir que le 1er juillet on pourrait danser à peu près partout (bars, restaurants, mariages, à la maison) sauf là où c’est le plus encadré, les discothèques, nous avons voté contre." Résultat : "Le gouvernement est très embêté". Et, "tout le monde se reparle"

Mardi soir. Le gouvernement revoit sa copie et accepte de ramener la fin de l’état d’urgence du 31 octobre au 30 septembre.

Mardi, 19h53. une journaliste de la Chaîne parlementaire (LCP) tweete que "le gouvernement accepte, sous la pression du Modem, de ramener au 30 septembre la fin du régime transitoire de l’état d’urgence sanitaire et d’autoriser l’ouverture des boîtes de nuit après le 30 juin avec un pass sanitaire pour envoyer un message à la jeunesse"

Mardi, 20h. Quelques minutes après, BFM balance une alerte : "Les discothèques rouvriront à partir du 1er juillet sur présentation du pass sanitaire." Selon BFM et LCP, les discothèques, grandes gagnantes d’un bras de fer parlementaire plus large sur le pass sanitaire, auraient donc eu gain de cause.

Mardi, 20h. Commentaire d’un acteur de l'hôtellerie et de la restauration impliqué dans les négociations avec le gouvernement sur le calendrier de la réouverture : "Ce n’est pas du tout confirmé, la négociation est en cours." 

Mardi, 20h27. Invité du JT de France 2, Jean Castex, le premier ministre siffle la fin de la bamboche : "Pour les boîtes de nuit, je ne suis pas en mesure de donner un horizon. Vous voyez bien pourquoi… La boite de nuit… Je n’ai pas besoin de vous faire le détail..." 

Il y aura une clause revoyure avec la profession fin juin "au vu de la situation sanitaire" pour "voir s’il y a la possibilité de rouvrir, avec quels 'outils'"

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Mardi, 23h55. Olivier Véran prolonge à l'Assemblée : "J’ai pris l’engagement que dès que les conditions le permettront et que nous aurons déterminé les conditions pour les rouvrir, nous les rouvrirons. Avec une clause de revoyure au mois de juin, mi-juin, fin juin, peu importe. Nous reverrons cela en fonction de la situation sanitaire. Nous déterminerons avec le monde de la nuit les bonnes conditions de réouverture. Il y aura une clause de revoyure pour la réouverture des discothèques au cours de l’été."

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Alors, les discothèques vont-elles rouvrir le 1er juillet ?

Lundi à 18h, Alain Griset annonçait qu'une réunion allait se tenir le 15 juin pour plancher sur la date de réouverture des boîtes de nuit. Après 36 heures de passe-passe et de coups d'éclat, Olivier Véran donne finalement rendez-vous "au cours de l'été". Tout laisse donc à penser que les professionnels du secteur ont reculé d'une case. "Moi je crois qu’on peut rouvrir le 1er juillet", se rassure pourtant Christophe Blanchet. 

"L’enjeu c’est la santé des jeunes ! Est-ce qu’on les envoie faire la fête dans des soirées clandestines où ils seront livrés à eux même. Ou à Ibiza où tout aura rouvert ? Je ne l’accepte pas", dit-il. "La bonne nouvelle, c’est que le ministère de la Santé est maintenant mobilisé sur la question, en plus d’Alain Griset qui travaille sur la question pour Bercy depuis de longs mois. Ça va nous donner plus de poids", se rassure le député centriste.