En particulier pour les paroles expertes, les femmes sont clairement sous représentées dans les médias audiovisuels, détaille un rapport d'étape rendu public mercredi par la députée LaREM Céline Calvez.

Experts et experts : le déséquilibre qui existe déjà en temps normal s'est renforcé avec le Covid-19 et le confinement.
Experts et experts : le déséquilibre qui existe déjà en temps normal s'est renforcé avec le Covid-19 et le confinement. © AFP

Les femmes ne sont pas assez représentées dans les médias, que ce soit à la télévision ou à la radio. Elles font souvent office de témoins et beaucoup plus rarement d'expertes, note un rapport de la députée La République en marche des Hauts-de-Seine, Céline Calvez, commandé par le Premier ministre Edouard Philippe. Si le problème est récurrent, il est encore plus important depuis le début de la crise sanitaire. Le document détaille la place des femmes expertes dans les médias ces derniers mois et le constat est simple : le déséquilibre qui existe déjà en temps normal s'est renforcé avec le Covid-19 et le confinement. "Si les femmes ont bien souvent été en première ligne durant la crise de la Covid-19, il semble que leur place dans les médias n’a pas été à la hauteur de leur investissement", indique l'élue. "On constate globalement une baisse de leur présence en mars et en avril 2020."

Le rapport préconise notamment un comptage et une évaluation mensuelle de la part des femmes dans les médias, un meilleur financement du site des Expertes ou bien la création d'un Prix des médias sur la question. La députée envisage un conditionnement des aides à la presse en fonction du respect de la parité. 

FRANCE INTER : Qu'avez-vous constaté depuis le début de la crise sanitaire?  

CÉLINE CALVEZ : "Ce déséquilibre a été renforcé. La crise sanitaire avait quelque chose d'inédit, c'est qu'on a fait beaucoup appel à la science et aux experts scientifiques. Ces experts étaient beaucoup plus masculins que féminins. Or, dans les sciences, et j'ai pu travailler sur ce sujet il y a quelques années, il y a des femmes. Elles ne sont pas forcément nommées aux postes les plus hiérarchiques. Mais elles sont capables de livrer leur expertise."

Est-ce de la mauvaise volonté de la part des médias ? Ou bien parce qu'on trouve essentiellement des hommes aux postes hiérarchiques ? 

"La responsabilité de ce manque de femmes dans les médias est complètement partagée. On pourrait dire que ce sont les médias qui en sont responsables mais ce serait mettre de côté l'ensemble des inégalités qui existent aujourd'hui dans la distribution du pouvoir. Par exemple, vous avez une faible faible représentation des expertes à l'écran en ce mois de mars. Pourtant, on a réussi à les doubler au mois d'avril alors que les positions n'ont pas changé. En réalité, c'est toute la société qui doit avoir une attention portée sur la place accordée à la moitié de l'humanité." 

Est-ce que parler des expertes suffit à résumer le sujet de la place des femmes dans les médias ? Il y a aussi les journalistes... 

"Du point de vue du point de vue des journalistes, il n'y a pas eu de déséquilibre. Ça a été démontré par l'étude du CSA, sur le point des journalistes : on a eu des progrès, il faut vraiment le souligner. Les femmes sont à l'écran en tant que journaliste. Mais pas en tant qu'invitées, et pas seulement les expertes."

Concernant les expertes, comment améliorer les choses ? 

"Il existe des recueils d'expertes, mais parfois, il est difficile de faire correspondre les attentes des médias et les attentes des expertes. Donc, il va falloir encourager à ce que ces deux mondes se connaissent mieux pour gagner en confiance."  

C'est-à-dire que les femmes vont moins se vendre pour être l'invitée de telle ou telle émission ? 

"Je ne sais pas si c'est de l'audace ou d'arriver ou non à se vendre... On a déjà un premier point : en général, ces femmes disent qu'elles travaillent, ne peuvent pas aller faire des médias. Mais il faut aussi avoir de la confiance pour se dire que vous allez parler à l'antenne, livrer votre point de vue. Il est parfois difficile pour certaines femmes de pouvoir le faire. 

Mais en gagnant de la confiance, en faisant que les médias rencontrent les expertes, on sait que ça peut marcher. Il y a déjà des initiatives qui ont été mises en place et qui permettent, au delà de repérer des expertes, de pouvoir les mettre en confiance." 

Est-ce que vous envisagez des mesures de type "quotas" comme de lier des aides à la presse, par exemple, à la représentation des femmes ? 

"Le mot quota en France est considéré comme quelque chose de très, très contraignant. Mais on peut lier ces aides à un objectif à atteindre... Il va falloir en tout cas être beaucoup plus volontaristes. Certains s'emploient à vraiment faire de la place aux femmes et d'autres moins. Mais on sait que cela marche donc, à un moment, on peut se fixer ce genre d'objectifs pour les aides à la presse. Ce n'est pas aller à l'encontre de la liberté de la presse ou de la démocratie que de simplement dire que ces objectifs peuvent être aussi au service d'une plus grande égalité dans notre société."

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