On vous a parlé de Miguel Indurain, du "blaireau", de "Maître Jacques", du premier américain à remporter la Grande boucle et puis il y a tous les autres, Fignon, Roche, Zoetemelk, Ocana, Charly Gaul... tous ceux qui ont remporté le Tour au moins une fois. Portraits de vainqueurs.

1909 François Faber

Faber 1909
Faber 1909 © Gallica BNF
Celui qu'on surnommait "le géant de Colombes" est mort au combat. Loin des lacets des routes des Pyrénées, c'est en voulant sauver un de ses compatriotes lors de la bataille des "ouvrages blancs" en mai 1915 qu'il succombe sous les tirs allemands. Le matin de sa mort, le vainqueur luxembourgeois du Tour de France 1909 apprend la naissance de sa fille. Elle ne connaîtra jamais son champion de père... Car François Faber est un champion : il surclasse tous ses adversaires en 1909. Cette année-là, les éléments se déchaînent sur les routes du Tour : il fait froid, il pleut, les coureurs roulent dans la neige au Ballon d'Alsace, François Faber est armé pour résister aux intempéries et à ses adversaires. Son physique impressionnant et son expérience d'ouvrier sur les chantiers navals lui permettent de reléguer toute la concurrence. François Faber établit un record qui ne sera jamais battu : il remporte cinq étapes de rang remportant la plupart de ses victoires à l'issue d'une échappée au long cours. Le jour de l'arrivée, François Faber remporte à 22 ans son seul et unique Tour de France. Il devance cinq de ses coéquipiers de l'équipe Alcyon. ### 1923 Henri Pélissier C'est l'histoire d'une idole et de sa fratrie.Depuis 1912, pas un Français n'a remporté le Tour. Très populaires, les frères Pélissier vont s'employer à laver l'affront flamand. Les meilleurs Belges abandonnent au fur et à mesure des étapes : Thys, Lambot, Scieur sont hors-course. Aidé par son frère Francis, Henri rattrape 30 minutes de retard dans les Alpes.La France chavire : des milliers de Français accompagnent la fratrie sur les routes de France, l'_Auto_ , l'ancêtre de l'_Equipe_ explose ses ventes, la France est fière de ses champions.Henri Pélissier : > J'étais épais comme une tablette à la crème.
Dans un entetien livré à Albert Londres et retranscrit dans l_es Forçats de la route_ , Henri et Francis racontent les dessous de leur Tour de France : > Vous n'avez pas idée de ce qu'est le Tour de France, dit Henri, c'est un calvaire. Et encore, le chemin de Croix n'avait que quatorze stations, tandis que le nôtre en compte quinze. Nous souffrons du départ à l'arrivée. Voulez-vous voir comment nous marchons ? Tenez… (de son sac, il sort une fiole). Ça, c'est de la cocaïne pour les yeux, ça c'est du chloroforme pour les gencives… Et des pilules ? Voulez-vous voir des pilules ? Tenez, voilà des pilules. Ils en sortent trois boîtes chacun. Bref ! dit Francis, nous marchons à la “dynamite”. Henri reprend : Vous ne nous avez pas encore vus au bain à l'arrivée. Payez-vous cette séance. La boue ôtée, nous sommes blancs comme des suaires, la diarrhée nous vide, on tourne de l'œil dans l'eau. Le soir, à notre chambre, on danse la gigue, comme saint Guy, au lieu de dormir. Regardez nos lacets, ils sont en cuir. Eh bien ! ils ne tiennent pas toujours, ils se rompent, et c'est du cuir tanné, du moins on le suppose… Pensez ce que devient notre peau ! Quand nous descendons de machine, on passe à travers nos chaussettes, à travers notre culotte, plus rien ne nous tient au corps… ### 1926 Lucien Buysse
Buysse et Van de Casteele 1926
Buysse et Van de Casteele 1926 © Gallica BNF
C'est la 20ème édition du Tour. Trois fois auparavant un Buysse (prononcez Beuze) aurait pu remporter la Grande Boucle. En 1913, un guidon cassé empêche Marcel, le grande frère, de gagner l'épreuve. En 1924, Lucien, déjà lui, termine troisième puis deuxième l'année suivante, sa victoire en 1926 est l'aboutissement d'une histoire de famille belge. Pour la première fois, le Tour part de province, c'est par ailleurs le parcours le plus long des 20 premières éditions. Beaucoup d'étapes se terminent au sprint et il faut attendre les Pyrénées pour que Lucien fasse la différence. Les conditions climatiques entre Bayonne et Luchon sont dantesques. Celui que l'on surnomme le "Colombophile de Wontergem" fait la différence, un écart qu'il creuse lors de l'étape suivante entre Luchon et Perpignan. La course est bouclée. Lucien devient le premier et unique Buysse à remporter le Tour. Au nom des frères... ### 1937 Lapébie
Roger Lapébie devant le micro de la TSF (1932)
Roger Lapébie devant le micro de la TSF (1932) © Collection Pascal Sergent
