Blocages, manifestations, opérations escargot… Les modes d’actions seront sûrement nombreux samedi, pour la mobilisation des Gilets jaunes, contre la hausse des prix du carburant. Mais ceux qui vont interrompre, par exemple, la circulation, risquent-ils vraiment quelque chose ?

Un tractage des "gilets jaunes" dans la Drôme.
Un tractage des "gilets jaunes" dans la Drôme. © Maxppp / Fabrice Anterion

Les Gilets jaunes risquent-ils vraiment quelque chose s’ils bloquent la circulation ce samedi ? Opérations escargot ou carrément blocages de la circulation, comme le rappelle le blogueur-avocat Maître Eolas sur Twitter, “le fait d’employer un moyen quelconque pour mettre obstacle à la circulation publique est puni de deux ans d’emprisonnement, 4500 euros d’amende, trois ans de suspension de permis et coûte six points retirés”. Évidemment, les manifestants risquent un placement en garde à vue, 48 heures au maximum. Légifrance, le portail des textes de loi, précise aussi que si des véhicules sont utilisés, l’immobilisation de ceux-ci peut intervenir. À noter également que l’organisateur d’une manifestation non déclarée risque six mois de prison et 7500 euros d'amende ; les participants, eux, peuvent être sanctionnés d'une amende de 38 euros. 

En réalité, des peines pas forcément appliquées

Mais ces peines sont-elle vraiment appliquées ? Pas vraiment, à en croire quelques exemples récents. Le récent mouvement des ambulanciers a entraîné 14 interpellations en Île-de-France, début novembre, mais aucune condamnation n’a suivi : plusieurs simples rappels à la loi, le reste des poursuites abandonnées car les infractions n’étaient pas assez caractérisées. À Notre-Dame-des-Landes, plusieurs départementales ont été bloquées, pendant plusieurs semaines, mois voir années. Or, jusqu’à présent, personne n’a été condamné pour ça. 

De façon générale, on voit assez rarement des condamnations pour de seuls motifs d'entrave à la circulation. Une récente exception toutefois, celle du rappeur Fianso, en février 2018, qui a écopé de quatre mois de prison avec sursis et 1 500 euros d'amende pour avoir tourné quelques mois plus tôt et autorisation, son clip au milieu de l'autoroute A3.

En revanche, début novembre, comme le relatait le quotidien Le Monde, six anciens “bonnets rouges” ont par exemple été condamnés à rembourser plus de 200 000 euros pour la dégradation d’un portail écotaxe dans la Manche, en décembre 2013. Mais il s’agit bien là d’une condamnation pour dégradation d’un bien public, pas pour entrave à la circulation

Des consignes données aux forces de l’ordre ?

Selon le ministre de l’Intérieur, interrogé mardi sur BFM TV, les forces de l’ordre devront intervenir pour lever tout “blocage total : “Partout où il y aura un blocage, et donc un risque pour les interventions de sécurité et aussi la libre-circulation, nous interviendrons” assurait Christophe Castaner. Mais pas de sévérité gratuite : aucune manifestation ne devrait être interdite, tant qu’elle “ne menace pas l’ordre public” ; le ministre espérant trouver “un point d’équilibre”. 

Autant dire qu’il y a aussi derrière cela un enjeu clairement politique : quelle image renvoyer de la réponse gouvernementale à ces manifestants citoyens qui descendront dans la rue ? Des ordres ont-ils été donnés aux préfets, policiers et gendarmes ? 

Tout dépend des manifestants et des manifestations

Un élément reste encore très difficile à estimer et le restera jusqu'à samedi : combien seront les gilets jaunes dans la rue. Si la mobilisation est massive, elle pourrait bien surprendre les forces de police. Le ministre de l’Intérieur a également demandé aux organisateurs de déclarer toutes les manifestations. Elles permettent ainsi aux préfectures de prévoir le maintien de l’ordre et de ne pas être prises au dépourvu. Ces déclarations devaient être faites au plus tard mercredi soir. 

Enfin, quel sera, ici et là, le degré de radicalité des manifestants et le mode d’action choisi ? On peut craindre que les plus extrêmes puissent se présenter masqués, armés. Certains organisateurs, prudents, appellent déjà à des blocages partiels ou plus “doux” que ceux prévus initialement, assurent qu'il n'y aura pas de blocage des véhicules d'urgence et que les barrages pourraient être en majorité filtrants. Là encore, tout dépendra aussi de la volonté politique du gouvernement et de la réponse qu’il souhaite donner à cette contestation. 

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