La société des journalistes de BFMTV a annoncé ce lundi que les reporters de la chaîne refusaient de couvrir les actions des "gilets jaunes" pour toute la journée. Depuis le début du mouvement, les employés de cette chaîne sont en effet particulièrement visés par des insultes, menaces et violences.

Les journalistes de BFMTV ont choisi de ne pas couvrir les actions des "gilets jaunes" ce lundi.
Les journalistes de BFMTV ont choisi de ne pas couvrir les actions des "gilets jaunes" ce lundi. © AFP / Kenzo Tribouillard

Ils ne veulent plus être pris à partie, voire violentés, par les "gilets jaunes" : pour protester contre les menaces, insultes et violences dont ils sont victimes depuis les débuts de la mobilisation : dans un communiqué, la Société des journalistes (SDJ) de BFMTV a annoncé ce lundi que les reporters de la chaîne refusaient, ce lundi, de couvrir les actions des "gilets jaunes".

"L'ensemble du service reportage, appuyé par la rédaction, a décidé d'un commun accord, de ne pas se rendre sur un rond-point ou une quelconque mobilisation du mouvement des "gilets jaunes" ce lundi en signe de protestation", explique le message de la SDJ. "On sait que la totalité des "gilets jaunes" n'est pas en cause, mais là les faits sont extrêmement graves et inquiétants de notre point de vue, pour la liberté de la presse et la façon dont on travaille au quotidien avec ces manifestants depuis plusieurs semaines", ajoute le président de la SDJ François Pitrel. 

Les journalistes de BFMTV pointent en effet du doigt de nombreuses occasions au cours desquelles des reporters de la chaîne ont été insultés voire physiquement agressés ces dernières semaines. "Nous continuons à tout mettre en oeuvre avec la rédaction pour faire en sorte que les journalistes de BFMTV puissent travailler sur le terrain dans les meilleures conditions possibles, pour que BFMTV puisse continuer de faire normalement son métier d'informer", a réagi la direction de la chaîne, qui a dépêché des agents de sécurité privés auprès des journalistes. Jusqu'a ce week-end encore, les reporters de BFMTV ont été la cible des "gilets jaunes". Voici plusieurs exemples d'attaques qui les ont visés

Samedi 5 janvier à Rouen et Paris 

Ce samedi, lors de "l'acte VIII" de la mobilisation des "gilets jaunes", deux incidents sont survenus. À Rouen, une équipe était dépêchée pour couvrir les manifestations. Après qu'un manifestant a refusé que sa banderole soit filmée, la situation s'est emballée. "Trente personnes se sont retournées contre nous, nous ont lancé des œufs et nous ont insultés", explique l'une des journalistes de l'équipe. S'en est suivie une course-poursuite entre les "gilets jaunes" et les journalistes, qui étaient accompagnés de leur agent de sécurité. 

"Dès qu'on prononce le nom BFMTV, ça déclenche une haine incroyable".

À Paris, un autre incident a eu lieu : "un manifestant, ou en tout cas une personne portant un gilet jaune", a jeté des pétards au pied d'une journaliste de la chaîne. Celle-ci a été légèrement brûlée à la jambe. 

Samedi 29 décembre, le "tour des médias" à Paris

Aucun journaliste n'a été directement visé lors de cette journée à Paris. Mais quelques centaines de manifestants, qui avaient directement orienté leur action contre les médias, se sont rassemblés en début d'après-midi devant les locaux de BFMTV, dans le quartier de Balard, à Paris. 

Les "gilets jaunes", qui scandaient des slogans à l'encontre de la chaîne (notamment "BFM Fake News"), ont envahi les voies du tramway devant les locaux. S'en sont suivis des affrontements entre une partie des manifestants et les forces de l'ordre, qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes. 

Samedi 24 Novembre, à Toulouse

À l'issue de cette journée, trois journalistes de BFM et de CNews ont porté plainte pour "violences aggravées" et "tentative d'agression en réunion". "C'était un véritable lynchage, et la cible c'était BFMTV", a expliqué l'un des journalistes plaignants, Jean-Wilfried Forquès. Sur la place du Capitole, les journalistes se sont retrouvés encadrés par 50 à 100 personnes qui scandaient "journalistes collabos". Coursés par les manifestants, les journalistes ont dû se réfugier dans une boutique. 

Dimanche 18 novembre, à Montpellier

Journaliste pigiste à Montpellier, la journaliste Céline Durchon travaillait pour BFMTV dimanche 18 novembre, alors qu'elle tentait de réaliser des portraits croisés des manifestants. Elle raconte avoir subi "cinq à dix minutes" d'agressions verbales par une centaine de "gilets jaunes". 

"BFM menteurs, BFM vendus, BFM macronistes"

"Jamais je n'avais ressenti une telle humiliation, une telle haine", raconte-t-elle, jusqu'à ce que l'organisateur de la manifestation vienne prendre sa défense. À la suite de cette altercation violente, la journaliste a créé un groupe Facebook nommé "Paye-toi un journaliste", pour recueillir des témoignages similaires.  

Samedi 17 novembre, sur les Champs-Élysées à Paris

Les premiers actes de violence contre les journalistes de BFMTV remontent au tout premier week-end de mobilisation, celui du 17 novembre. Alors qu'il était en direct sur les Champs-Élysées, le journaliste Raphaël Maillochon a été attaqué par un homme, qui ne portait pas de gilet jaune. Celui-ci lui a violemment cassé un projectile, apparemment un œuf, sur le crâne. 

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