Dans la presse britannique et américaine, les révélations sur ce groupe de journalistes qui ont harcelé consœurs et confrères sont perçues comme le point de départ d'une libération de la parole dans les médias français, présentés comme "renfermés, dominés par les hommes" et envahis par une "masculinité toxique".

Des médias britanniques et américains se sont pris de passion pour les révélations sur la 'Ligue du LOL', comme le site féministe Jezebel.
Des médias britanniques et américains se sont pris de passion pour les révélations sur la 'Ligue du LOL', comme le site féministe Jezebel. © Capture d'écran

Une "clique de journalistes", de "harceleurs" qui s'en prennent "aux femmes" dont certaines "activistes", aux "personnes de couleur" ou de la "communauté LGBT", c'est ainsi que sont décrits les membres de la désormais fameuse 'Ligue du LOL', outre-Atlantique et outre-Manche. Un groupe qui a sévi au cœur des "plus gros médias français", insiste le média américain en ligne BuzzFeedNews, créant _"_une atmosphère en ligne toxique de racisme, d'insultes sexistes et de harcèlement (...) répandue de manière anonyme sur les médias sociaux", détaille le quotidien britannique The Financial Times.

Au départ, c'est un groupe Facebook que les membres assurent avoir créé pour des "échanges privés" à "l'humour douteux", rappelle The Guardian qui observe que la blague a "rapidement dégénéré" avant de "se répandre sur le web au sens large, principalement via Twitter". La trentaine de 'loleurs' s'en prenaient surtout à leurs "collègues féminines" avec "des 'memes' pornographiques et des photos détournées pour humilier leurs victimes", souligne le journal britannique qui retranscrit les excuses et justifications publiées par ces derniers sur les réseaux sociaux ces jours-ci après les témoignages de quelques-unes de leurs cibles. 

"Le fondateur de la ligue du LOL a été confondu par le propre journal pour lequel il travaille"

Le tabloïde Dailymail consacre un article à la ligue du lol: "le fondateur de la ligue du lol a été confondu par le propre journal pour lequel il travaille"
Le tabloïde Dailymail consacre un article à la ligue du lol: "le fondateur de la ligue du lol a été confondu par le propre journal pour lequel il travaille"

Le tabloïde Dailymail titre : "Le fondateur de la ligue du LOL a été confondu par le propre journal pour lequel il travaille".Pour le journal anglais, la ligue du LOL est un "club de garçons machos" qui "ridiculise des femmes journalistes" avec, en prime, des "images pornographiques". Le Daily Mail se fait un plaisir d'afficher les photos des harceleurs et des victimes. Mais le tabloïd britannique est tout de même là pour rappeler "qu'en vertu de la loi actuelle, seules les publications ayant enfreint la loi après 2013 pourraient être poursuivies".

Le visage de Vincent Glad, créateur de la ligue du lol apparaît plusieurs fois dans l'article du Dailymail
Le visage de Vincent Glad, créateur de la ligue du lol apparaît plusieurs fois dans l'article du Dailymail

Le New York Times titre son papier : "Réunis dans un groupe Facebook, des journalistes français ont harcelé des femmes pendant des années". Le quotidien relève que ce scandale éclate "alors que la rumeur courait depuis des années". Tout cela arrive dans un pays où le "mouvement MeToo a rencontré une certaine résistance", pointe le journal américain. 

Comme plusieurs publications anglophones, le New York Times insiste sur le fait que les hommes de la ligue du LOL ont fait circuler sur Twitter un  "montage photo pornographique dans lequel apparaît le visage d'une féministe". Le journal fait référence au photomontage dont a été victime Daria Marx, auteure féministe.

Toujours aux États-Unis, BuzzFeedNews tente de son côté de retracer les premiers frémissements de "la controverse". La "rumeur" de l'existence de ce groupe courrait déjà "dans les médias français depuis" des années. BuzzFeed note que ce scandale a précédé d'autres scandales qui ont éclaté dans les jours qui ont suivi à Vice France et au HuffPost France

"Une industrie des médias insulaire et dominée par les hommes"

Seraient-ce les prémisses d'un 'MeToo' du journalisme français ? Pour BuzzFeedNews, c'est surtout le 'MeToo' des médias "libéraux et de gauche", "reconnus comme progressistes et féministes", ajoute le New York Times. Mais cela reste le signe d'un "changement d'attitude" plus général, insiste le quotidien new-yorkais, une "prise en compte du sexisme dans les médias français, une industrie renfermée sur elle-même et toujours dominée par les hommes". Cette libération de la parole est "récente", analyse le journaliste Aurelien Breeden qui en profite pour rappeler que "le mouvement avait été accueilli avec scepticisme en France".

