Les médecins sont parfois démunis face à des patientes sur lesquelles ils constatent ou soupçonnent des violences conjugales. La Haute Autorité de Santé publie aujourd'hui des conseils pratiques et de bon sens pour faciliter leur prise en charge.

219.000 femmes disent avoir subi des violences physiques ou sexuelles au sein de leur couple en France chaque année.
219.000 femmes disent avoir subi des violences physiques ou sexuelles au sein de leur couple en France chaque année. © Getty

Ils sont des acteurs-clé pour repérer les violences conjugales chez leurs patientes. Pourtant, les médecins et les professionnels de santé en général ne savent pas toujours comment procéder. 

Comment repérer ces patientes ? Comment aborder le sujet avec elles ? Comment et vers qui les orienter ? La Haute Autorité de Santé s'est saisie du sujet et publie ce mercredi matin des recommandations à l'usage des médecins et paramédicaux. Ces recommandations peuvent sembler simplistes de prime abord, elles sont pourtant essentielles et ont vocation à devenir des réflexes en cabinet. 

Des violences pas toujours visibles

En France, 121 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2018, et 219 000 disent avoir subi des violences physiques et/ou sexuelles dans leur couple. D'après la Haute Autorité de Santé, 30 à 40% des femmes qu'on trouve dans les salles d'attente des médecins seraient victimes de violences conjugales. Des violences qui ne sont pas forcément visibles : elles peuvent être sexuelles, psychologiques, ou même économiques. Le professionnel de santé doit donc apprendre à ouvrir le dialogue et à systématiser la question : "Comment vous sentez-vous à la maison ?", "Avez-vous peur de votre partenaire ? Peur pour vos enfants ?", "Vous sentez-vous parfois humiliée ou insultée ?"

De questions à poser à fortiori si des signes cliniques éveillent les soupçons : dépression, addictions, états d'anxiété, douleurs récurrentes, infections génitales à répétition, consultations fréquentes avec des plaintes vagues ou inexpliquées. Mention spéciale chez le dentiste, qui doit forcément réagir en cas de fracture dentaire ou de prothèse, face a une résistance inhabituelle à la douleur, ou même une incapacité de la patiente à ouvrir la bouche. L'attitude d'un conjoint présent à la consultation et qui répond à la place de la patiente ou minimise ses symptômes doit également alerter.

Tous les milieux sont concernés, mais le repérage, précise la Haute Autorité, est encore plus difficile dans les publics les plus favorisés.

Ces recommandations s'accompagnent d'un volet très pratique, qui comprend les mesures de protection et de signalement à mettre en oeuvre et comment constituer un dossier médical solide. Il est conseillé aussi de poser des affiches en salle d'attente pour inciter celles qui n'oseront pas parler à leur médecin à composer de façon anonyme le numéro 3919 pour les violences faites aux femmes.

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