Selon les résultats d'un rapport publié ce mercredi et dirigé par la députée LREM Céline Calvez, les femmes, déjà sous-représentées dans les médias, l'ont été encore plus pendant le confinement. Elle propose une série de préconisations pour inciter les médias à améliorer la situation.

Les femmes, déjà sous-représentées dans les médias, l'ont été encore plus pendant le confiement.
Les femmes, déjà sous-représentées dans les médias, l'ont été encore plus pendant le confiement. © Getty / Mytruestory Photography

Moins de femmes à la télé, à la radio ou dans les journaux pendant le confinement : elles ont été sous-représentées dans les médias, d'après les résultats d'un rapport parlementaire dirigé par la députée La République en marche des Hauts-de-Seine Céline Calvez, et publié ce mercredi. Il avait été commandé le 24 avril par Édouard Philippe, alors Premier ministre, et porte sur la période de mars à mai 2020.

"Même si ces données s'expliquent par divers facteurs (...) notamment la situation d'urgence qui a bousculé les pratiques des médias, celles-ci ne font qu'accentuer et mettre en lumière des inégalités déjà présentes 'en temps normal'", analysent les rapporteurs.

Moins de femmes à la télévision...

Le rapport fait état d'une baisse de la représentation des femmes exacerbée en mars et avril, au pic de la crise sanitaire. Et c'est à la télévision que le phénomène reste le plus criant, là où la parole masculine est restée "majoritaire voire écrasante", oscillant entre 57% (au lieu de 55%) et 80% (au lieu de 77%) selon les chaînes. Dans ce média, c'est sur les chaînes publiques que la parole des femmes reste la plus forte (37,2%) et particulièrement sur les chaînes d'information en continu (42,8%). En revanche ce taux est de 20% pour les chaînes thématiques privées.

"On peut parler de disparition [des femmes] et elle n'est pas seulement pendant la période de crise. On est loin de l'égalité et il reste encore beaucoup de chemin à faire" (Céline Calvez sur Franceinfo)

À la radio, même si la crise a eu moins d'effet concernant la parole donnée aux femmes, elles restent également moins présentes. Sur les chaînes généralistes, le taux est 35,3% pour les chaînes publiques et 29,3% pour les chaînes privées. Sur les radios musicales, où la programmation a été fortement impactée, une baisse du temps de parole pour tous a été constaté, et celui des femmes a chuté de six points sur les chaînes privées.

... et quasiment absentes des débats

Mais c'est du côté des "experts" que le bât blesse encore (le terme "expert" désignant dans le rapport "personne détenant le savoir, porte-parole d'un syndicat ou d'une association, personne représentant une profession livrant son expérience"). 

"Les experts convoqués dans les médecins par exemple étaient en majorité des hommes. C'est au niveau des expertes qu'il y a eu un décrochage."

Dans les journaux de France Télévisions, par exemple, la part des femmes "expertes" est tombée à 9% en mars et remonte à 20% en avril sur France 2 et France 3, au lieu de 40% en moyenne. Cependant, ces résultats restent à nuancer selon les rapporteurs puisque "toutes catégories confondues, les éditions nationales d'information de France Télévisions sont à 43% de présence de femmes", soit 5 points de plus que la part moyenne à la radio et télé en 2019.

La Une du Parisien a déclenché le rapport

Côté presse écrite, la députée et son équipe citent l'exemple de la Une du Parisien du 5 avril 2020, intitulée "Le monde d'après", et qui a  déclenché la demande de rapport. Il avait suscité la polémique en donnant seulement la parole à des hommes, quatre experts, dont un climatologue et un politologue. Plus globalement, les personnalités masculines à la Une de la presse écrite ont représenté 83% pour 17% de femmes pendant la période.

En revanche, les femmes ont été plus présentes dans le rôle de "témoins". Selon une étude du CSA, sur laquelle se base le rapport parlementaire, leur part a été de 55% pendant le confinement contre 45% pour les hommes. Idem pour les "témoins professionnels de santé" comme les infirmières, (52% contre 48%). 

Un système de bonus/malus pour les médias ?

Parmi les 26 préconisations pour améliorer cette représentation des femmes, crise sanitaire ou pas, le rapport évoque un conditionnement des aides publiques au respect d'une plus grande place des femmes dans les médias, comme un système de bonus/malus par exemple pour une partie des aides, tout en soulignant que "dans une période où les médias de la presse écrite rencontrent de lourdes difficultés aggravées par la crise, il est délicat de soulever cette hypothèse".

La mise en place d'une charte d'engagement en matière d'égalité est fortement recommandée, elle existe déjà chez les journaux Ouest-France, La Voix du Nord ou encore le groupe Canal Plus indique le rapport, qui pointe aussi l'idée d'encourager les médias à obtenir le label "Égalité professionnelle" délivré par l'AFNOR. 

Il souligne également le besoin d'inciter les médias à missionner plus de femmes "expertes" et soutenir financièrement le site expertes.fr, qui recense de nombreux contacts pour la profession.

La députée Céline Calvez et son équipe, qui ont entendu 200 personnes et travaillé à partir des études du CSA et de l'INA pour produire leur rapport, invitent les médias à s'engager sur les préconisation en vue d'un premier bilan dans six mois. Des conseils qui pourront être étudiés, espère la marcheuse, dans le plan de relance du gouvernement.

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