Les indicateurs de déplacements, mis en ligne par Apple sur la base de son application de navigation Plans, permettent de confirmer une certaine tendance à la reprise des déplacements depuis la mi-avril, en France comme chez nos voisins européens.

Mi-avril, Apple a dévoilé les données de son application de navigation "Plans".
Mi-avril, Apple a dévoilé les données de son application de navigation "Plans". © Radio France / Xavier Demagny

Les datas sur la mobilité d'Apple confirment-elles ce sentiment diffus que le confinement se desserre par endroits depuis quelques jours ? Oui, sur les 15 derniers jours d'avril, les déplacements ont un peu repris, comme le montrent les légers sursauts sur les courbes élaborées à partir des données que la firme américaine a dévoilé mi-avril sur les déplacements de ses utilisateurs. Grâce à un outil accessible sur le portail Mobility Trends Report, on peut en effet observer (et télécharger) des données actualisées quasi quotidiennement et mesurant le nombre de requêtes de navigation entrées dans l'application Apple Plans, installée par défaut sur les appareils Apple (iPhone, iPad et ordinateurs). 

Ces données présentent plusieurs biais qu'il faut souligner (elles ne mettent en lumière que les demandes d'itinéraires, les téléphones Apple sont loins d'être majoritaires tout comme Apple Plans dans la catégorie des applis GPS) mais les dizaines de milliers de requêtes qui les alimentent nous permettent quand même de dessiner une tendance. Et cette tendance est la suivante : la courbe des déplacements en France a dégringolé au 17 mars et depuis, peu à peu, remonte une sorte de pente, plus ou moins légère selon les endroits. Notamment depuis quinze jours.

Regain d'activité ces dernières semaines

Pour arriver à lire correctement ces données, une clé de lecture : chaque chiffre est basé sur un "100 %" au 13 janvier, date "normale" de référence pour Apple. Ainsi, le nombre de requêtes de déplacement peuvent aller au-delà de cette limite ou se situer bien en-dessous.

À la mi-avril, en plein confinement, on constate que les déplacements à Lyon, Lille ou Toulouse représentent entre 20 % et 25 % de la normale. Autrement dit, il y a près de 80 % de déplacements en moins. 15 jours plus tard, les trois villes flirtent avec les 35 % de déplacements par rapport à la journée d'activité normale. Il n'y a donc plus que 65 % des déplacements en moins à cette date par rapport à la période normale.

C'est à Lille que cela semble être le plus flagrant, avec des pics au-dessus de 35 % de l'activité normale les 21, 23 et 29 avril, sur l'ensemble des déplacements. Formes similaires à Lyon et Toulouse, ainsi qu'à Paris, mais dans une moindre mesure. 

Dans la capitale, l'activité est d'ailleurs bien inférieure à celle des trois autres villes mesurées. Faut-il y voir une conséquence de l'exode des Parisiens vers la province à l'annonce du confinement ?  En tout cas, si la courbe suit la même tendance qu'à Lyon, Lille et Toulouse, elle est bien plus aplatie : l'activité de l'application pour Paris se situait, jusqu'il y a peu, sous la barre des 15 % de l'usage habituel.

Mais depuis la mi-avril, on observe donc cette tendance : les déplacements repartent à la hausse. Cet autre graphe, représentant les mouvements dans les treize régions administratives de l'hexagone, dessine distinctement trois périodes correspondant aux semaines : du lundi 13 au vendredi 17 avril ; du lundi 20 au vendredi 24 et du lundi 27 au jeudi 30, dernier jour de disponibilité des données. 

Si l'activité est ici moins intense le week-end (les creux des courbes), on peut surtout constater que les plateaux sont chaque semaine plus hauts, y compris dans le Grand Est, région très touchée par le Covid-19 :

  • Entre 35 et 40 % de l'activité la semaine du 13 avril ; 
  • entre 40 et 45 % la semaine du 20 avril ;
  • entre 45 et 65 % les premiers jours de la semaine du 27 avril.  

On constate aussi que même si elle suit le mouvement global du pays, là encore, la région Île-de-France se situe, comme la capitale, largement plus bas que le reste du pays. 

Les déplacements en voiture privilégiés à Paris

D'ailleurs, une différence précise est à observer entre Paris et les autres villes. Les déplacements restent bien plus importants en voiture dans la capitale par rapport aux transports en commun. 

Ce n'est pas le cas à Lille, Lyon et Toulouse : dans ces villes, même si les courbes sont proches et se ressemblent, les transports en commun sont plus utilisés que les voitures individuelles. Est-ce là le signe d'une meilleure préparation ou d'une plus importante confiance des usagers dans la sécurité des réseaux de province plutôt que celui de la capitale ?  

Quoi qu'il en soit et quel que soit le type de requête, les déplacements dans ces grandes villes ont augmenté entre le 13 et le 30 avril, quasiment doublé à Lyon, Lille et Toulouse

L'Allemagne et la Belgique se déplacent plus que nous

En réalisant la moyenne de tous les types de requêtes de déplacement (en voiture, via les transports publics ou à pied) mesurés par Apple dans les régions et grandes villes françaises, nous avons pu constater que les Français étaient loins d'avoir arrêté de se déplacer, encore moins ces derniers jours. Mais qu'en est-il de nos voisins européens directs ? 

Ces deux courbes montrent que l'Allemagne et Berlin sont largement au-dessus de l'usage dans tous les autres pays : Apple compte entre 45 et 50 % de l'usage normal ces derniers jours chez nos voisins allemands, largement au-dessus des déplacements français, espagnols ou italiens (dans les pays et leurs capitales respectives) où l'usage est encadré entre 10 et 25 % des déplacements habituels. Entre ce groupe franco-hispano-italien et les Allemands se situent la Belgique et le Royaume-Uni et les villes de Bruxelles et Londres. 

Ainsi, lorsque les pays du sud de l'Europe et la France maintiennent des conditions de confinement très strictes, on constate que la Belgique et l'Allemagne réduisent moins que nous les déplacements. En revanche, on constate que notamment en Italie et en Espagne, la tendance du nombre de requêtes de déplacements est globalement à la hausse.  

La chute vertigineuse du confinement

Comme nous l'avions montré dans un précédent article, le confinement fut synonyme d'une chute vertigineuse des déplacements à compter de son entrée en vigueur. Le 17 janvier, il n'y avait eu, à Paris, que 20 % des déplacements en voiture d'une journée habituelle, 10 % des déplacements à pied et 13 % en transports. À l'inverse, fin février, les transports étaient utilisés à 130 % par rapport à la journée de référence du 13 janvier, comme le montrent ces courbes plus générales.  

En "dézoomant", on observait les pics en fonction de l'activité en semaine et les rythmes de vie (les mercredis, les weekends, etc), en temps normal comme ces six dernières semaines. On confirme aussi que dans les quatre grandes villes françaises analysées, la courbe est  à chaque fois descendue très bas au 17 mars et remonte depuis tout doucement. 

Chez nos voisins européens (Belgique, Allemagne, Italie, Espagne et Royaume-Uni), la tendance est globalement similaire, bien que calquée sur un calendrier différent selon les pays. Une chute vertigineuse suivie d'une remontée très progressive depuis un mois et demi. Peu à peu, la France et ses voisins semblent s'orienter vers le déconfinement... 

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