Les 100 Tours ont couronné des coureurs de 13 nations différentes : 36 victoires pour 21 Français. 10 Belges ont remporté 18 victoires et 7 Espagnols s’en sont partagé 12. Quatrième, l’Italie (9 victoires pour 6 coureurs). Une place qui serait occupée par les USA (10 victoires pour 2 coureurs) sans la disqualification du septuple vainqueur Lance Armstrong.

Bernard Thevenet

"Le Tour de France dans tous ses états" d’Olivier Larizza (Orizons, 2013)

Un dimanche de juillet 1961, le Tour de maître Jacques – Anquetil avait promis de porter le maillot jaune de bout en bout – fit un détour par le village de Saint-Julien-de-Civry, en Saône-et-Loire, juste devant la ferme d’un garçon de treize ans. Le curé avait reculé l’heure de la messe afin de permettre aux habitants de voir passer les coureurs, et l’adolescent attendait. Il y avait la fête, des couleurs partout, le chrome des fourches brillait. Le jeune garçon en fut littéralement émerveillé, alors il formula ce vœu en son for intérieur : « Un jour, il faut que je sois dans ce peloton ». Il s’appelait Bernard Thévenet.

Le Bourguignon fait partie des 4 doubles vainqueurs du Tour avec Fausto Coppi, Alberto Contador et Laurent Fignon. Mais dans l’histoire, il restera le grimpeur qui a fait exploser Eddy Merckx dans la montée de Pra-Loup en 1975, rendant sa fierté au cyclisme français, écrasé par la domination du « cannibale ».

Après sa carrière, Bernard Thevenet, membre du comité de parrainage de l’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité) est resté dans le milieu cycliste : directeur sportif, consultant radio et télé. En 1979, il a par ailleurs admis s’être dopé à la cortisone pendant 3 ans.

Luis Ocana

Luis Ocana est le deuxième vainqueur espagnol du Tour après Fédérico Bahamontès en 1959. Installé en France depuis son enfance, c’est son premier employeur, la marque espagnole d’électroménager Fagor, qui l’a contraint à conserver sa nationalité.

Dans les années 70, il a été l’un des très rares opposants crédibles à la domination d’Eddy Merckx. Maillot jaune, la victoire lui semblait acquise en 1971, quand, dans la descente du col de Menté, une chute le contraignait à l’abandon. Il finira par remporter le Tour en 1973, mais en l’absence du Belge, ce qui n’en dévalue que très peu sa nette domination.

Atteint d’une hépatite C incurable, Luis Ocana se suicide en 1994, à l’âge de 48 ans.

Pedro Delgado

La présence de Pedro Delgado au palmarès à la ligne de 1988 a suscité bien des commentaires acides : 5 jours avant l’arrivée, alors qu’il porte le maillot jaune, l’Espagnol est contrôlé dopé au probénécide, un des produits permettant de masquer la prise d’anabolisants. Produit interdit par le Comité International Olympique, mais encore autorisé pour quelques semaines par l’Union cycliste internationale. Delgado reste dans la course qu’il remporte. En Espagne, cette victoire de « Perico » est pourtant célébrée comme un triomphe en Espagne.

L’année suivante, Pedro Delgado fait encore partie des favoris (avec Fignon qui sera finalement battu de 8 secondes par LeMond). Porteur du maillot jaune au titre de sa victoire l’année précédente, il doit être le dernier à prendre le départ du prologue. Il s’échauffe dans les rues de Luxembourg, et arrive sur la rampe de départ du prologue avec 2 minutes 40 d’un retard qu’il ne comblera jamais…

Miguel Indurain

Premier quintuple vainqueur consécutif du Tour Miguel Indurain, a supplanté Pedro Delgado dans le cœur des Espagnols. Rouleur métronomique, ses adversaires ont parfois mis en doute la régularité de ses victoires, mais dans toute sa carrière, il n’a jamais été contrôlé positif. Malgré son gabarit plutôt imposant (1,80 m et 80 kgs), Indurain parvenait à franchir les grands cols dans la roue des meilleurs grimpeurs (bien aidé par une équipe taillée pour l’épauler, avec notamment la participation de Pedro Delgado en personne).