La France a gagné mais à quel prix... un climat nauséabond, des règles qui changent au cours de l'épreuve, des pénalités, le Tour de France 1937 voit les Belges et les Français s'affronter et tous les coups sont permis. "Le pétardier" a gagné parce que les Belges ont quitté le Tour ! Le raccourci est peut-être trop évident mais personne ne saura si Lapébie aurait remporté l'épreuve sans l'abandon de Maes et de ses coéquipiers à Bordeaux. Le tour de 1937 est le tour des polémiques. Au milieu de l'épreuve, les organisateurs décident de supprimer les contre-la-montre par équipes, un coup bas pour les Belges largement supérieurs aux autres équipes dans la course en ligne. Plus tard, Maes est pénalisé de 15 secondes dans l'étape Pau-Bordeaux après avoir crevé et bénéficié de l'aide de ses coéquipiers. Les Belges pensent que l'organisation s'acharne sur leur champion, la presse en rajoute, la coupe est pleine, les Belges quittent le Tour et Lapébie entre en vainqueur dans le Parc dDes Princes. Pour la première fois, le dérailleur est utilisé par des cyclistes du Tour de France. En 1937, le Tour de France a frôlé le saut de chaîne. ### 1938 Gino Bartali En 1938, "Gino le pieux" roulera pour les fascistes... avant de participer pendant la guerre à un réseau de résistants pilotés par le Vatican. C'est peut-être de ses relations privilégiées avec l'Etat du Saint-Pèreque lui vient son surnom de "pieux". Gino Bartali est un grimpeur. Déjà lors de son premier Tour de France l'année précédente, ses qualités et l'esthétique de son coup de pédale ont impressionné les observateurs notamment lors de sa montée du Ballon d'Alsace. La physionomie du parcours en 1938 et l'absence de contre-la-montre individuel et par équipes favorise les coureurs du profil de Gino. 1,71 mètres, moins de 70 kilos, "l'ange ailé" est d'abord contenu par les Belges.Il faut attendre Marseille puis les Alpes pour qu'il fasse une très importante différence. Dans les Alpes, Gino reprend plus de 20 minutes au leader belge, Vervaecke. L'Italie acclame son champion tout comme le général Antonelli, capitaine de l'équipe d'Italie qui s'exclamera après la montée de l'Izoard : > N'y touchez pas, c'est un Dieu. Gino est passé de pieux à Dieu. Après sa victoire, le champion italien ira remercier Notre-Dame-des-Victoires. Elle l'aidera à remporter un second tour de France en [1948](http://www.ina.fr/video/CAB7901126401/bartali-video.html ) avant de subir la domination de son compatriote, le "campionissimo" Fausto Coppi. _Quelques mots de Bartali_
### 1947 Jean Robic Casqué avec de grande oreilles, celui que l'on surnomme "Biquet" est un Breton au fort caractère et amateur des combats à la pédale. Jean Robic est aussi un provocateur qui n'hésitait pas à titiller verbalement ses prestigieux adversaires : > Bobet ? Bartali ? J'en ai un dans chaque jambe ! Un gros caractère dans la vie et sur les routes qui n'aura besoin de personne pour remporter le premier Tour de l'après-guerre, une épreuve qu'il gagne sans porter le maillot jaune. Chétif, Jean Robic est considéré comme l'anti-Bobet : il est à l'aise dans les étapes de montagnes, beaucoup moins dans les contre-la-montre. Dans cette édition de 1947, tout commence mal : aucun de ses coéquipiers ne croie en sa victoire. Vexé, "Biquet" a décidé de leur prouver qu'il est un grand champion. Des Alpes aux Pyrénées, il multiplie les numéros solitaires pour échouer à chaque fin d'étape à quelques minutes du maillot jaune du moment. Vient la dernière étape, René Vietto le favori des premières étapes est bien loin au classement général. Pierre Brambilla est en jaune à Caen. Il reste un peu plus de 200 kilomètres pour rejoindre Paris. L'étape n'est pas très difficile, rien ne devrait bouger au général. C'est sans compter sur le caractère bien trempé de Robic qui attaque à Rouen. Brambilla lâche du terrain. Accompagné par un autre Français, Edouard Fachleitner, Jean Robic ne peut gagner à la pédale. Son adversaire d'un jour joue la victoire d'étape et empêche le duo de prendre du temps sur les autres coureurs. Pied sur la pédale et main à la poche, Robic achète 100 000 francs la collaboration de "Fach". L'adversaire devient partenaire. Robic porte pour la première fois le maillot jaune et remporte le Tour. Il semble qu'à la fin de l'étape, [la somme a été payée au patron de l'équipe de France](http://livre.fnac.com/a1053626/Jean-Paul-Ollivier-Jean-robic-celui-qui-soufflait-contre-le-vent) et répartie entre tous les coureurs. ### 1949 Fausto Coppi Campionissimo, "le champion des champions". Tout est dit. Avec Fausto Coppi, on a à faire à un très grand de l'histoire du cyclisme. Jamais avant Coppi en 1949, un coureur n'avait réussi le doublé Tout d'Italie-Tour de France. Et pour placer la barre un peu plus haut encore, le coureur italien a réédité l'exploit trois ans plus tard. En 1949, Coppi n'est pas loin d'abandonner. Sa chute entre Rouen et St-Malo, le temps perdu sur ses adversaires au premier rang desquels Gino Bartali, son coéquipier et rival de toujours