La situation est très diverse d'un lycée à l'autre. Certains proposent un enseignement à distance à 50%, d'autres pas du tout, certains ont des demi-groupes qui alternent par semaine, d'autres par journée, ou demi-journée. Face à l'épidémie, professeurs et élèves s'adaptent, mais la situation est loin d'être idéale.

Au lycée Paul Valéry, à Paris, on mêle élèves présents et élèves à distance
Au lycée Paul Valéry, à Paris, on mêle élèves présents et élèves à distance © Radio France / Sonia Princet

Distanciel ou présentiel ? Il y a un mois, les lycées étaient contraints de mettre en place des mesures sanitaires plus strictes en organisant des cours à distance à hauteur de 50% maximum du temps scolaire pour limiter les effectifs dans les établissements. Mais comment cet enseignement hybride est-il vécu ? Au lycée Paul Valéry à Paris, par exemple, les élèves ont en moyenne un tiers de leurs cours à distance. Une partie se fait sous forme de cours synchrones, c'est-à-dire des séances où la moitié de la classe est présente dans la salle, l'autre moitié suit en direct à distance. Les groupes alternent selon les cours et les semaines.

Un œil sur la classe, un autre sur l'écran

​Le professeur doit jongler entre les élèves présents dans la classe et "les distants" comme il les appelle. Au début du cours, face au micro installé dans la salle et devant son ordinateur, il s'assure qu'ils sont bien là : "Les distants, vous m'entendez bien ?" demande Christian-Jacques Cubells, qui enseigne l'informatique et la physique. "Vous voyez bien mon écran ?"

L'enseignant fait un partage d'écran avec les élèves à distance pour qu'ils suivent la séance qui se déroule dans la classe. À certains moments, il lance un sondage pour vérifier qu'ils n'ont pas de problème, les élèves doivent répondre par "oui" dans le tchat s'ils voient correctement l'écran du professeur. "Si j'ai un élève qui n'est pas présent", explique-t-il, "je peux m'intéresser à lui et essayer de le solliciter, je peux même appeler chez lui pour être sûr que l'élève assiste au cours. J'ai l'outil de sondage qui me permet de voir la réactivité de l'élève, donc quand il y a un temps de réponse trop long, je me soucie de ce qu'il fait. Je peux aussi lui demander de me partager son écran, je peux donc le regarder travailler et l'aider à distance."

Ne pas perdre les élèves

Dans cet établissement, les élèves ont eu le choix. Ceux qui n'avaient pas une bonne connexion ou des difficultés peuvent suivre tous les cours au lycée.  C'est le cas de Yasmina, élève de terminale : "Moi j'ai demandé à ne pas faire de distanciel, donc j'ai tous mes cours au lycée, parce que l'année dernière, mon année de première s'est terminée au début du confinement ! Tout ce qui était distanciel, je n'ai pas réussi à suivre et, vraiment, je déteste le distanciel. Je n'aime pas du tout rester chez moi pour travailler, il y a cette ambiance de classe que je préfère."

Même pour suivre les cours à distance, ou pour effectuer du travail en autonomie, les élèves ont la possibilité de venir au lycée, qui met des salles à leur disposition, comme le raconte Colin, en classe de première : "Quand on est en distanciel, on peut toujours faire son travail ou suivre le cours au lycée, dans des salles de permanence. C'est très important justement pour retrouver cet esprit scolaire qui peut nous manquer quand on est à distance. Moi, c'est ce que je fais et du coup on vient à un ou deux camarades dans une salle de permanence pour retrouver cet esprit de classe."

"On voulait la plus grande souplesse", justifie Françoise Sturbaut, la proviseure du lycée Paul Valéry. "On voulait vraiment quelque chose qui colle le plus possible à la réalité de chaque élève. Cela demande une plus grande complexité, c'est plus dur à mettre en place mais c'était vraiment la volonté de tous. Les enseignants sont particulièrement attentifs à ne pas perdre les élèves." 

"Le premier confinement a traumatisé tout le monde et donc le but était vraiment d'arriver à un enseignement le plus proche possible de la normalité."

Problèmes de connexion

Non seulement l'objectif est de ne perdre aucun élève mais aussi, grâce aux cours synchrones, de ne pas prendre de retard sur les programmes. "Ça nous permet de continuer à avancer normalement, surtout qu'on a gardé les emplois du temps qui ont été prévus au début de l'année", précise Christian-Jacques Cubells. 

"À la différence du confinement du printemps dernier, là, on voit bien que les élèves restent dans un rythme scolaire normal. Ce qui est évident, c'est qu'on limite grandement les dégâts par rapport aux progressions. Moi par exemple, je sais qu'en physique, je continue à avancer. Depuis le début en tout cas, j'ai pu constater qu'on n'a pas pris de retard et comme on voit les élèves par alternance, on peut toujours vérifier le travail qu'ils ont fait à distance et donc ça nous permet d'avoir un regard régulier alors que quand ils étaient totalement confinés, on ne voyait jamais."

Mais il y a parfois des problèmes techniques : "À certains moments, on a des soucis connexion, reconnaît la proviseure, qui sont indépendants de notre volonté. C'est d'autant plus stressant qu'on n'y peut rien. Et dans ce cas, il faut attendre ou alors avoir un plan B c'est-à-dire se connecter par d'autres moyens, parce que ça ne vient pas de l'établissement, ça vient de la plateforme de visioconférence qui est saturée". Audrey, élève de terminale, confirme que la technologie n'est pas toujours à la hauteur : "À la maison, j'essaie de suivre avec mon cahier et mon ordi, mais j'avoue que c'est un peu compliqué, pour les cours de langues, par exemple en anglais, quand le prof parle, il y a certains sons qu'on n'arrive pas à entendre, on ne comprend pas trop les phrases, on n'entend pas ce qu'il dit, c'est compliqué de suivre."

"On essaie de s'accrocher mais c'est dur"

Cléo ne se voit pas continuer toute l'année comme ça : "Je n'espère pas !", dit la jeune fille, en classe de seconde. "Moi je préfère être en cours parce que chez moi, je n'arrive pas forcément à bien me concentrer, enfin j'essaye mais je trouve que ce n'est pas la même chose, on est quand même mieux en classe. C'est vrai que dans les cours en visio, parfois on n'entend pas, parfois les liens ne marchent pas. Dans ma classe, il y a huit personnes qui ont demandé à être en présentiel constamment car elles n'ont pas forcément de connexion chez elles."

Lucas, lui, s'inquiète pour son année de terminale : "On essaie de s'accrocher mais souvent c'est dur. C'est pour ça qu'on est en demi-groupe, c'est pour que les élèves ne décrochent pas donc on tient mais c'est beaucoup plus compliqué que quand on est complètement en présentiel. À la maison, on a beaucoup plus de distractions et on se sent isolé. Donc ça affecte le moral et inévitablement la motivation."

Emma, en terminale également, y voit en revanche des points positifs : "En cours je trouve que c'est mieux finalement d'être en demi-groupe, parce que l'interaction se fait beaucoup plus facilement avec le professeur, et le distanciel permet de développer notre autonomie. Mais ça dépend des élèves, ça peut être difficile aussi pour des élèves qui n'ont pas une bonne connexion Internet ou comme moi qui n'ai pas d'imprimante chez moi."

Tous ont bien conscience que cette situation ne peut être que transitoire, surtout à l'approche des échéances du bac.