Ses capacités physiques hors du commun (28 pulsations cardiaques par minute par exemple) seraient selon lui l’explication de sa longévité et de la richesse de son palmarès. En 1993, il réussit une performance inédite et jamais rééditée : faire pour la deuxième fois le doublé Tour d’Italie-Tour de France.

### Marco Pantani C’est une étoile filante qui a traversé le ciel du Tour. Après un prometteur début de carrière et deux victoires dont une à l’Alpe d’Huez sur le Tour 96, celui qui restera comme l’un des plus prodigieux grimpeurs de l’histoire, est renversé par une voiture. Fractures de la jambe, il lui faut 2 ans de rééducation pour revenir sur le Tour 98. Le Tour maudit, celui de l’affaire Festina, qu’il éclabousse néanmoins de sa classe, pour s’imposer avec encore 2 victoires d’étapes de montagne, au Plateau de Beille et aux Deux Alpes. En 1999, « Le pirate » réussit son début de saison, mais est exclu pour dopage du Tour d’Italie qu’il dominait. C’est le début de sa descente aux enfers, qui s’achèvera en 1984 par une overdose solitaire dans un hôtel de l’Adriatique. ### Carlos Sastre Le triomphe de l’équipier modèle. En 2008, les favoris sont l’Australien Cadel Evans, l’Espagnol Valverde et les frères Andy et Franck Schleck. Carlos Sastre est en principe au service des Luxembourgeois. Mais dans la montée de l’Alpe d’Huez, Carlos Sastre est manifestement plus fort que tout le monde et s’empare du maillot jaune que portait Franck Schleck. Il ne se passe plus rien jusqu’au contre-la-montre de l’avant dernier jour. Où chacun pense que Cadel Evans, spécialiste de l’exercice va prendre le pouvoir. L’Australien doit reprendre 1 minute 34 à l’Espagnol en 53 kilomètres. Il n’en reprendra que 29, loupant une course à sa portée, dans laquelle Sastre s’est pour sa part surpassé. Carlos Sastre s’impose sur le Champs Elysées. Il est le 3ème Espagnol en 3 ans. ### Alberto Contador Alberto Contador a remporté 3 fois le Tour, en 2007, 2009 et 2010. Mais il a été déchu de cette dernière victoire à la suite de l’affaire dite du « steack au clenbuterol ». Supendu jusqu’au mois d’août 2012, il fait donc son retour sur le Tour 2013, avec de grandes ambitions. Lors de la présentation de la Grande boucle, il fait sensation en prenant bruyamment la défense de Lance Armstrong, condamnant ce qu’il appelle le lynchage de l’Américain. En 2007, c’est encore un coureur au dessus de tout soupçon (ou pas) qui remporte sa première victoire.
### Cadel Evans Baroudeur, à l’occasion bon grimpeur, très adroit en descente grâce à son passé de VTTiste de haut niveau mondial, Cadel Evans a longtemps fait figure de deuxième couteau sur les grands Tours. L’âge et la maturité venant, il s’affirme, prenant 2 fois la deuxième place du Tour en 2007 et 2008, Champion du Monde en 2009. Après une chute dans le Tour 2010 qu’il termine à une anonyme 26ème place. Il fait de l’édition suivante l’objectif de sa carrière. Et enfin le 24 juillet, il devient le premier Australien vainqueur du Tour et le troisième vainqueur le plus agé derrière Firmin Lambot en 1922 et Gino Bartali en 1948.
### Bradley Wiggins En 2012, toute l’Angleterre attend ses Jeux Olympiques de Londres. Un gros programme de formation a été mis en place dans cette optique. Fils d’un coureur cycliste, c’est en Belgique que Bradley Wiggins voit le jour en 1980, et il est pour ainsi dire programmé à devenir un jour champion. La conjonction de ces deux facteurs donne, sur le Tour, une équipe Sky à forte dominante britannique (elle se déplace en Jaguar !) qui va écraser la compétition. Wiggins, déjà multi-titré sur piste, explose sur route en 2011. En 2012, c’est en toute logique qu’il triomphe sur le Tour. Victoire d’une seule saison ? Peut-être, il a en tout cas renoncé à défendre son titre cette année. Passant le dossard n°1 à son co-équipier et dauphin de 2012, sans qui il n’aurait sûrement jamais gagné, un certain **Christopher Froome** .
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