Les règles restent encore aujourd'hui en 2018 un tabou dans notre société. Pourtant, il est un sujet entendu sur notre antenne, notamment grâce à nos humoristes !

Les règles
Les règles © Getty / Carol Yepes

Notre antenne a plusieurs fois réalisé des émissions consacrées aux règles, plutôt sérieuses, tournées vers l'explication du phénomène (La Tête au carré, Grand bien vous fasse...), mais également vers des sources qui en parlent (Net plus ultra avec "La Menstruelle", podcast souhaitant aborder toutes les facettes des règles).

Les règles sont un sujet peu abordé

nous dit Philippe Brenot, psychiatre et anthropologue, directeur des enseignements de sexologie à l’université Paris-Descartes, dans La Tête au carré. Le sujet fait peur à beaucoup de femmes, de jeunes filles ou même d'hommes. Mais la parole s'est libérée. Et le tabou tombe peu à peu. 

Au fil des articles réalisés par divers médias (Topito, Cosmopolitan, Numerama, Toute la culture), on retrouve l'opposition entre le sérieux que représentent les règles et l'humour avec lequel on traite le sujet aujourd'hui, dans des bandes dessinées par exemple. Mais alors pourquoi faire de l'humour avec les règles ? 

Un sujet d'humoristes par excellence ? 

Au-delà de l'actualité et d'un certain nombre de faits divers sordides (merci aux brèves d'Alex Vizorek), les humoristes de notre antenne se sont penchés sur la question des règles et sur l'omerta qui les entoure.

L'humour est-il devenu l'unique moyen de dédramatiser la situation ? D'analyser l'absurdité de son tabou sous couvert de franche rigolade ? D'éviter une omerta avec un certain voyeurisme ? 

Les règles semblent exister de deux manières : dans un contexte politique qui s'y prête (les congés menstruels, le féminisme qui fait parler de lui, la taxe tampon, des manifestations) ou dans un cadre qui n'a rien à voir, mais l'humoriste souhaite faire une blague, en s'appuyant sur le visuel des règles, agressif et peu ragoûtant. 

Entre engagement...

-- La taxe tampon (2015)

Sophia Aram y revient par deux fois, avec "Alerte rouge", chronique dans laquelle elle évoque la direction aux enseignements de l'école confessionnelle musulmane Al-Hijrah School qui aurait conseillé aux jeunes écolières de "ne pas utiliser de tampons en raison du caractère inapproprié de son insertion" puis avec "Taxe Tampon" dans laquelle elle revient sur le refus de l'Assemblée nationale de mettre une t.v.a à 5,5% sur les tampons et serviettes hygiéniques. Elle pose ainsi la question : le tampon est-il en accord avec l'Islam ? 

"Pourquoi l'Ancien testament écrit que les femmes sont impures pendant leurs règles ? Pourquoi certains Juifs orthodoxes vendent des lits casher, qui se séparent en deux pour que l'homme puisse dormir loin de sa femme quand elle a ses règles ? Pourquoi certaines hindoues pratiquent-elles l'exil menstruel afin d'éviter tout contact avec le reste du monde pendant leurs règles ?"

En parcourant Internet, elle voit alors apparaître des milliers d’occurrences sur le sujet. L'argument anti-tampons le plus récurent serait qu'il romprait l'hymen. 

Si les hommes avaient eu leur règles, et si les religieux de tout poil s'étaient occupés de leurs oignons... nos problèmes à nous seraient réglés depuis très longtemps. 

Dans Taxe Tampon, elle répond à Christian Eckert qui ne considérait pas les tampons et serviettes hygiéniques comme des produits de première nécessité, en déplorant "tous ces débats que l'on a, à chaque loin de finances, sur les parcs d'attraction, l'entrée des grottes..."

Pour Christian Eckert, "il y a beaucoup de produits d'hygiène qui concernent plutôt les hommes dont le taux de t.v.a. est à 20% : les mousses à raser spéciales hommes sont à un taux de t.v.a. de 20%"

C'est pas parce que les tampons et les serviettes sont vendus dans de jolis paquets girlys pliés en trois dans leurs petites pochettes avec des petites fleu-fleurs super tartuches que c'est la fête du slip tous les mois ! 

