Réunie en conseil, la Conférence des Évêques de France a annoncé ce mardi une série de mesures pour lutter contre la pédophilie au sein de l’Église. Une cellule d'écoute des victimes et une commission d'expertise indépendante, présidée par un laïc seront crées.

L'Église catholique s'engage à "faire toute la lumière"sur tous les cas de pédophilie"même anciens" . A la sortie de la Conférence des Évêques de France, son président Monseigneur Georges Pontier a annoncé les mesures qui seront mises en place alors que le clergé est secoué par plusieurs affaires , dont celle qui concerne le cardinal Barbarin.

Cellule d'écoute

Dans tous ses diocèses et toutes ses provinces, l'Église va créer des cellules d'accueil et d'écoute pour accompagner les victimes d'actes pédophiles . Et comme cette parole est extrêmement compliquée à libérer, un site internet permettra d'entrer d'abord en contact avec ces cellules. Reste à savoir si ces victimes se tourneront vers une institution qu'elles peuvent percevoir comme, toute entière à l'origine de leurs souffrances.

Une commission indépendante présidée par un laïc. Mgr Pontier, président de la conférence des évêques.

L'autregarde-fou proposé par la Conférence des Évêques consiste en une commission d'expertise indépendante. Elle sera composée d'experts, des médecins, des psychologues, des anciens magistrats. Son président ne sera pas un ecclésiastique mais "un laïc" a promis Mgr Pontier. Elle sera chargée de conseiller les évêques dans l'évaluation des situations de prêtres ayant commis des actes répréhensibles.

L'épiscopat possède déjà une cellule de veille. Elle sera transformée en "cellule permanente de lutte contre la pédophilie" . L'Église dit vouloir poursuivre et intensifier le travail mené en interne sur ce sujet depuis quinze ans. La première condamnation d'un évêque pour non dénonciation de tels actes remonte à l'année 2001.

Ces différents engagements étaient très attendus de la part d'un épiscopat sous le feu de toutes les critiques ces dernières semaines. Premier visé : le cardinal Philippe Barbarin.

L'archevêque, en poste à Lyon depuis 2002 estciblé par deux enquêtes pour"non dénonciation" d'agressions sexuelles . Parmi ces accusations il y a celle qui concerne le lourd dossier deBernard Preynat . Ce prêtre, mis en examen fin janvier pour des actes de pédophilie, commis il y a plus de 25 ans sur de jeunes scouts lyonnais.

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A l'origine de ces enquêtes, des plaintes de victimes regroupées au sein de l'association, La Parole Libérée . Elles reprochent au cardinal Barbarin de ne pas avoir informé la justice des anciens agissements du Père Preynat, laissé en poste jusqu'en 2015.

Quinze ans de réflexion

Ces mesures sont globalement saluées, mais beaucoup estiment qu'elles aurait pu et dû arriver bien plus tôt. Du côté de la revue progressiste Golias notamment, on exprime une satisfaction mitigée. Son responsable Christian Terras se demande pourquoi il a fallu 15 ans pour en arriver là. Il répond à Claude Cordier.

Il me semble qu'en 2000 ils avaient déjà annoncé ce genre de dispositif, mis en place à la marge. L'épiscopat a mis 15 ans pour mettre en place quelque chose qui a l'air d'être professionnel. C'est 15 ans de perdus, 15 ans où les victimes ont souffert et n'ont eu aucune reconnaissance.

Aucune prescription morale

Réuni à Lourdes le mois dernier, l'épiscopat avait reconnu qu'un effort devait être fait sur des cas de pédophilie "plus anciens". Désormais, ces responsables du clergé soulignent que, si des dossiers sont juridiquement prescrits, "aucune prescription morale" ne tient en matière de pédophilie.

Cette politique de "tolérance zéro" , prônée par la Vatican et relayée par la Conférence des Evêques doit maintenant s'appliquer sur le terrain. Si un prêtre guyanais s'est dénoncé la semaine dernière sur ordre de l'évêque de Cayenne, celui de Pontoise lui s'est fait remarqué par des propos qui ont largement choqué. Invoquant des considérations théologiques, Mgr Lalane a récemment répugné à qualifier de pêché un acte de pédophilie.

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