Que risquent les parents qui mettent presque quotidiennement en scène leurs enfants dans des vidéos aux millions de vues sur YouTube ? L'Observatoire de la parentalité et de l'éducation numérique s'inquiète de la prolifération de cette pratique et vient de saisir la Défenseure des enfants.

Capture d'écran de la chaîne YouTube de Néo et Swan
Capture d'écran de la chaîne YouTube de Néo et Swan © Google

C'est un phénomène en pleine expansion : les chaînes dites "familiales" sur YouTube. On ne compte plus ces vidéos, un peu gênantes, où les enfants sont filmés dans leur vie quotidienne, souvent en train de déballer des cadeaux (ce qu'on appelle "l'unboxing") ou de manger des sucreries en citant les marques à tout va (ce qu'on appelle "le placement produit", une technique controversée parmi les créateurs de vidéos).

Parmi les principaux représentants de cette tendance en France, Néo et Swan (13 et 6 ans), filmés par leur maman Sophie. À eux trois, ils ont conquis près de 3 millions d'abonnés sur YouTube. Et des millions de vues sur chacune de leur vidéo, 18 millions pour celle-ci...

Idem pour Athena et Kalys, dont la chaîne Studio Bubble Tea compte  1,3 millions d'abonnés.

Innocent et bon enfant ? Pas forcément : pour Thomas Rohmer, président de l'Observatoire de la parentalité et de l'éducation au numérique, ces vidéos représentent un travail illicite.

On parle pour certaines chaînes de 35 vidéos publiées chaque mois... Donc autant dire que ces enfants n'ont plus de loisirs, ou que c'est devenu leur principal loisir. "Loisir" entre guillemets, puisque selon nous à partir du moment où il existe une sorte de lien de subordination entre les parents et les enfants, qui génère des revenus, on est dans un cas de travail illégal.

L'Observatoire ne veut pas pour autant faire interdire ou disparaître ces chaînes, mais "juste mettre en place un système de protection et d'accompagnement de ces enfants", explique Thomas Rohmer. Il demande qu'ils aient les même droits que sur un plateau de tournage classique : durée de travail limitée, revenus déposés sur un compte accessible uniquement à leur majorité...

Car aujourd'hui, l'argent généré par ces vidéos va directement dans la poche de leurs parents. Sachant que YouTube verse 1 euro pour 100 vues au-delà des 10 000 vues, certains peuvent gagner grâce à leurs enfants jusqu'à 100 000 euros par mois.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.