Faire de la lutte contre la pauvreté un enjeu des élections européennes : c'est l'objectif des Restos du Cœur. L'association dénonce une baisse annoncée des crédits européens d'aide aux plus démunis et appelle les candidats à se prononcer sur des mesures concrètes à l'échelle du continent.

Local des "Restos du coeur", à L'Isle d'Abeau en novembre 2018.
Local des "Restos du coeur", à L'Isle d'Abeau en novembre 2018. © Radio France / Nicolas Crozel

L'association a choisi la journée de l'Europe, à un peu plus de deux semaines des élections européennes pour prendre la parole. Les Restos du Cœur s'inquiètent que l'Europe sociale soit la grande oubliée de ce scrutin et rappellent que l'Union européenne est indispensable au financement de ses activités. L'association interpelle donc tous les candidats aux européennes et s'inquiète d'une baisse des dons européens souhaitée par l'actuelle Commission.

Des aides européennes menacées

Selon Patrice Blanc, président bénévole des Restos du Cœur, la Commission européenne s'apprête à baisser de près de moitié le montant du Fonds européen d'aide aux plus démunis (FEAD). Cette enveloppe versée aux associations d'aides aux plus pauvres, d'un montant de 3,8 milliards d'euros sur la période 2014-2020, dont 587 millions pour la France, pourrait passer à 2 milliards pour la période 2021-2027, si le Parlement suit les recommandations de la Commission européenne.

Le FEAD "représente 25 millions d'euros par an, c'est à dire un repas sur quatre de ceux distribués aux Restos du Cœur et si cette aide diminuait, nous ne pourrions pas suivre à même hauteur", explique à France Inter Patrice Blanc. "Ce serait dramatique pour nous, pour d'autres associations en France et ailleurs en Europe", ajoute-t-il citant le Secours Populaire, la Croix Rouge et la banque alimentaire. "Il n'y a pas assez de politiques européennes de lutte contre la pauvreté alors par pitié, préservons au moins celles qui existent !"

Faire de la pauvreté un enjeu des élections

À l'occasion de la journée de l'Europe, l'association interpelle donc les candidats aux européennes pour "attirer leur attention sur le rôle que vont jouer les élus dans le prochain Parlement européen", qui va adopter le prochain budget de l'Union européenne et qui pourra donc infléchir les volontés de la commission concernant le FEAD.

"Nous alertons les parlementaires à venir, ceux qui vont être élus pour qu'ils fassent attention au moment où ils vont voter ce budget", explique Patrice Blanc qui a envoyé un courrier à tous les candidats aux élections européennes en France. Les Restos du Cœur entendent ainsi mettre la pauvreté et les questions sociales au cœur des enjeux des élections européennes. "Il faut que les électeurs se rendent bien compte que l'Europe joue un rôle en matière sociale" défend Patrice Blanc.

Sept propositions pour les futurs parlementaires européens

Plus largement, l'association réclame ainsi un "plan européen de lutte contre la pauvreté" aux futurs parlementaires de Bruxelles et formule sept propositions concrètes sur lesquelles les candidats sont invités à se prononcer :

  • Le maintien ou l'augmentation d'une aide aux plus démunis dans le cadre du FEAD
  • L'adoption d'un "droit à l'alimentation" dans le socle des droits européens
  • Une politique volontariste de l'Union européenne en matière de lutte contre le gaspillage
  • Un respect des engagements internationaux en matière de droits des enfants
  • Une politique "d'aide ambitieuse" aux personnes à la rue
  • La fin du "délit de solidarité" à l'échelle européenne pour les travailleurs et bénévoles des associations
  • Un "choc de simplification" pour encourager au bénévolat

"C'est très bien que les questions écologiques soient enfin arrivées sur le devant de la discussion", conclut Patrice Blanc. "Mais il ne faudrait pas oublier la lutte contre la pauvreté qui concerne également 35 millions d'européens qui se trouvent dans une situation d'extrême pauvreté matérielle." En Europe, on estime à 113 millions le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, dont 8 millions en France.

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