Madrid. Puerta del Sol. Le 15 mai 2011. Le campement des indignés. Symbolique de par son ampleur. Dans 57 autres villes espagnoles, des rassemblements de même nature. 200 associations à l'origine de cet appel, majoritairement des étudiants et jeunes précaires. Une vague d'exaspération sociale à une semaine des élections municipales qui va trouver un écho partout dans le monde. Les politiques ne pèsent rien, exceptées leurs ambitions personnelles. Les marchés financiers dominent le monde, et les inégalités s'accroissent dans l'indifférence générale.

les indignés parisiens
les indignés parisiens © Radio France / EVALMIR

Les indignés du nom du best seller de Stephane Hessel "Indignez vous " traduit dans une trentaine de langues. Très vite, les jeunes qui constituaient le coeur du mouvement sont rejoints par différentes couches de la société espagnole. D'abord les milieux universitaires, les associations de chomeurs et de retraités, puis les commercants, les artisans, les cadres et même des familles au grand complet.

Ce n'est pas un cortège mais un rassemblement, un véritable campement où l'on repense les modèles de société. Non pas des soirées utopistes où l'on refait le monde entre potes derrière une bonne bouteille.

Puerta del Sol, du 15 mai au 12 juin 2011, des groupes de travail sont constitués. Des assemblées ouvertes. Chacun a le droit de s'exprimer et d'apporter des propositions imaginatives et concrètes. Le message est clair : montrons aux élus et à la classe politique l'exemple qu'ils ne sont pas capables de donner.

Les décisions sont prises au consensus. Au moinde désaccord, on rediscute. Ce fonctionnement complexe qui requiert du temps et de l'énergie est approuvé de tous. Des milliers de personnes et des heures de débat. On est loin de la manif avec des slogans faciles.

Qui plus est, cette horizontalité revendiquée se traduit par une non personnification du mouvement . Aucune émergence de pouvoir. Une règle stricte qui s'applique aux postes sensibles. Le mot "chef" n'existe pas. Exit les porte-paroles officiels, coordinateurs et responsables de commissions.

Cela ne se fait pas sans peine, sans des problèmes de circulation de l’information, sans des conversations qui n'en finissent pas... Mais ce processus autogestionnaire a touché toute une collectivité. Enfin, on trouvait une prise sur sa propre vie. Mieux, une place lui était dédiée dans la société. Pas d'idéologie. Il n'y avait ni gauche ni droite, mais des réflexions pour améliorer le système. Cette manière de convevoir une participation politique qui soit le fait de citoyens ordinaires et non d'activistes ou de militants fut la force du mouvement.

La force du mouvement ? Mais aussi sa faiblesse. Sans véritable structures, quand les assemblées ont été dissoutes le 12 juin, chacun est retourné à sa propre vie, avec la promesse de rester vigilants et de poursuivre ce travail de réflexions et propositions. Mais, très vite, ce terrain est parasyté par des mouvements qui se disaient solidaires des indignés. En premier lieu les altermondialistes

Indignés Paris
Indignés Paris © Radio France / EVALMIR

Vrai aussi, un pan du message des indignés qui remettent en cause la léthargie politique devant les règles édictées par la finance rappelle la pensée altermondialiste. Le mouvement "Occupons Wall Street " prend pour modèle les travaux menés Puerta del Sol à Madrid , mais très vite les groupuscules anticapitalistes, syndicats et partis politiques s'imposent dans les rassemblements. La mobilisation prend alors des formes plus classiques : occupations, cortèges, slogans.

Indignés parisiens
Indignés parisiens © Radio France / EVALMIR
A Paris le 15 octobre
A Paris le 15 octobre © Radio France / Eric Valmir

Dans sa forme initiale, l'initiative des indignés n'était pas une simple opposition au système et à l'ordre établi. L'espace de réflexion, véritable moteur du mouvement, représentait une alternative .

Aujourd'hui, les propositions peinent à se faire entendre, elles existent certainement, mais la voix des indignés est étouffée par ceux qui profitent de la spontanéité du mouvement pour l'intégrer .

Soit pour commettre des violences, c'était le cas des Black Block (groupuscule de casseurs ) à Rome samedi dernier...

désolation à Rome
désolation à Rome © Radio France / MAUVILLAIN

...Soit avec des drapeaux et bannières quand le mouvement réfute toute gestion politique.

Samedi dernier à Paris, les jeunes communistes français ont refusé de baisser leurs banderolles malgré l'imploration d'un speaker au micro qui leur demandait de le faire.

indigné et communiste
indigné et communiste © Radio France / EVALMIR

Par le prisme de la lucarne médiatique, tout est simplifié. On ne sait plus vraiement qui sont les indignés. L'indignation appartient à tous, même aux groupes organisés qui s'emparent de cette cause. Derrière les rassemblements d'indignés, on découvre des manifestations d'exaspération sociale et du rejet du système. Où sont passés les groupes de travaux ?

les indignés à Paris
les indignés à Paris © Radio France / EVALMIR

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A Paris, sur le parvis de l'Hotel de Ville, on a essayé de discuter, mais les slogans hurlés ne correspondaient en rien au mot d'ordre de cette journée mondiale des indignés : Descendez dans la rue pour créer un nouveau monde , alors que dans les rues de la capitale on scandait ; P aris debout, soulèves toi !

La révolution par la force ou par les idées ?

Des indignés de Madrid, Santiago, Mexico, Saint Domingue et La Paz se sont assis par terre, fatigués. Venus en France pour donner des couleurs à un mouvement qui peine à se mettre en place dans notre pays, ils ont constaté que la mobilisation était faible, et surtout que les citoyens ordinaires étaient minoritaires face aux activistes et militants !

indignés fatigués
indignés fatigués © Radio France / EVALMIR

Qu'ils s'en aillent tous ! Pas seulement les banquiers et les politiciens irresponsables.... mais tous ceux qui dénaturent une indignation créative.



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