Manque d'effectifs, de lits, temps d'attente qui s'allongent... Les motifs de colère des services des urgences ne sont pas nouveaux. Mais en raison de cette période caniculaire, plusieurs services en France tirent la sonnette d'alarme. Ils ne sont pas prêts à affronter les grosses chaleurs qui s'annoncent.

En France, en l'espace de 20 ans, le nombre de patients des urgences hospitalières est passé de 10,1 millions, en 1996, à 21 millions, en 2016.
En France, en l'espace de 20 ans, le nombre de patients des urgences hospitalières est passé de 10,1 millions, en 1996, à 21 millions, en 2016. © AFP / LOIC VENANCE

Le service des urgences de l'hôpital Lariboisière, à Paris, est l'un des plus gros de France. Il voit passer en moyenne 230 personnes chaque jour. Mais avec du personnel qui part en vacances et la canicule qui amène davantage de patients, le personnel soignant des urgences de l'hôpital Lariboisière est à bout de souffle. Il n'est pas le seul. Partout en France, les départs en vacances conjugués aux fortes chaleurs compliquent le travail des urgentistes. 

Aux urgences du centre hospitalier de Troyes le personnel est en détresse et craint la canicule qui va s'installer dans la région ce week-end. Il devrait faire jusqu'à 36° samedi. Sophie*, aide-soignante, redoute les jours à venir :

C'est clairement impossible ! Des fois il y a 17 patients qui se trouvent en poste de soin et nous ne sommes que deux aides-soignants ou brancardiers à ce poste-là. Avec la canicule il faut les hydrater, leur faire des soins de nursing… Et à côté de cela, lorsque les médecins trouvent des lits, nous devons y emmener les patients. À mon niveau d'aide-soignante, la situation n'est vraiment pas gérable.

Le problème n'est pas apparu avec la canicule. Il existe depuis trop longtemps selon Pascal Barbery, secrétaire général FO du centre hospitalier de Troyes. 

Depuis trois ans, nous avons une progression de passages aux urgences. Le problème c'est que l'augmentation en personnel ne suit pas. Le nombre de personnes hospitalisées augmente et nous sommes obligés de fermer des lits car nous ne sommes pas assez.

Ces conditions de travail se font même ressentir sur la santé des salariés. Amandine* travaille aux urgences de Troyes depuis 5 ans. Elle craque : 

À cause de la pression, nous sommes beaucoup plus stressés et fatigués physiquement. On arrive le matin avec la boule au ventre. J'ai certaines collègues qui sont tellement épuisées et frustrées que lorsqu'elles repartent le soir, elles pleurent… Moi-même j'ai été obligée de me mettre en arrêt maladie, chose que je ne fais presque jamais. Mais là, j'étais tellement épuisée que je n'ai pas eu le choix...

209 entrées enregistrées en une seule journée au CHU d'Angers

Au CHU d'Angers, la situation est tout aussi critique. À cause d'un manque de personnel, "la direction a pris la décision de fermer 88 lits, en plus des lits initialement fermés cet été", a dénoncé le syndicat FO du CHU, jeudi 26 juillet dans un communiqué. Au total, 286 lits d'hospitalisations sont supprimés pour l'été. Cette situation devient dangereuse à la fois pour le personnel mais aussi pour les patients eux-mêmes fustige Benjamin Delrue, infirmier et permanent syndical du CHU d'Angers :

Si aujourd'hui une crise sanitaire frappait l'établissement, ou plus largement le territoire français, qu'est-ce qu'il serait capable de mettre en place ? Comment ferait-il avec 300 lits en moins, des effectifs en moins ? Ce ne serait pas possible d'accueillir les patients dans ces conditions. L'hôpital ne pourrait pas remplir sa mission de service public. Ce n'est plus tenable ! Pour pouvoir faire face à cette canicule, ou à toute autre crise sanitaire, l'unique solution c'est des effectifs et des places supplémentaires dans les hôpitaux.

Parallèlement, depuis le début de la période estivale les urgences ne désemplissent. Elles ont battu leur record : 209 entrées enregistrées en une journée. C'était le 16 juillet, au moment de la Coupe du monde de football. Virginie est médecin-urgentiste au CHU d'Angers :

Le plus terrible c'est d'arriver dans le couloir et de s'étonner un jour : "Ah ! Ce n'est pas vrai, il y a personne dans le couloir !" Nous devrions nous étonner des jours où il y a du monde dans le couloir. Nous avons un degré de tolérance qui s'abaisse tranquillement. Nous passons aussi très peu de temps auprès des patients, entre 10 et 15 minutes en général. Il ne faut pas le gaspiller...

Les syndicats du CHU d'Angers ont déposé un droit d'alerte pour exiger une amélioration immédiate des conditions de travail. Ils seront reçus par la direction vendredi 03 août, à 16h.

*Les prénoms ont été changés pour respecter l'anonymat des personnes témoignant. 

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