À l'occasion de l'hommage que rend ce mardi Emmanuel Macron aux soldats de l'armée noire, engagés pour la France dans la Grande guerre, retour sur le parcours d'un tirailleur sénégalais. Sa petite-fille a eu du mal à le retracer, son livret militaire étant vide, par manque de considération pour les soldats de couleur.

Armelle Chatelier a eu beaucoup de mal à retracer le parcours de son grand-père, qu'elle n'a pas connu
Armelle Chatelier a eu beaucoup de mal à retracer le parcours de son grand-père, qu'elle n'a pas connu © Radio France / Armelle Chatelier

Direction Reims et Verdun pour Emmanuel Macron : pour la suite de son "itinérance mémorielle", commémorant le centenaire de l'armistice de la Grande guerre, le président de la République va rendre hommage aux soldats de l'armée noire, aux côtés du président malien Ibrahim Boubacar Keïta. Entre 1914 et 1918, 161 250 tirailleurs sénégalais ont combattu pour la France. Ils n'étaient pas tous sénégalais, loin s'en faut, ni même noirs africains : certains ont été recrutés à Madagascar et en Indochine. 

Près de 30 000 sont morts ou disparus, mais Abdoulaye N'Diaye en est revenu. Sur les photos de 1915, année de son engagement, à 20 ans, dans l'armée française, ce poilu tirailleur a belle allure. "Il avait cette élégance du début du siècle", décrit sa petite-fille, Armelle Chatelier, qui ne l'a pas connu. "Col cassé, cravate ajustée, chapeau melon,... Traditionnellement, dans la famille, on l'appelle 'N'Diaye France', parce qu'il a passé 52 ans en France".

Son livret militaire vide illustre le peu de considération portée aux soldats de couleur

Armelle Chatelier tente aujourd'hui de reconstituer le puzzle de la vie de poilu de ce citoyen français, né à Gorée, dans la baie de Dakar. "Son livret militaire est vide", raconte-t-elle, "donc je ne connais pas son grade et je ne sais pas dans quel régiment il était. Par d'autres sources familiales, on sait qu'il a été blessé à la jambe gauche, et qu'il boîtait énormément. On sait aussi qu'il avait été en poste au camp de Fréjus". Un poste de traducteur, poursuit Armelle Chatelier, parce qu'Abdoulaye N'Diaye parlait plusieurs langues dans ce camp dit de "transition climatique" pour les tirailleurs.  

Il reste aujourd'hui la capote de soldat, précieusement conservée, mais aucun détail, ou si peu, sur ses états de service, ce qui illustre probablement le peu de considération portée aux soldats de couleur à l'époque. Démobilisé à Marseille en 1920, il y a passé l'essentiel de sa vie, comme comptable, avant de rentrer à Dakar. "Il y avait plus de 500 personnes qui l'attendaient en bas de l'avion", raconte sa petite-fille. "Toute la famille était venue en grande délégation chercher N'Diaye France et l'accueillir". Mort au Sénégal, Abdoulaye N'Diaye est, pour sa petite fille, "un acteur de l'histoire d'une France loin de se réduire à l'hexagone".

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