Olivier Schrameck, le président du CSA
Olivier Schrameck, le président du CSA © MaxPPP/Thomas Padilla

Le CSA a adressé 15 mises en garde et 21 mises en demeure pour des manquements graves lors de la couverture des attentats de Paris entre les 7 et 9 janvier. Des critiques mal reçues par les médias qui défendent la nécessité d'informer.

Après avoir analysé 500 heures de programme, le CSA a relevé de nombreux dérapages lors de la traque des suspects de l'attentat contre Charlie Hebdo et du meurtre d'une policière près de Paris, puis durant les prises d'otages conclues par deux assauts quasi simultanés.

Le Conseil supérieur de l’Audiovisuel a adressé jeudi à 16 médias 36 mises en demeure ou mises en garde pour des "manquements graves", susceptibles de "conséquences dramatiques". BFMTV, Euronews, France 2, France 24, iTELE, LCI, TF1, Europe 1, France Info, France Inter, RFI, RMC, RTL ont reçu des "mises en demeure".

France 5, Canal + et France 3 ont-elles reçues des "mises en garde", un avertissement moins sévère.

Six faits de gravités différentes sont dénoncés par le CSA

Le premier concerne la diffusion par une chaîne de télévision d'images de l'assassinat du policier Ahmed Merabet par Saïd et Chérif Kouachi. L'autorité reproche à une autre chaîne d'avoir diffusé la "une" d'un journal britannique montrant l'image du policier à terre, dans une situation de détresse, non floutée, quelques secondes avant d'être abattu.

Autre reproche : avoir divulgué de l’identité d’une personne mise en cause comme étant l’un des terroristes recherchés par les autorités. Une information inexacte. Cinq chaînes de télévision ont reçu à ce propos une mise en garde.

Surtout, sept chaînes de télévision et six radios –dont France Inter et France Info- se voient reprocher d'avoir annoncé des affrontements contre les frères Kouachi à Dammartin-en-Goële alors qu'Amedy Coulibaly était encore retranché à la Porte de Vincennes et qu’il menaçait la vie des otages. Le CSA écris :

La divulgation de cette information aurait pu avoir des conséquences dramatiques pour les otages de l'Hyper Cacher de la Porte de Vincennes, dans la mesure où Amedy Coulibaly avait déclaré lier leur sort à celui de ses complices de Dammartin-en-Goële.

L’autorité de régulation relève aussi que trois médias ont signalé la présence d'une personne qui était parvenue à se cacher dans l'imprimerie où Saïd et Chérif Kouachi s'étaient retranchés.

De même, deux chaînes ont émis l'hypothèse qu'une ou plusieurs personnes s'étaient réfugiées dans une chambre froide ou dans une réserve de l'Hyper Cacher où Amedy Coulibaly retenait ses otages.

Enfin, le CSA considère que la diffusion des images de l'assaut mené par les forces de l'ordre dans le magasin de la porte de Vincennes, susceptibles de nourrir les tensions et les antagonismes, pouvait contribuer à troubler l'ordre public et que la divulgation d'informations concernant l'identification de Saïd et Chérif Kouachi, avant la diffusion de l'appel à témoins par la préfecture de police, "pouvait leur permettre de comprendre qu'ils avaient été identifiés".

Si Olivier Schrameck reconnait le caractère "extrêmement difficile" de la couverture journalistestique des événements et le fait que le nombre de manquements est "relatif", au regard des 500 heures visionnées, le président du CSA note :

Ces décisions ont une intention préventive, au cas où se produiraient des événements de même nature.

Des décisions du CSA contestées par les médias

Thierry Thuillier, directeur de l’information de France Télévisions, a confié sa colère au Monde

Les décisions du CSA soulèvent des questions majeures pour le droit à l’information dans notre pays. Je souhaite être reçu par le CSA et demande des explications.

Même indignation du coté de France Info. Erik Kervellec, le directeur de la rédaction a fait part de sa surprise pour ne pas dire plus :

Ils nous reprochent en quelque-sorte d'avoir fait notre métier! Ils nous reprochent d'avoir dit, au moment où les forces de l'ordre menaient une opération à Dammartin-en-Goële visant à mettre hors d'état de nuire les frères Kouachi, sur l'antenne de France Info: il se passe quelques chose à Dammartin-en-Goële, il y a des coups de feu. Nous sommes des gens responsables. Nous n'aurions pas communiqué et dit des choses qui étaient de nature à faire dégénérer la situation. Mais à aucun moment nous n'avons reçu une consigne de ce type de la part des autorités compétentes.

Pour le CSA, les médias conanissaient les menaces d'Amedy Coulibaly. L'homme avait déclaré lier le sort des otages de l'HyperCacher de la porte de Vincennes à celui des frères Kouachi à Dammartin-en-Goële.

France Inter a fait connaitre sa position via la chronique du directeur de la rédaction, vendredi matin

Céline Pigalle, directrice de la rédaction de iTELE plaide les deux poids deux mesures : les radios et télé subissent une réglementation dont le web et les réseaux sociaux seraient épargnés :

Est-ce qu'il faut qu'on renonce à faire de l'info en temps réel ? On nous dit de ne pas rendre compte des événements à Dammartin mais le direct du site du Monde va continuer. Personne ne prétend avoir été parfait mais on semble nous dire de ne pas informer.

Les médias mis en demeure n'ont pas l'intention d'en rester là. Une réunion aura lieu mardi après-midi à TF1 en présence de tous les directeurs de l'information concernés, pour envisager, sans doute, une risposte commune.

Dans son communiqué, publié à la mi-journée, le Syndicat National des Journalistes, note que, "s'il est indéniable que certaines pratiques constatées notamment lors de la couverture de ces événements de janvier posent problème" :

Pour le CSA, seule l’information de source officielle devrait être répercutée. Cette volonté politique de vouloir mettre un bâillon aux rédactions concerne toute la presse, quand on sait que le CSA a des ambitions de droit de regard sur le contenu vidéo des sites de médias écrits. Le SNJ constate que le CSA veut occuper la place qu’une véritable Instance Nationale de Déontologie devrait avoir.

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