Ce sont des quinquagénaires qui profitent d'une nouvelle liberté : les "quincados", un mot-valise pour décrire des quinquagénaires dont l'attitude se rapproche de celle des adolescents. Le sociologue Serge Guérin a imaginé ce concept, qu'il décrypte dans un livre publié ce mercredi.

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Image d'illustration. © AFP / ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

Rester jeune dans sa tête, profiter de la vie, avoir envie de se faire plaisir, faire fi des contraintes : de plus en plus de quinquagénaires adoptent aujourd'hui cet état d'esprit. On les appelle les "quincados", un mot-valise qui contracte quinquagénaire et adolescents. Ce concept a été théorisé par le sociologue Serge Guérin en 2013. Ce mercredi, il publie un livre aux éditions Calmann-Lévy pour dresser le portrait de ces quincados.

Il n'existe évidemment pas de profil type, mais plusieurs caractéristiques communes se dégagent. En général, il s'agit de femmes ou d'hommes âgés de 45 à 60 ans, qui ne voient pas le vieillissement comme une fatalité mais comme une opportunité de profiter de chaque moment. France Inter a rencontré un quincado qui assume son côté adolescent.

Une régénérescence

Vincent* est consultant en communication et passionné de rock. Pour ses amis, il a le profil d'un quincado. "Le terme n'est pas joli mais c'est toujours mieux qu'adulescent : adulte et adolescent", sourit ce Parisien de 54 ans. "On ne décrète pas qu'on va devenir un quincado, c'est une attitude générale. Ce sont les circonstances qui font qu'on reconquiert une liberté", complète-t-il.

Comme beaucoup de quincados, Vincent est en instance de divorce et affirme avoir retrouvé depuis une certaine liberté. Ses trois filles sont grandes et ce père de famille a le sentiment du "devoir accompli". Les rôles sont presque inversés aujourd'hui et il lui arrive parfois de rentrer de soirée plus tard que ses filles. "On repart dans une nouvelle séquence de vie. Tout à coup, nos enfants nous demandent de mettre la musique moins fort", confie le père de famille. Vincent se dit "fêtard", mais pas "roi de la night", entendre par-là qu'il ne tombe pas dans l'excès : ce quinquagénaire veut simplement retrouver son "côté insouciant et gentiment irresponsable".

C'est à travers sa passion pour la musique qu'il a retrouvé une certaine liberté. Vincent enchaîne les concerts et les festivals avec ses amis. "Il y a deux ans, je suis allé au festival Afropunk. Il y avait FFF ou encore Ho99o9, un groupe de hip hop américain extrêmement brutal. On est allé au milieu de la fosse avec un copain pour faire un pogo : j'en suis ressorti complètement lessivé mais c'était drôle", retrace ce quinquagénaire, adepte du pogo, un type de danse qui consiste à sauter de façon désordonnée lors de concerts.

"Se mettre dans la fosse et partir dans un pogo hallucinant. Sortir complètement en vrac et se dire : c'est dingue, je revis"
- Vincent, un quincado parisien, habitué des festivals

Pour Vincent, être quincado, c'est donc se sentir revivre, comme "une espèce de régénérescence", sans pour autant être "nostalgique de l'adolescence". "C'est comme dans les pubs Evian : vous buvez un verre et vous retrouvez l'enfant qui est en vous", compare Vincent, dans un éclat de rire.

Se sentir jeune sans être un "faux jeune"

Chaque quincado a sa définition du concept, le vit différemment. Vincent, lui, considère qu'il ne s'agit pas d'être "pathétique" en "singeant les jeunes ou en jouant au faux jeune". Ce quinquagénaire souhaite retrouver une fraîcheur d'esprit, "l'insouciance de l'adolescence" sans pour autant "courir après une jeunesse éternelle".

"Il n'a rien de pire de tenter de faire croire ou de se persuader qu'on est encore un gamin alors qu'il y a un tas de signes extérieurs qui montrent qu'on n'en est plus un", souligne Vincent.

"Physiquement, cela se voit que nous n'avons plus 15 ans : quelques cheveux gris, quelques rides et un peu de surpoids et ce n'est plus possible de se faire passer pour un gamin"
- Vincent, quincado parisien

Ce quinquagénaire assume son âge et ne voit pas le vieillissement comme "un couperet". "L'organisme d'un quinqua, ce n'est pas le même que celui d'un ado, ne serait-ce que pour les capacités de récupération : vous pouvez faire la fête, vous vous couchez très tard et vous vous traînez lamentablement le jour suivant", reconnaît-il. Il s'agit donc de trouver des points positifs au temps qui passe. Vincent compare l'être humain à du vin : il se bonifie avec l'âge.

Si être quincado est un état d'esprit, alors jusqu'à quand le reste-t-on ? Selon le concept théorisé par Serge Guérin, les quincados ont entre 45 et 60 ans. Mais pour Vincent, il n'y a pas d'âge limite pour "avoir envie de se faire plaisir". "Iggy Pop ou Keith Richards sont des exemples de vieux adolescents qui pètent toujours le feu. On se dit que s'ils le font, nous pouvons aussi le faire", affirme Vincent. Ce Parisien de 54 ans se voit bien rester quincado, même après ses 60 ans, quitte à devenir "un sexado" : un sexagénaire qui assume son côté adolescent.

*Le prénom a été modifié

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