Selon le rapport annuel de Commission consultative des droits de l'Homme, les Français ne sont pas devenus moins tolérants, même après les attentats.

Manifestation contre le racisme anti-asiatique en septembre 2016
Manifestation contre le racisme anti-asiatique en septembre 2016 © Reuters / Gonzalo Fuentes

Un paradoxe ? Pas nécessairement, selon Christine Lazerge, qui préside la CNCDH. "Les médias et les politiques tiennent des propos très alarmistes... Nous pensions que l'état d'urgence pouvait, en stigmatisant une partie de la population, accroître les propos ou les actes racistes. Ce n'est pas tant le cas que nous l'imaginions. La gravité du terrorisme, ressentie par tous, a créé de la cohésion nationale."

De façon paradoxale, c'est un peu comme si en situation de peur nationale, on portait sur l'autre un regard plus ouvert qu'en situation de prospérité à tous égards

De fait l'indice de tolérance (une série de questions permettant de mesurer l'évolution des préjugés depuis 1990) est toujours à la hausse depuis 2013, et ce quelle que soit la population potentiellement visée par des clichés, des propos ou des actes intolérants.

Autre enseignement de ce rapport : le fait que la parole publique conditionne la parole raciste. Cette parole a beaucoup plus de chances de se libérer en fonction de la manière dont les médias, les politiques, les chercheurs, bref tous ceux qui ont voix au chapitre, vont ou non la relayer ou l'amplifier.

Être raciste a encore trop peu de conséquences

Reste que si les Français se disent de plus en plus tolérants, les actes racistes, antisémites ou xénophobes ne rencontrent pas encore de réponse pénale totalement satisfaisante. Selon les estimations du CNCDH, ils donnent encore trop rarement lieu à un signalement, encore moins à une plainte.

Cela est dû aussi bien à la difficulté de convaincre les victimes de porter plainte qu'à une certaine mauvaise volonté des institutions à en reconnaître le caractère raciste (une circonstance aggravante dans le droit pénal français). D'autant que le racisme, c'est aussi par exemple le contrôle au faciès, contre lequel il est d'autant plus difficile de porter plainte.

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Pour Magali Lafourcade, secrétaire générale de la CNCDH, il faudrait d'abord supprimer le dépôt de main courante en matière de discrimination : "C'est une pratique qui n'existe pas dans le Code de procédure pénale, qui détourne la victime de la plainte. Et donc ce n'est jamais porté à la connaissance de la justice. Les associations nous indiquent qu'il y a énormément de refus de plaintes, ce qui pourrait être constitutif d'un délit d'entrave à la justice."

Les gendarmes et les policiers sont tenus de recevoir les plaintes.

Autre chantier : le racisme sur Internet. Depuis dix ans, les fournisseurs d'accès ont l'obligation légale de signaler les auteurs de discours de haine. Impossible toutefois d'évaluer l'efficacité de leur action, selon la CNCDH, puisque les chiffres ne sont pas accessibles.

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