Bisphénol A, phtalates, pesticides : plusieurs dizaines de perturbateurs endocriniens ont été décelés dans les cheveux d'enfants de 10 à 15 ans habitant en milieu urbain ou rural.

De nombreux perturbateurs endocriniens retrouvés dans les cheveux de nos enfants
De nombreux perturbateurs endocriniens retrouvés dans les cheveux de nos enfants © Maxppp / Laurence Mouton

Le magazine 60 Millions de consommateurs a mené une étude en recherchant 254 perturbateurs endocriniens dans les cheveux de 43 jeunes de 10 à 15 ans. Sur un même enfant, jusqu’à 54 contaminants différents ont été retrouvés. En moyenne, 34 molécules répertoriées comme des perturbateurs endocriniens potentiels ou avérés ont été détectées, preuve que ces toxiques sont partout.

Qu'est ce qu'un perturbateur endocrinien?

Pour Santé Publique France, la nouvelle agence nationale en charge de protéger la santé des populations, ce sont des « substances étrangères à l’organisme qui imitent les hormones naturelles ou interfèrent avec le système hormonal ».

Les perturbateurs endocriniens sont partout
Les perturbateurs endocriniens sont partout © Visactu / Visactu

Ces molécules peuvent perturber le développement normal de l’organisme de l’enfant, dès la vie in utero, avec des répercussions qui pourraient s’exercer à la naissance en entraînant prématurité, malformations congénitales, diminution du poids des bébés, etc. Plus tardivement, jusqu’à l’âge adulte, elles peuvent altérer, par exemple, les capacités de reproduction ou augmenter le risque de survenue de maladies dites métaboliques comme le diabète ou de cancers – et même sur les générations à venir.

Presque tous les perturbateurs recherchés ont été trouvés

Le bisphénol A (BPA) est présent dans 1 échantillon de cheveux sur 5. Il est pourtant interdit dans tous les contenants alimentaires en France. La contamination au bisphenol S (BPS) est plus répandue. Cette molécule, utilisée en substitution du BPA, est retrouvée dans la quasi-totalité des échantillons (98 %). Or, le BPS est fortement suspecté d’agir comme le BPA sur notre santé, comme le rappelle 60 millions de consommateurs.

Les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) proviennent notamment de la combustion incomplète de matières organiques comme les carburants, le bois et le tabac.

Tous les enfants participants sont contaminés par les phtalates dont le caractère de perturbateurs endocriniens potentiels fait consensus au sein de la communauté scientifique.

Au final, 53 pesticides ont été retrouvés dans au moins un échantillon de cheveux, dont le lindane, un insecticide interdit depuis 1998, retrouvé dans un tiers des échantillons ! Explication du magazine : ce pesticide est un polluant persistant dans l’environnement.

Dans l'enquête de 60 Millions de consommateurs, le nombre record de 26 PCB (polychlorobiphényles) a été détecté sur un seul enfant. Or, les PCB sont interdits depuis 1987 ! Ces substances ont longtemps été produites et utilisées en tant qu’isolants, lubrifiants et pour leur ininflammabilité dans divers équipements électriques, dans des adhésifs, etc.

En revanche, 60 Millions de consommateurs n'a pas recherché les parabens ou encore les dioxines. D'où cette conclusion du magazine :

La liste que nous avons établie est a minima. Le cocktail de perturbateurs endocriniens auxquels sont exposés les jeunes est certainement plus important encore.

Une étude menée par l'ONG Générations futures avait déjà permis en février de détecter des perturbateurs endocriniens dans les cheveux de sept personnalités écologistes. Plus récemment, l’association s’est intéressée aux taux de glyphosate dans l’urine de 30 personnalités "cobayes" . Le test est sans appel : 100 % des échantillons contiennent du glyphosate (la molécule active de l’herbicide Roundup produit par Monsanto). Cette molécule est le pesticide le plus utilisé au monde, surtout en agriculture. On en trouve des traces dans l’eau , dans l’air et dans l’alimentation.

Appel aux politiques

Pour les défenseurs des consommateurs, les pouvoirs publics français et européens doivent s’attaquer à ce risque sanitaire majeur.

ALLER PLUS LOIN | A l'occasion de l'élection présidentielle, 60 Millions de consommateurs avait demandé début avril aux 11 candidats en lice quelles seraient leurs actions concernant les perturbateurs endocriniens. Huit ont répondu.

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