Depuis l’origine, le Tour est une affaire de journalistes. Inventé par un journaliste pour faciliter le lancement de « L’Auto », sa popularité doit tout au génie narrateur de ses grandes plumes, puis de ses grandes voix.

Jacques Goddet

De la création du Tour (et du journal «L’Auto »), l’histoire n’a guère retenu que le nom d’Henri Desgrange, l’inspirateur. Mais il formait en fait un binôme avec un gestionnaire avisé, qui a su canaliser sa fougue, Victor Goddet. A la mort de celui-ci, son fils Jacques entre au journal. Desgrange en fera son fils spirituel et lui confiera la direction de la course en 1936. C’est grâce à son passé de résistant que « L’Auto » dont la parution avait été suspendue à la Libération, deviendra « L’Equipe » et pourra reparaitre.

Jacques Goddet donne le départ d'une étape en 1960
Jacques Goddet donne le départ d'une étape en 1960 © Collection Pascal Sergent

Jacques Goddet, mort en 2000 à l’âge de 95 ans, est par ailleurs l'auteur d’éditoriaux qui ont fait date : « La vérité sort aussi du Puy » quand la bataille entre Bartali et Robic avait été somptueuse sur les pentes du Puy de Dome, ou encore « Les nains de la route » quand en 1961, aucun coureur n’avait eu le courage de défier Jacques Anquetil.

Amateur d’innovation technologique, il ne ratait jamais une occasion de plaider la cause de la course.

### Zitrone Cultivé et compétent, colérique et pingre, Léon Zitrone, né en 1914 dans la Russie tsariste et arrivé en France 6 ans plus tard avec ses parents exilés, a incarné pendant des années le journalisme pour la première génération de téléspectateurs français. Il a commenté pour la télé 6 Tours de France, de très nombreux évènéments mondains (mariages et couronnements), inventé le genre du commentaire hippique, servi de partenaire à Guy Lux pour Intervilles. Mais il avait débuté à la radio ou ses talents d’improvisateur, sa mémoire pachydermique et sa culture faisaient merveille : il savait captiver l’auditeur sans hurler dans son micro…
### Régis Forissier Le Tour est avant tout un spectacle visuel. Aussi, les réalisateurs de la télévision « racontent-t-ils » autant la course et surtout son décor que les journalistes. Ils ont leurs langages propres et influencent la perception de la course qu’ont les téléspectateurs. Profondément attaché à sa région et à sa commune (dont il est le maire), Régis Forissier en est l’illustration vivante.
### Oprah Quand Lance Armstrong décide de passer aux aveux, il ne peut naturellement pas le faire de façon banale avec un de ces journalistes, soit serviles qu’il méprise, soit hostiles qu’il déteste. En toute simplicité, c’est à Oprah Winfrey, présentatrice de télé et naguère présentée en tant qu’intervieweuse comme la femme la plus puissante du Monde (excusez du peu !) qu’il va se confier. Entretien diffusé le 18 janvier 2013 : oui, il s’est dopé, non il ne pense pas qu’on puisse gagner le Tour 7 fois de suite sans se doper. Révélation n’est-il pas ?
### Jean-Paul Ollivier La France offre au Tour un fantastique décor, et les retransmissions en direct offrent aux téléspectateurs…une fantastique occasion de se cultiver. Encore faut-il que les journalistes, dépassant leur simple qualité de commentateurs sportifs soient capable de faire vivre les pages d’histoire traversées par le peloton, de raconter les transformations des paysages entrevus et mis en valeur par la qualité, sans cesse accrue, des images. Une espèce de journaliste parfaitement incarnée par Jean-Paul Ollivier. > Un ami, aussi hermétique au Tour de France que peut l’être un boyau à la pluie, suscita un jour mon indignation avec cette phrase absurde : "les premiers jours de course, on s’ennuie !"Il est vrai que, les premiers jours de course, on flâne, on musarde, on est en roue libre. Passée l’excitation furtive du prologue (créé en 1967), on prend le temps de vivre. (…) D’une voix un peu archaïque, dénuée de passion, le commentateur Jean-Paul Ollivier nous offre à contempler un château moyenâgeux ou un village pittoresque. "Le Tour de France dans tous ses états" d’Olivier Larizza (Orizons, 2013) ### La radio Depuis les années 30, la radio relaie la saga du Tour de France. Depuis les disques des débuts, gravés sur la ligne d’arrivée et acheminés à motocyclettes vers d’antiques émetteurs, la technique a bien progressé. En 1967, France Inter innove en inventant le statut de « consultant » : Jean Robic, vainqueur en 1947, assiste en studio, les envoyés spéciaux de la radio. Tout un dispositif à la pointe de la modernité, détaillé dans un reportage télévisé ! Plus de moyens, du matériel moins encombrant, la « couverture » du Tour à la radio n’a finalement pas tellement changé. Sur la moto France Inter pilotée par l’ingénieur du son Bernard Cantin, Fabrice Abgrall assure en 2003 le direct au cœur du peloton.
TDF journaliste
TDF journaliste © Radio France / Christophe Abramowitz
Tandis que, sur la ligne d’arrivée, c’est ici Jean-François Rhein qui est en position pour commenter les derniers hectomètres de l’étape.
Salle de presse TDF
Salle de presse TDF © Christophe Abramowitz
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