Les élèves ont planché sur la première épreuve du bac 2017 : la philosophie. Sujets et corrigés avec Thibaut de Saint Maurice et Philosophie Magazine.

Pour cette édition 2017, 718 890 candidats inscrits, âgés de 13 à 74 ans, vont passer les épreuves du baccalauréat dès ce jeudi
Pour cette édition 2017, 718 890 candidats inscrits, âgés de 13 à 74 ans, vont passer les épreuves du baccalauréat dès ce jeudi © AFP / Martin BUREAU

Sujets de philosophie proposés pour la filière ES :

  • Sujet 1 : La raison peut-elle rendre raison de tout ?
  • Sujet 2 : Une œuvre d’art est-elle nécessairement belle ?
  • Sujet 3 : Explication d'un texte de "Hobbes" (Léviathan)

Sujets de philosophie proposés pour la filière S :

  • Sujet 1 : Défendre ses droits, est-ce défendre ses intérêts ?
  • Sujet 2 : Peut-on se libérer de sa culture ?
  • Sujet 3 : Explication du texte de Foucault "Dits et Ecrits" (1978)

Sujets de philosophie proposés pour la filière L :

  • Sujet 1 : Suffit-il d’observer pour connaître ?
  • Sujet 2 : Tout ce que j’ai le droit de faire est-il juste ?
  • Sujet 3 : Rousseau, "Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes" (1755).

► LIRE | Les corrigés et pistes de réflexion de Philosophie Magazine sur les sujets philo de la filière L, ES et S, et la filière technologique

Bac ES : Corrigés des sujets philo avec Thibaut de Saint Maurice

►►► Sujet 1 : La raison peut-elle rendre raison de tout ?

Pour bien analyser le sujet il faut commencer par se demander ce que signifie « rendre raison de tout ». Est-ce tout expliquer ou tout comprendre ? Cela exige aussi de se demander ce que serait quelque chose dont la raison ne pourrait pas rendre raison…quelque chose donc que la raison ne pourrait pas comprendre, auquel elle ne pourrait pas donner de sens…
Tout le problème est donc de savoir si le réel est entièrement rationnel, c’est à dire ordonné, s’il a du sens, si le cours des événements a du sens …ou si au contraire il y a du désordre et de l’irrationnel …
Exemple : qu’en est-il du hasard ? Dire que quelque chose arrive par hasard est-ce une façon d’en rendre raison ou au contraire est-ce une façon de reconnaître qu’il n’y a pas de raison…
Référence essentielle : Hegel, La raison dans l’histoire, L’encyclopédie des sciences philosophiques, Leibniz, Théodicée et le concept de principe de raison suffisante, Locke Essai sur l’entendement humain.

►►► Sujet 2 : Une œuvre d’art est-elle nécessairement belle ?

• La beauté est-elle une condition de définition d’une œuvre d’art ? Cela suppose d’interroger le rapport entre une définition de l’œuvre d’art et l’expérience que l’on en a…c’est le rapport entre les qualités artistiques d’une œuvre et ses qualités esthétiques. Sauf que pour faire de la beauté une condition essentielle de l’œuvre d’art, encore faut-il pouvoir fournir une définition ou des critères objectifs pour la beauté…Et c’est cela qui pose justement pb….S’il y a une beauté objective alors on peut en faire la condition d’une œuvre d’art, si la beauté n’est que relative et subjective, alors on peut toujours en faire une condition, mais une condition juste pour moi…
Exemple : le cas Picasso, Victor Hugo et le grotesque, les performances d’aujourd’hui…
Références essentielles : Kant, Critique de la faculté de juger et la définition des beaux-arts, Aristote, Poétique, et l’idée selon laquelle le plaisir que l’on prend à la représentation de choses laides n’est pas esthétique mais cognitif. Goodman, Manières de faire des monde, « quand y a t il art ? ».

►►► Texte de HOBBES

Idée principale : On est libre de suivre son intérêt dans tous les domaines qui ne sont pas encadrés par la loi. L’état civil ne supprime donc pas toute la liberté naturelle.

Bac philo 2017, filière S : les pistes de corrigés de Thibaut De Saint Maurice

►►► Sujet 1 : Défendre ses droits, est-ce défendre ses intérêts ?

