L’Assemblée nationale entame mardi 10 février l'examen du projet de loi « Hôpital, Patients, Santé, Territoires ». Un projet de loi visant à moderniser le système de santé et dans lequel il est question notamment de l’alcoolisation chez les adolescents.

Ces derniers mois, à plusieurs reprises, on a pu voir des lycéens, des collégiens même, faire des comas éthyliques.

Le constat est terrible : entre 2004 et 2007, les hospitalisations pour alcoolisation chez les 15-24, mais aussi chez les moins de 15 ans, ont augmenté de 50%.

La manière de boire des jeunes change, et surtout elle empire. On ne boit plus pour s’amuser ou réussir à aborder une fille, mais juste pour se souler, se défoncer.

Pour le professeur Michel Reynaud, spécialiste des addictologies à l’hôpital Paul Brousse , le fait de commencer de plus en plus tôt augmente le risque de devenir dépendant.

Dossier les jeunes et l'alcool
Dossier les jeunes et l'alcool © Radio France

Michel Reynaud (Thibaut Cavaillès)

Si je bois plus d’un verre je suis incapable de m’arrêter

Pierre a 24 ans, depuis une semaine il est hospitalisé à « L’albatros », l’espace « addictologies » de l’Hôpital Paul Brousse à Villejuif, près de Paris.

Il a admis avoir un problème avec l’alcool, et a voulu le résoudre avant –comme il dit- de commencer à avoir la tremblote.

Pierre (Thibaut Cavaillès)

En fac je buvais jusqu’à ne plus comprendre grand chose.

La première fois que Pierre a touché à l’alcool il avait 15 ans. Des « débuts » marqués par une cuite gigantesque qui ne l’a portant pas découragé de continuer à se souler.

Alcool à l’adolescence et surtout alcool durant les études, jusqu’à ne plus pouvoir s’arrêter.

Pierre (Thibaut Cavaillès)

50% de l’alcool est acheté par 8% de la population. Et 8% c’est également le pourcentage de gens qui ont un problème avec l’alcool

Reconnaître qu’il avait un problème avec l’alcool a été le premier pas pour permettre à Pierre de se soigner. Maintenant il sait que le corps s’accoutume et que sa consommation massive l’a marqué à vie.

Pierre (Thibaut Cavaillès)

Une première relation sexuelle sur trois intervient sous alcool, le niveau de consentement n’est pas très élevé.

Les jeunes et l'alcool - dossier
Les jeunes et l'alcool - dossier © Radio France

Cette nouvelle manière de boire des jeunes, qui cherchent d’abord et surtout à se souler, est souvent mal connue des parents, pour lesquels la référence est leur propre adolescence.

Des parents qui peuvent faire de la prévention auprès de leurs enfants.

Patrice Huerre est psychiatre et responsable de la Maison des adolescents des Hauts de Seine. Auteur du livre « Alcool et adolescence, jeunes en quête d’ivresse… » (Thibaut Cavaillès)

Le projet de loi, de bons principes, mais seront-ils efficaces ?

Evidemment, tous les jeunes qui boivent ne sont pas forcément alcooliques, mais l’alcoolisme peut naître des premières habitudes : du Binge drinking, qui consiste à boire très vite pour une ivresse immédiate, aux bières très alcoolisées, aux alcools sucrés, alcopops et autres pre-mix.

C’est ce que veut combattre la ministre de la Santé, qui veut interdit la vente d’alcool aux mineurs.

Roselyne Bachelot veut aussi bannir les soirées open-bars, ces soirées où, contre un droit d’entrée, la consommation est illimitée.

Les parades à ces interdictions semblent malheureusement assez simples : on imagine les ados demander à un grand frère de se fournir pour eux. Et les bars ont déjà trouvé l’astuce en proposant des « semi-opens bars », c'est à dire une consommation limitée, mais à des quantités déjà beaucoup trop importantes selon le professeur Raynaud.

Le spécialiste des addictologies à l’hôpital Paul Brousse craint surtout la publicité pour l’alcool sur internet qui évidemment ciblera en priorité les adolescents.

Michel Reynaud, spécialiste des addictologies à l’hôpital Paul Brousse (Thibaut Cavaillès)

### Liens

> Le défenseur des enfants a exprimé "sa profonde préoccupation sur le projet d’autoriser la publicité de boissons alcoolisées sur Internet"

> Qu’est ce que le "Binge_drinking"

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.