Ce lundi, les bouchers-charcutiers ont demandé une protection policière pour faire face aux "violences physiques, verbales et morales" de groupes anti-viande. L'occasion d'un éclaircissement sur ce que sont les vegans, les anti-spécistes, et les activistes de la cause animale.

Une opération de l'assocition Peta contre la consommation de viande
Une opération de l'assocition Peta contre la consommation de viande © AFP / Serge TENANI / CrowdSpark

"Nous comptons sur vos services et sur le soutien de l'ensemble du gouvernement pour que cessent, le plus rapidement possible, les violences physiques, verbales, morales" que subissent les artisans bouchers-charcutiers : c'est ce que demande la Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs (CFBCT) au ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, dans une lettre envoyée le 22 juin dernier.

Les bouchers et charcutiers, dans ce courrier, disent "s'inquiéter des conséquences de la surmédiatisation du mode de vie végan", se disant "choqués qu'une partie de la population veuille imposer à l'immense majorité son mode de vie pour ne pas dire son idéologie". Plusieurs faits ont effectivement été constatés ces derniers mois : dans les Hauts-de-France, sept boucheries ont été aspergées de faux sang au mois d'avril, une boucherie et une poissonnerie ont été vandalisées et taguées de l'inscription "stop au spécisme". 

Spécificités

Fin mars, une militante de la cause animale a été condamnée à sept mois de prison avec sursis pour "apologie du terrorisme" après avoir publié sur Twitter, après l'attentat jihadiste de Trèbes, un message injurieux à l'égard d'un boucher tué dans l'attaque : "Ca vous choque, un assassin qui se fait tuer par un terroriste ? J'ai zéro compassion pour lui, il y a quand même une justice", avait écrit la militante.

De là à dire que tous les vegans sont des dangereux activistes, il n'y a qu'un pas, parfois franchi par leurs opposants. En réalité, la situation est plus complexe : plusieurs mouvements existent, et tous n'ont pas précisément la même nature. Vegan, antispéciste, "ces mots peuvent parfois identifier des personnes qui sont sur la même longueur d'ondes, mais qui ont leur spécificité", explique Sébastien Arsac, porte-parole de l'association L214, connue pour ses vidéos choc tournées dans des abattoirs. "Tous les antispécistes sont vegans, mais tous les vegans ne sont pas antispécistes", précise Johan, militant pour une autre association, 269 Libération Animale, qui se distingue par des happenings choc et revendique la désobéissance civile. 

Vegan ou antispéciste ?

Quelle différence, exactement, entre les deux termes ? "Le mot vegan se réfère à la consommation, au fait de refuser de manger de la chair animale et des produits animaux comme le lait ou les oeufs, ou de remettre en cause les produits cosmétiques testés sur les animaux", explique Sébastien Arsac. "L'antispécisme a une dimension plus philosophique. Quand on est antispéciste, on estime que ce n'est pas parce qu'on appartient à une autre espèce que l'espèce humaine que l'on doit être maltraité ou torturé", poursuit-il. Pour Johan de 269 Libération Animale, l'antispécisme a une dimension politique, même : "L'antispécisme fait référence à _des idées politiques profondes et à une lutte collective contre une oppression_, où l'individualité est mise de côté pour mettre en lumière le sort des victimes", explique-t-il. 

De fait, vegans et antispécistes, même s'ils partagent une même cause à la base, ne sont pas toujours en accord : "L'antispécisme prône un mode de société où la valeur intrinsèque du vivant serait prise en compte (...) C'est un des sujets de tension entre vegans et antispécismes, puisque les vegans considèrent souvent que capitalisme et respect du vivant sont compatibles", explique Johan. 

Et les activistes, dans tout ça ? 

Si le mouvement antispéciste est politique, alors, selon Johan, "il est lié à l'activisme : si on est réellement contre une injustice alors il apparît logique de lutter contre", défend-il.

Le véganisme permet à un individu de ne pas participer à l'exploitation des animaux non humains mais rien ne l'oblige à combattre cette exploitation

"Peut-on prôner une révolution, en l’occurrence antispéciste, et à un changement de société incluant les animaux dans notre sphère morale, sans être offensifs ?" lance le militant de 269 Libération Animale, qui assure que "certains activistes sont lourdement condamnés" et critique "une justice qui défend des intérêts précis". Là encore, il y a bien deux façons de voir la défense de la cause animale : "En général, les militants animalistes sont non-violents", souligne Sébastien Arsac de L214. "L'essentiel de son activité est fait d'affichages, de campagnes de tractage, de vidéos". "Mais il peut y avoir des gens pressés, qui rêvent d'une révolution et ont envie d'avoir un comportement excessif", ajoute-t-il. 

Il y a, en revanche, un point sur lequel tous se retrouvent, c'est la dissymétrie entre les actes constatés et la réponse demandée : "Casser une vitrine serait violent, mais tuer des millions d'animaux dans les abattoirs serait non-violent ?", demande Johan. "La protection policière demandée est sans commune mesure, par rapport à trois tags sur une vitrine", abonde dans le même sens Sébastien Arsac, pour qui "c'est clairement une tentative de décrédibilisation d'un mouvement qui, aujourd'hui, est là, de plus en plus puissant, à la fois politique et dans la consommation".

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