Le sujet invite à distinguer les droits et les intérêts, c’est à dire qu’il interroge le rapport d’une liberté civile et d’une liberté naturelle et il interroge en nous le rapport du citoyen et du sujet. C’est un sujet qui invite donc à repenser le passage à la modernité politique – le passage du privilège à l’égalité devant la loi.
Tout le problème consiste à distinguer le type d’intérêt que les droits défendent et d’un autre côté à cerner le droit que l’on peut avoir à défendre son intérêt.
• Un exemple pour poser le problème : Les femmes qui défendent les droits des femmes ne défendent-elles que leurs intérêts particuliers ? Ou au contraire en défendant leurs droits, parce que ce sont des droits justement, ne défendent-elles pas en fait le droit de tous ?
Une référence essentielle : Rousseau et Du Contrat Social, Nietzsche et la critique de l’Etat moderne comme instrument de domination des faibles…

►►► Sujet 2 : Peut-on se libérer de sa culture ?

Le sujet suppose donc que la culture soit quelque chose dont il faudrait se libérer et qui constituerait donc un obstacle à dépasser. Et un sens cela n’est pas faux : on ne choisit pas sa culture, on naît dedans et cela a des effets réels sur la manière de penser (préjugés, snobisme…). Mais si c’est bien « sa » culture, comment s’en libérer ? Est-ce seulement possible ? Et puis s’en libérer n’est-ce pas prendre le risque de se retrouver sans culture ?
Et en même temps, la culture est ce qui nous libère de la nature, ce qui nous permet de réfléchir, de nous identifier et de nous intégrer socialement. Alors quel rapport entretenons-nous à la culture ? N’est-ce donc pas seulement la culture qui nous permet de nous libérer de notre culture ?
Deux références essentielles : Levi-Strauss, Race et Histoire, et la notion d’ethnocentrisme, Durkheim, les règles de la méthode sociologique et la notion déterminisme sociologique.

►►► Texte de FOUCAULT

L’idée principale : l’erreur est au cœur de la vie et donc au cœur de la pensée humaine. Il faut donc revoir toute notre conception de la connaissance scientifique, mais aussi du progrès humain par rapport cette opposition du vrai et du faux.
Enjeu : Il s’agit pour Foucault, de remettre de la pensée critique dans la démarche scientifique afin de purifier la science de ces tentations dogmatiques...
Question que cela pose : si l’erreur est au cœur de la vie et de la pensée, faut-il renoncer à toute idée de vérité absolue ?

Bac philo 2017, filière L : les pistes de corrigés de Thibaut De Saint Maurice

►►► Sujet 1 : Suffit-il d’observer pour connaître ?

Le sujet suppose que l’observation est une condition nécessaire de la connaissance, mais est-ce une condition suffisante ? On nous apprend bien qu’il ne faut pas se fier aux premières impressions et qu’il faut toujours faire preuve de prudence. En même temps une connaissance qui ne reposerait pas sur des observations nous paraîtrait bien abstraite…
Le sujet invite donc à poser le rapport de la connaissance sensible à la connaissance scientifique en général et singulièrement à la connaissance expérimentale.
Pour répondre à cette question, il faut donc prendre le temps de statuer sur l’observation : observer est-ce sentir passivement ou expérimenter activement ?
C'est le problème de la construction de notre connaissance.
Référence essentielle : Bachelard, la formation de l’esprit scientifique « Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit ». Claude Bernard, Introduction à l’étude de la médecine expérimentale, Popper, La logique de la découverte scientifique.

►►► Sujet 2 : Tout ce que j’ai le droit de faire est-il juste ?

Pour problématiser ce sujet, il faut commencer par se demander qu’est-ce que c’est qu’avoir le droit ? Est-ce « se sentir dans son bon droit » au nom d’un idéal de justice ? Ou est-ce simplement faire ce que la loi nous autorise de faire ou ce que la loi ne nous interdit pas ? le problème que pose cette question suppose de distinguer ce que j’ai le droit de faire parce que c’est légal et ce que j’ai le droit de faire parce que c’est légitime. Autrement dit cela revient à se demander si l’on peut distinguer plusieurs ordres de justice, si ce n’est pas contradictoire….
Références essentielles : Platon, Gorgias, Rousseau, Du contrat social.

►►► Texte de ROUSSEAU

Idée essentielle : Aussi étonnant que cela puisse paraître, le malheur des hommes n’est pas lié à leur condition naturelle mais aux progrès techniques, moraux, culturels. Pourquoi ? Parce que tous ces progrès sont en fait animés par « le fol orgueil » de l’homme…
Enjeu : c’est de réévaluer l’idée de progrès en rappelant qu’elle suppose un écart par rapport à la condition naturelle. C’est l’occasion pour Rousseau de réaffirmer sa confiance en la bonté de la nature.

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