Périgueux, 15 février. Nicolas Sarkozy vient soutenir Xavier Darcos, maire sortant candidat à sa réélection. Xavier Darcos est aussi le ministre de l’Education. Du coup, à Périgueux, le président est également venu parler d’éducation après avoir, bien sûr, été visiter une école ; il s’agit là d’un procédé bien connu de communication politique : avant de faire des annonces sur l’éducation, prévoir un déplacement dans une école – avant de faire des annonces sur l’agriculture, prévoir d’aller dans une ferme – avant de faire des annonces sur le pouvoir d’achat, prévoir de passer chez Vuitton.Ce jour-là, l’annonce de Nicolas Sarkozy sur l’éducation, c’était le retour des cours de morale et de politesse à l’école (annonce faite pile poil une semaine avant son élégant « casse-toi alors, pauvre con » du salon de l’agriculture). Il tenait par ailleurs à justifier son projet hautement polémique de faire parrainer par des élèves de CM2 les enfants tués dans la Shoah (idée abandonnée depuis)…Périgueux, tout va bien. Dans une classe de l’école, un petit garçon prénommé Mehdi offre tout fier à Nicolas Sarkozy un beau palmier en pâte à sel. « Je le mettrai dans mon bureau », remercie le chef de l’Etat – prière de le croire sur parole. Les écoliers sont gentils. Les journalistes aussi. Il serre les mains, il touche les bras. Les mains, les bras des écoliers. Les mains, les bras des journalistes. A chacun, il demande en levant les sourcils : « ça va, hein » ? Et chacun, forcément flatté, répond en souriant : « ça va ».Dans la cour de l’école, c’est joyeux, animé, Nicolas Sarkozy se prête au jeu des photos puis trois enfants lui soumettent un questionnaire façon ‘Proust’ (il s’agit d’un écrivain, monsieur le président). Quel est votre ministre préféré ? Il dit : « Ici, c’est Xavier Darcos, hein ». Quel est votre plat préféré ? Il hésite puis il dit : « la fondue ». La fondue ? Explication de ses conseillers : « c’est ce qu’il y avait à son mariage… » Bon. Tout va bien. Mais je n'ai pas aperçu Laure.De retour à Paris, le chef de l’Etat dira que ces quelques heures passées à Périgueux étaient très réussies, très bien organisées, une belle journée de campagne et des journées de campagne, il n’en aura pas eu beaucoup, Nicolas Sarkozy, au cours de ces municipales. Xavier Darcos est le seul de ses ministres à avoir fait appel à lui, le seul à lui avoir demandé de venir dans sa ville, le seul à avoir fait de leur proximité son principal argument : « avoir un maire ministre, un maire qui est reçu dès qu’il le veut à l’Elysée, c’est tout de même un bel avantage ! Qui donc connaît Monsieur Moyrand ? »Périgueux, 13 mars. Ça va un peu moins bien. Au premier tour, Xavier Darcos a été devancé par ‘l’inconnu’ Monsieur Moyrand, le candidat du PS. Devancé de pas grand-chose, juste 56 voix, mais devancé tout de même ; il ne s’y attendait pas et maintenant il s’inquiète. Pour tenter d’inverser la tendance, cette fois ce sont deux Premier ministres, un ancien et l’actuel, qui viennent pour le soutenir. Devant les caméras et les flashs, Alain Juppé et François Fillon s’affichent dans les rues au côté du candidat. On bise le front les enfants, on embrasse les deux joues des femmes, on tape sur l’épaule des messieurs, ça serre les mains à tout va… Puis direction le théâtre pour un grand meeting.Dans les gradins, c’est l’épouse du ministre qui installe les journalistes. Elle s’appelle Laure et elle possède je crois les plus beaux yeux du monde politique.Périgueux, 16 mars. Ça va mal pour Xavier Darcos, il a été battu. Battu de pas grand-chose, juste 113 voix, mais donc battu tout de même et il ne s’y attendait pas. Dès 20 heures 15, le ministre reconnaît publiquement sa défaite. Le reporter sur place raconte : « Ici, à la permanence de campagne, c’est la stupéfaction et l’incompréhension… » J’écoute et je me dis que c’est la vie, c’est le jeu. Le reporter poursuit : « Le ministre de l’Education Nationale vient de dire qu’il avait perdu… Il était très, très ému… » J’écoute et je me dis que parfois l’on gagne et parfois pas, c’est comme ça… Le reporter ajoute : « J’ai vu également l’épouse de Xavier Darcos, Laure Darcos, qui était effondrée, qui était en larme… »Paris, 16 mars, 20 heures 20. Je ne suis pas à Périgueux mais, grâce au reporter sur place, je visualise parfaitement bien les larmes de la femme du ministre et là, allez savoir pourquoi, je me dis que j’aurais presque envie, comme le petit Mehdi au président, d’offrir aux yeux de Laure un beau palmier en pâte à sel.

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