"Réunis dans un groupe Facebook, des journalistes français ont harcelé des femmes pendant des années"
"Réunis dans un groupe Facebook, des journalistes français ont harcelé des femmes pendant des années"

"Des personnalités connues, craintes et admirées" 

La ligue du LOL est un groupe de personnalités "connues, craintes, et - jusqu'à ce que leur mauvais comportement soit révélé au grand public - admirées", selon la journaliste française Clémence Michallon qui écrit dans le journal The Independent. Elle voit dans cette histoire le symptôme d'une "culture plus large d’abus, de harcèlement et de licenciement" et se risque même à parler d'un "grand tournant", un "moment 'MeToo' du journalisme français" : "Leurs excuses ne suffiront pas", prévient-elle.

The Independant fait le lien entre la "ligue du lol" et le mouvement #Balancetonporc
The Independant fait le lien entre la "ligue du lol" et le mouvement #Balancetonporc

Elle offre, elle aussi, aux lecteurs britanniques une partie de ses mauvaises expériences : un "va te faire foutre" lancé "par un camarade de classe dans une école de journalisme", "un professeur" qui juge sa robe "inappropriée pour un entretien d'embauche", "des regards et des commentaires".

"Des journalistes gros dégueulasses"

Extrait de l'article du New York Times.
Extrait de l'article du New York Times. / Capture d'écran

Plus radical, le site féministe américain Jezebel se penche sur l'affaire avec un titre plutôt direct : "Les journalistes français sont actuellement en train de s'occuper de leurs journalistes gros dégueulasses". "Il semblerait qu'un groupe de puissants journalistes français, connus sous le nom un peu éculé de 'Ligue du LOL' a nonchalamment promu le harcèlement de leurs consœurs féminines", relève la journaliste Hazel Cills.

Pour autant, les femmes n'étaient pas les seules visées par les railleries de la 'Ligue du LOL', note The Guardian. Le quotidien britannique s'attarde sur le témoignage du blogueur et auteur Matthias Jambon-Puillet, alias Benjamin LeReilly, "recevant des insultes anonymes" et "un photomontage montrant qu'il était en train d'infliger un acte sexuel (...) à des mineurs".

"La masculinité toxique qui continue d'envahir les salles de presse"

Après la première vague des témoignages viennent  les sanctions, titre le Financial Times. À Libération, le journaliste pigiste Vincent Glad et le chef de service web Alexandre Hervaud ont été mis à pied, une procédure de licenciement a été lancée contre celui des Inrocks, David Doucet ; son adjoint, François-Luc D., a été mis à pied. Comme The Guardian, le quotidien britannique salue des actions du gouvernement, comme la loi contre le harcèlement de rue qu'il perçoit comme "un élan pour le changement en France" .

Les mots ne suffiront pas.

Pour The Guardian, les victimes de harcèlement en ligne ont besoin de "plus que des excuses et des sanctions", elles ont besoin "de protection juridique et d'un changement culturel, loin de _la masculinité toxique qui continue d'envahir les salles de presse_", lance la journaliste Cécile Guerin. 

Extrait de l'article de The Guardian.
Extrait de l'article de The Guardian. / Capture d'écran

Sa consœur de The Independent est du même avis : "les mots ne suffiront pas", même si c'est "un minimum". Selon elle, "la réponse à apporter tient en deux objectifs : des emplois et de l'argent", juge-t-elle, avant de relayer une suggestion qu'elle estime "valable" : "la publication [par les médias] de leurs offres d'emplois", puisqu'"alors que d'éminents journalistes sont suspendus, ont perdu ou sont sur le point de perdre leur emploi, plusieurs postes sont certainement sur le point de s'ouvrir sur le marché du journalisme français dans les jours et les semaines à venir". Cette publication serait selon elle une solution pour "minimiser le népotisme".

Qu’en disent, enfin, les versions américaines de Vice et du HuffPost, dont les rédactions françaises sont aussi secouées par la polémique ? Rien pour l’instant.

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