La colère gronde à Mayotte. Les axes routiers principaux étaient toujours bloqués ce vendredi. L'île est actuellement secouée par un fort mouvement de contestation populaire contre l'insécurité, avec manifestations et blocages de routes.

Les manifestations contre l'insécurité ont mobilisé jusqu’à plus d’un millier de personnes à Mayotte
Les manifestations contre l'insécurité ont mobilisé jusqu’à plus d’un millier de personnes à Mayotte © AFP / Ornella Lamberti

Pneus, barrages, arbres couchés sur les routes : les axes routiers principaux de Mayotte étaient toujours bloqués ce vendredi, deux semaines après le début d’un fort mouvement de contestation contre l'insécurité. Depuis plusieurs mois, des incidents à répétition ont conduit les personnels de trois lycées à exercer leur droit de retrait et la grande majorité des chauffeurs de transport scolaire, dont les bus ont été caillassés, leur ont emboîté le pas en février.

Ces deux dernières semaines, les manifestations ont mobilisé jusqu’à plus d’un millier de personnes, selon la police, dans les rues de Mamoudzou. Des barrages, tenus par au moins 300 personnes selon la gendarmerie, ont été érigés depuis mercredi par les habitants de l’île au nord, au centre et au sud du territoire. Résultat : la circulation routière a été fortement perturbée. Les barrages sont généralement levés en soirée puis rétablis dès l'aube, notamment au centre et au sud.

Tensions autour de la pression migratoire

Une des raisons de cette contestation : l’insécurité. Le mouvement est né après des éclats de violence aux abords et à l'intérieur d'établissements scolaires, deux ans après les manifestations de 2016. Quelque 200 conducteurs de bus, victimes de caillassages, refusent depuis deux semaines de conduire leurs véhicules ou organisent des opérations escargot. Des professeurs, qui se présentent sous le nom de "collectif Kahani", se sont mobilisés sur le réseau social Facebook et y diffusent des photos et des vidéos dénonçant les violences dans les établissements scolaires.

A l’origine mené par une intersyndicale et un collectif d'associations, la mobilisation a pris depuis quelques jours une tournure anti-étrangers. Jeudi 22 février, des manifestants ont marqué un arrêt symbolique devant le service des migrations et de l'intégration de la préfecture et chargé le cordon des forces de l'ordre sécurisant l'administration. L’île subit une forte pression migratoire en provenance des îles voisines des Comores. En 2015, 19 000 personnes ont été reconduites à la frontière à Mayotte contre environ 20 000 sur le territoire métropolitain. Une partie des manifestants estime que la délinquance est directement liée à l'immigration clandestine

Le mouvement est né après des éclats de violence aux abords et à l'intérieur d'établissements scolaires (ici à Mamoudzou le 20 février)
Le mouvement est né après des éclats de violence aux abords et à l'intérieur d'établissements scolaires (ici à Mamoudzou le 20 février) © AFP / Ornella Lamberti

Un enjeu politique en métropole

La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, envisage de se rendre sur place après la législative partielle des 18 et 25 mars. Elle a déjà promis des renforts policiers, dont l’arrivée imminente de deux pelotons de gendarmerie mobiles supplémentaires et confirmé la prochaine création d'une zone de sécurité prioritaire. 

La ministre a appelé à "dessiner une nouvelle vision pour Mayotte", avec "des priorités clairement établies : la sécurité et la lutte contre l'immigration clandestine, bien entendu, mais aussi la santé, le logement et les transports, qui font votre vie de tous les jours"

L’immigration clandestine sera justement le thème central de la visite de Laurent Wauquiez. Après un voyage à la Réunion, le président des Républicains (LR) doit se rendre à Mayotte. Officiellement, pour soutenir le candidat LR Elad Chakrina dans une élection législative partielle. Au cours de sa visite de trois jours sur l’île, Laurent Wauquiez doit évoquer aborder les questions d'immigration clandestine avec les forces de l’ordre. 

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