Journalistes assassinés, propos vindicatifs de la part de responsables politiques de grandes puissances occidentales... L'ONG Reporters sans frontières publie ce mercredi son rapport annuel sur la liberté de la presse et y relève un climat de haine croissant des politiques en Europe et aux États-Unis.

Capture d'écran de la carte 2018 de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse
Capture d'écran de la carte 2018 de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse © RSF.org

La haine du journalisme n'est plus réservée aux dictatures. Dans son rapport annuel sur la liberté de la presse publié ce mercredi, Reporters sans frontières s'inquiète sur un accroissement de la haine à l'encontre du journalisme, pas seulement en Égypte, en Chine ou en Corée du Nord, mais surtout en Europe et aux États-Unis.

Si d'un côté, l'ONG enregistre un nombre record de pays - souvent autoritaires - où la situation est qualifiée de "très grave", avec 21 nations concernées, les discours de haine et les attaques contre la presse sont aussi recensés dans les pays européens et aux États-Unis.

Une kalachnikov "pour les journalistes"

RSF pointe notamment les reculs enregistrés en République Tchèque, où le président Milos Zeman s'est distingué en apparaissant lors d'une conférence de presse doté une kalachnikov factice portant l'inscription "pour les journalistes", la Slovaquie où les journalistes sont qualifiés de "sales prostituées" ou de "hyènes idiotes" par l'ancien Premier ministre Robert Fico, Malte où la journaliste Daphne Caruana Galizia a été assassinée (France Inter a d'ailleurs, avec le consortium Forbidden Stories, repris ses enquêtes pour poursuivre son travail dénonçant la corruption), ou encore la Serbie.

Les États-Unis de Donald Trump, pays du 1er amendement, qui sacralise la liberté d'expression, perdent quant à eux deux places au classement, et tombent au 45e rang, alors que le président américain, connu pour ses saillies contre la presse sur son compte Twitter notamment, a qualifié les journalistes "d'ennemis du peuple".

Si la Norvège maintient son premier rang au classement, "il y a une inquiétude très forte pour les démocraties européennes", estime Christophe Deloire, secrétaire générale de RSF. 

L'Europe, zone du monde où la dégradation est la plus forte

"Alors que l'Europe est de loin le continent où la liberté de la presse est la mieux garantie, ce modèle européen s'affaiblit : 4 des 5 plus grandes baisses du classement sont en Europe, la zone dont l'indice global en plus grande dégradation c'est l'Europe, et l'expression de la haine mène in fine à des violences physiques", dénonce-t-il. 

La France ne fait pas exception. Bien qu'elle progresse de 6 places, au 33e rang, un mouvement lié principalement au recul de plusieurs pays voisins, RSF y relève que "le 'mediabashing', ou le dénigrement systématique de la profession par certains leaders politiques, a connu son paroxysme pendant la campagne électorale de 2017", et que "certains responsables continuent d'utiliser cette rhétorique pour attaquer les journalistes quand ils sont mis en difficulté", à l'instar du leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon qui a écrit récemment que "la haine des médias et de ceux qui les animent est juste et saine".

Pour RSF, ce climat délétère envers la presse sape l'un des fondements essentiels des démocraties. "Ceux qui récusent la légitimité des journalistes jouent avec un feu politique extrêmement dangereux. les démocraties ne meurent pas que par des coups d'Etat mais elles peuvent mourir aussi à petit feu, et l'une des premières bûches c'est généralement la haine envers les journalistes", prévient Christophe Deloire.

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