Olivier Véran a annoncé le lancement d’un Ségur de la Santé, une concertation nationale sur l’avenir de l’hôpital public. Le ministre de la Santé prévoit une revalorisation des salaires des soignants et notamment des infirmier.e.s et un assouplissement du temps de travail. Les syndicats sont pour le moment perplexes.

Olivier Véran et Emmanuel Macron à la Pitié-Salpêtrière le 27 février 2020
Olivier Véran et Emmanuel Macron à la Pitié-Salpêtrière le 27 février 2020 © Maxppp / Stephane Lemouton / Bestimage

Exit "Ma Santé 2022", et bonjour le "Ségur de la Santé". Deux jours après la visite surprise d’Emmanuel Macron à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, où le président de la République a qualifié de "sans doute une erreur de stratégie" le plan de réforme de soins d’Agnès Buzyn, son successeur Olivier Véran annonce dans les colonnes du Journal du Dimanche le lancement d’une concertation nationale avec les partenaires sociaux et les collectifs hospitaliers. Ce "Ségur de la santé" débutera par une grande réunion le 25 mai prochain

Un salaire 5% en dessous du salaire moyen en France

Le ministre de la Santé y prévoit une revalorisation des salaires, notamment des infirmier.e.s : "Je souhaite que, rapidement, nous puissions atteindre un niveau de rémunération correspondant au moins à la moyenne européenne", déclare-t-il. La France en est loin, rappelle Thierry Amouroux, le porte-parole du Syndicat National des Professionnels Infirmiers : "La différence de salaire entre une infirmière française et une infirmière européenne est de 300 euros par mois en moyenne selon une étude de l’OCDE qui montre, que la France est 26e sur 29 des pays de l’OCDE".

Par ailleurs, cette même étude de l’OCDE montre que le salaire des infirmier.e.s était 6% en dessous du salaire moyen en France. "Il est nécessaire que les carrières des soignants soient revalorisées, notamment à l’hôpital public", estime Evelyne Rescanières, secrétaire générale de la CFDT Santé Sociaux, "pour reconnaître la compétence et l’engagement de ces professionnels mais aussi pour rehausser l’attractivité de l’hôpital public".

Des heures supplémentaires non rémunérées 

Pour rehausser cette attractivité, Olivier Véran propose également un assouplissement du temps de travail à l’hôpital. Pas question "d’obliger des gens à travailler davantage", rassure-t-il mais de "permettre à ceux qui le souhaitent de le faire". Le ministre de la Santé prend pour exemple des infirmières "nombreuses" à faire des heures supplémentaires "illégalement" dans d’autres établissements : "Si des salariés de l'hôpital souhaitent travailler davantage et augmenter leur rémunération, il faut que ce soit possible".

Encore faudrait-il que les heures supplémentaires soient payées, constate Evelyne Rescanières : "Dans la plupart des hôpitaux publics, une heure supplémentaire réalisée est stockée sans majoration. C’est-à-dire que pour une heure de plus, vous aurez droit à une heure de repos. Et comme on est en sous-effectif, on n’arrive pas à les prendre. On n’est même pas rémunérés pour les heures que nous faisons. "

Thierry Amouroux ajoute : "On voit bien que le gouvernement est un peu hors sol. Les hôpitaux français ne sont déjà pas à 35 heures. Ils font 37 heures, 37,5 heures, 38 heures avec des RTT. Jour de RTT que les soignants ne peuvent pas prendre. Par exemple, l’APHP doit plus d’un million de jours à ses 77 000 agents."

Sans annonce pour le moment plus concrète, les syndicats, échaudés par plusieurs plans, voient dans ce Ségur de la santé "un énième plan de communication". Le ministre de la Santé dit lui vouloir "aller vite" et présenter son plan cet été, avec l’espoir que certaines mesures soient dans le prochain budget de la Sécurité sociale, discuté à l’automne.

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