-- Les congés menstruels (2018)

Un tabou inclut en général des clichés. Et concernant les règles, ils sont nombreux : les femmes seraient plus sensibles, plus agressives, énervées, sentiraient plus mauvais, seraient impures, le sexe serait également proscrit durant les règles, etc. Ces clichés témoignent d'une méconnaissance des règles (et peut-être d'une certaine connerie) comme le démontre Guillaume Meurice dans sa chronique quotidienne, dédiée ce jour-là à de possibles congés menstruels. Ces congés menstruels répondent à une demande, si une femme souffre de douleurs trop fortes (dysménorrhée) pendant ses règles ou d'endométriose, elle pourrait en bénéficier. 

Entre ceux qui sont pour ces congés menstruels et qui utilisent des métaphores "qui leur appartiennent", ceux qui souhaiteraient éloigner les femmes qui ont leurs règles car "si elles travaillent dans un restaurant, c'est normal", on entend ça :

Les règles, c'est dégueulasse. C'est un truc naturel, on ne devrait même pas en parler. Je suis peut-être un peu rétrograde, mais ça me gêne.

Et quand Guillaume Meurice se tourne vers une femme pour lui poser la question :

Non, ça je suis contre. Attends, des congés pour les règles, des congés pour la maternité, des congés pour la connerie ! C'est bon !

... Et piques et billets d'humeur

Ainsi, Pablo Mira reprend très souvent le terme "ragnoutes". Dans l'émission Par Jupiter, Charline Vanhoenacker le présente comme "Ragnoute Elkrief" et il reprend régulièrement ce terme en le gardant dans son contexte initial ou en le détournant.

Nora Hamzawi revient également, lors de son billet d'humeur hebdomadaire dans l'émission On va tous y passer, sur les règles. 

Indisposée, ce mot agaçant que tu dois utiliser parce que "J'ai mes règles, je souffre comme une truie" c'est pas très très joli.

Mais, précise-t-elle, "quand ça revient, il y a toujours un mec pour te dire 'mais si tu sais que c'est hormonal, tu peux pas te contrôler, être un peu moins chiante ?' Mais la réponse est 'NON !' puisque la morale de cette histoire, c'est justement que les règles et la morale ne font pas bon ménage."

L'humour serait donc un moyen de dédramatiser les règles dans un premier temps ; dans un deuxième temps, de faire comprendre aux femmes qu'elles ne sont pas seules et que toutes les filles autour d'elles ont (ou ont eu) le même problème ; et dans un troisième temps, l'humour permet de parler d'un sujet tabou par excellence, car considéré comme sale.

Les règles
Les règles © Getty / Ashley Armitage / Refinery29 for Getty Images

Est-ce une question générationnelle ? 

Les trentenaires sur notre antenne et les Millenials sur Youtube (Natoo et dans des blogs (Passion Menstrues) sont de plus en plus à évoquer le sujet des règles de manière pédagogique, ludique et humoristique, afin de dé-tabouiser le sujet, en allant au fond du propos. 

L'une des premières occurrences d'humour sur les règles serait-elle Les Nuls, avec cette pique : "Excusez-moi, Chantal, vous avez un tampax sur l'oreille ! Qu'est-ce que j'ai fait de mon stylo, moi ?" ? 

Ensuite, on trouve des sketchs qui se moquent des femmes qui ont leurs règles à coup d'évocation des tampons, de liquides bleus. Aujourd'hui, plusieurs youtubeuses se sont emparées du sujet pour parler à leurs communautés, composées autant de garçons et de filles, comme Natoo, Fannyfique, Marion Séclin, Dans Ton Corps, Parlons peu mais parlons ! Madmoizelle. D'autres youtubeuses (comme Kwesie Bouie) se servent de cette excuse pour piéger leurs copains et montrer la disproportion de leur réaction face à leur sang menstruel. L'humour se retrouve donc dans des tweets sur les règles, dans des bandes dessinées, dans des dessins inspirants, dans des vidéos Youtube. 

Pour les deux youtubeuses, Marissa Rachel et Shanna Lisa, (de la chaîne Marissa Rachel) : "Les choses évoluent très rapidement, le tabou sera tombé d’ici dix ans." On croise les doigts. 

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