pousse Coppi à jeter l'éponge pour sa première participation au Tour de France. Après une longue discussion, Coppi reprend la route. Le Campionissimo a passé un accord avec Bartali qui doit les pousser à collaborer. Coppi grignotte progressivement son retard sur les leaders. Il remporte un contre-la-montre, s'échappe en montagne avec Bartoli. Fruit de leur entente cordiale, la victoire de Bartali dans l'Izoard sur Coppi marque la fin d'une époque pour Bartali et le début d'un règne sans partage pour Coppi. Gino Bartali : > Terminons ensemble. Aujourd'hui je fête mes 35 ans, demain tu gagneras le Tour. Et il ne faudra attendre que quelques jours pour voir Coppi sur la plus haute marche du podium. Après l'étape d'Aoste, Coppi écrase la concurrence. Le champion des champions naît au crépuscule de la carrière de Gino Bartali. Après 118 victoires sur route, trois Tours de France, cinq Tours d'Italie, Fausto Coppi participe à un critérium en Haute-Volta, l'actuel Burkina Faso. Touché par la malaria, il meurt quelques jours après la course à 40 ans. ### 1956 – Walkowiak > Une victoire à la Walkowiak. Roger Walkowiak remporte à la surprise générale le Tour de 1956. Sans panache, issue de circonstances de courses plutôt favorables, l'expression consacre la carrière d'un coureur modeste mais opportuniste. une victoire à la Walkowiak, c'est encore aujourd'hui une victoire liée à des circonstances de courses favorables, une victoire finale sans victoire d'étape... En 1956, les leaders des années précédentes comme Coppi, sont vieillissants, Bobet qui a gagné l'année précédente et Robic sont absents tout comme Anquetil, jugé trop jeune pour participer. Charly Gaul, Bahamontes et Ockers partcipent mais sont concentrés sur le classement de la montagne. Quand le Tour part, il est extrêmement difficile de déterminer un favori. Une étape sur le papier sans incidence sur le déroulement de la course va forger la physionomie du Tour 1956. Une échappée de plus de 30 coureurs prend 18 minutes d'avance sur le peloton. A Angers, Roger Walkowiak endosse le maillot jaune. Il l'abandonnera dans les Pyrénées avant de l'endosser une nouvelle fois dans les Alpes. Sans briller mais en restant constant, Walkowiak remporte un des tours les moins enthousiasmants de l'histoire. Le public ne s'y trompe pas : à l'arrivée au Parc des princes, il siffle les coureurs français accusés d'avoir produit une course sans intérêt. Toute sa vie Walko subira les quolibets du public alors que nombre spécialistes s'accordent pour dire qu'il méritait sa victoire de 1956. ### 1963 – Anquetil En 1963, "Maître Jacques" est en pleine force de l'âge. Il a déjà remporté trois Tours de France dont les deux précédentes éditions. Au début des années 1960, Anquetil écrase la concurrence. Il remporte notamment son second Tour de France sans lâcher la tête de l'épreuve de la première à la dernière étape, un exploit qu'il avait annoncé au départ de la Grande boucle. Anquetil énerve, le public n'apprécie pas la domination sans partage de "Maître Jacques". Pas de suspense, aucun rebondissement, le Tour perd de son piquant et pour beaucoup d'observateurs c'est à cause d'Anquetil. En 1963, le triple vainqueur du Tour va devoir faire face à un nouvel adversaire : l'organisation. En effet, pour favoriser la concurrence, les responsables de la course taillent un parcours avec moins de contre-la-montre et plus d'arrivées en montagne. Le Tour se joue entre trois hommes : Poulidor, Bahamontes et bien entendu Anquetil. Lors des contre-la-montre, la domination d'Anquetil est moins importante que les années précédentes. Poulidor abandonne quelques dizaines de secondes sur le Normand et compte aller chercher la victoire dans les épreuves de montagne. Dans les Pyrénées, Anquetil écrase la concurrence, Poulidor reste pourtant à portée de roue et est bien décidé à attaquer dans les Alpes. Et c'est sur une entorse au règlement bien maquillée par le directeur sportif d'Anquetil, Géminiani qui va asseoir une nouvelle fois la domination de "Maître Jacques". Lors du passage du col St-Bernard, un éboulement oblige les coureurs à passer un sentier en terre. Dans le règlement, il est impossible de changer de matériel sauf pour incident mécanique. Avant d'emprunter le contournement, Anquetil simule un incident sur son vélo. Un mécano s'approche du champion français et sectionne le câble de son dérailleur. Il change alors de monture, atomise la concurrence avec sa nouvelle monture avant de récupérer son premier vélo réparé. en 1963, Anquetil réussit à vaincre les grimpeurs, Poulidor, Bahamontes mais aussi les organisateurs dupés par le vice de l'équipe d'Anquetil. Maîtres Jacques remporte son quatrième Tour de France, le cinquantième de l'histoire.
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