Nous ne croyons plus au progrès alors que nous sommes, pour une grande majorité, dans une période de progrès intenses de l'économie, de la santé, de la longévité, de l'éducation. Pourquoi ne croyons-nous plus que le monde progresse ? Est-ce la faute des médias ?

Pourquoi nous focalisons-nous davantage sur les faits d'actualité, souvent terribles, plutôt que sur les transformations profondes qui se font dans le monde ? Est-ce la faute de la presse ?
Pourquoi nous focalisons-nous davantage sur les faits d'actualité, souvent terribles, plutôt que sur les transformations profondes qui se font dans le monde ? Est-ce la faute de la presse ? © Getty / luce pinxi

Le magazine Sciences humaines publie cette semaine son 300e numéro. L'occasion pour ses journalistes de faire un point sur les 30 ans qui viennent de passer : depuis 1990 (et les débuts du magazine), comment le monde a-t-il changé ? A-t-il progressé ?

Étonnamment, leur réponse est "oui, clairement".  Jean-François Dortier, fondateur du magazine, explique au micro d'Ali Rebeihi : "l'économie mondiale a triplé, on est en bien meilleure santé que la génération précédente, le monde est plus pacifié. En se focalisant sur les problèmes, on oublie de voir les transformations profondes qui agitent le monde".

C'était mieux avant ?

Il nous est difficile de réaliser les progrès effectués. Et même, on a tendance à plutôt voir ce qui a été perdu. Ecoutez la réponse de Michel Serres, au micro de François Busnel dans La Grande Librairie.  Le philosophe, brillant comme toujours, se propose de répondre à ceux qui disent "C'était mieux avant" :

Ça tombe bien, "avant", j'y étais ! Et je peux en parler. Par exemple... au hasard : on était gouvernés par Franco, Mussolini, Hitler, Staline, Mao Tsé Toung. Rien que des braves gens !... qui ont réussi à faire 45 millions de morts... 

Pourquoi sommes-nous si pessimistes ?

Différentes raisons alimentent notre pessimisme devant les progrès du monde :

  • les médias

C'est leur rôle : lorsqu'un avion s'écrase, en parler. En 2017, aucun avion ne s'est écrasé. Pourtant il n'y a jamais eu autant de monde dans des avions (il y a actuellement 600 000 personnes qui sont en vol et qui vont arriver sains et saufs au sol)... Mais les médias n'en parlent pas ; ils parlent des informations graves.

  • les intellectuels 

Les sociologues s'intéressent à ce qui ne va pas, les psychologues aux troubles mentaux... Par définition les sciences humaines génèrent aussi une sorte de vision négative parce que leur objet même d'étude est "ce qui va mal".

  • la peur est une condition de survie

Nous sommes des animaux. Et ceux-ci ont intérêt à toujours regarder autour d'eux pour voir le danger. C'est la même chose pour les humains que pour les gazelles, les antilopes ou les lapins. Jean-François Dortier explique :

Il vaut mieux regarder et être attentif à tout ce qui va mal parce que si vous êtes heureux, vous ne voyez pas le danger arriver.

  • comme le rappelle Hélène Frouard, journaliste du magazine : "On regarde la vague qui arrive pour lutter contre et on ne regarde pas celle qui est derrière nous". 

Par exemple, la mortalité des moins de cinq ans qui était un problème vraiment crucial il y a encore quelques années, a été pratiquement divisée par deux entre 1990 et 2015 grâce à des mesures prises, aussi simples que l'accès à l'eau potable ou l'utilisation de moustiquaires contre le paludisme... Et on ne le regarde plus. Parce que d'autres problèmes arrivent - par exemple l'épidémie d'obésité. 

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