Les passages aux urgences pour tentative de suicide ont bondi de 64% entre fin décembre et début janvier chez les moins de 17 ans. Une nouvelle campagne de sensibilisation est lancée par Santé publique France sur les réseaux sociaux.

Les 11-17 ans sont les plus touchés par la hausse des gestes et idées suicidaires
Les 11-17 ans sont les plus touchés par la hausse des gestes et idées suicidaires © Getty / filadendron

Les vagues successives de Covid-19 pèsent lourd sur la santé mentale des jeunes. À tel point que les passages aux urgences pour tentative de suicide et idées suicidaires sont en forte augmentation : +64% entre fin décembre et début janvier chez les moins de 17 ans, selon les autorités sanitaires, avec des niveaux nettement supérieurs aux années antérieures. Pour tenter d'endiguer le phénomène, Santé publique France (SPF) lance de nouveau une campagne de sensibilisation sur les réseaux sociaux. Le clip, diffusé sur TikTok et Snapchat jusqu'au mois de juin, vise avant tout les adolescents. 

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La tranche des 11-17 ans est la plus touchée par la hausse des gestes et idées suicidaires d'après le dernier bulletin de SPF. Phénomène notable : les chiffres varient de manière cyclique, au gré de la situation épidémique du pays. 

"La première vague de crises suicidaires que l'on a observée c'était à l'automne 2020, ce qui correspondait à l'annonce du reconfinement", analyse Sylvie Tordjman, professeur en pédopsychiatrie et cheffe du pôle psychiatrie de l’enfant du centre hospitalier Guillaume Régnier, à Rennes. L'établissement a alors enregistré 48 passages aux urgences en novembre 2020 pour crises suicidaires, contre 20 l'année précédente. De fait, le gouvernement annonçait alors le retour des limitations de déplacement, la fermeture des commerces non essentiels, des bars ou encore des restaurants. "Cela a duré à peu près deux-trois mois avant de s'apaiser", poursuit la spécialiste.

Correspondance directe

La même détresse est ensuite constatée en mars 2021, au moment de la troisième vague et l'apparition des variants. Des mesures de restrictions entrent alors en vigueur dans 16 départements, ce qui a suscité "une hausse des consultations pour troubles anxieux, une peur des jeunes pour l'avenir même si l'Ille-et-Vilaine n'était pas concernée par ces mesures", se souvient la médecin. 

Après un retour au calme durant l'été et la rentrée, les gestes suicidaires ont de nouveau flambé en fin d'année, plus particulièrement "pendant la deuxième semaine des vacances scolaires, alors qu'habituellement, les fêtes du Nouvel an sont une période agréable et festive pour les jeunes", se remémore la pédopsychiatre. "En fait, cela correspondait au jour près aux annonces qui ont pu être faites sur l'arrivée d'Omicron. À chaque fois qu'il y a un effet de dramatisation, des chiffres donnés sur le nombre de morts par exemple, on a une correspondance directe avec les crises suicidaires", résume Sylvie Tordjman. 

La peur du vide, une angoisse de mort

En consultation, les ados évoquent alors l'angoisse de la mort, de la maladie, une sensation de vide ou encore un manque d'horizon. "Avec le Covid, les jeunes ne voient plus le bout du tunnel. Il y a une difficulté à se projeter vers l'avenir. Le propre de l'adolescence, c'est de pouvoir explorer un ailleurs. Or aujourd'hui cet ailleurs est extrêmement barré", constate la pédopsychiatre. Un stress chronique et des troubles anxieux accentués, selon elle, par le bouleversement des rythmes de vie et une hausse de la consommation des écrans.