Plus que six mois avant la COP 21. En amont de ce rendez-vous essentiel pour notre planète, France Inter se penche sur les conséquences du changement climatique. Point sur la journée consacrée à la biodiversité, le 22 juin.

Oui, le changement climatique est une réalité, et oui, il est déjà là

Le glacier d'Argentière en 1863
Le glacier d'Argentière en 1863 © A. Civiale / A. Civiale

Le changement climatique est déjà perceptible : faites glisser la flèche sur le montage ci-dessus et vous verrez combien le glacier d'Argentière (Rhônes-Alpes) a diminué entre 1863 et aujourd'hui. "Nous sommes en train d’assister dans les Alpes à des changements vraiment profonds , que ce soit au niveau des glaciers mais également des parois rocheuses.” confirme Ludovic Ravanel, géomorphologue au micro de Patrick Cohen. "L'exemple des Drus est symptomatique : il y a 60 ans, le pilier Bonatti a été ouvert [aux alpinistes] et il s'est écroulé il y a 10 ans, presque jour pour jour".

De façon plus globale, certaines régions deviennent arides - comme la Californie actuellement, contrainte d'imposer des quotas d'eau aux consommateurs suite à une longue période de sécheresse. D’autres régions, qui étaient alimentées en eau par les glaciers (comme Lima), vont en être privées d’ici quelques années.

Véronique Robeyrotte s'est rendue à Mexico, qui est en train d'assécher sa dernière zone humide :

Le lac Xochimilco, à côté de Mexico
Le lac Xochimilco, à côté de Mexico © corbis

À San Gregorio, il y avait plus de 50 sources. Ils ont canalisé toutes nos sources et tous nos puits [pour] alimenter la grande ville. Ils nous aussi enlevé la faune (la carpe, le poisson blanc…) et plein d’espèces qui nourrissaient nos ancêtres : elles ont disparues à cause de la pollution générées par une urbanisation sauvage [de Mexico].

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Mexico voit disparaître sa dernière zone humide

Et demain, concrètement ?

> La partie habitable par les hommes va se rétrécir avec la montée des eaux et l’aridification des terres.

> La planète sera appauvrie en termes de ressources fossiles, de minéraux et de biodiversité .

Panda roux
Panda roux © DR Tumblr

Entre 1970 et 2010, nous avons fait disparaître la moitié des animaux (mammifères, oiseaux, poissons, reptiles…) Quand à la biodiversité, elle a également pris un sacré coup : selon Dominique Bourg, “on estime que, normalement, deux espèces sur 10 000 disparaissent en 100 ans - mais depuis 1900, ce sont 468 espèces qui ont disparu !”

Jean-Pierre Gattuso au micro de Claire Servajean :

C'est vrai que ces changements sont aussi arrivés dans le passé. Mais à chaque fois que nous avons eu le cocktail que l'on attend pour 2100 (une augmentation de l'acidité, une augmentation de la température, une diminution de la concentration d'oxygène dans l'eau), on a eu des phénomènes d'extinctions massives [par exemple, les Incas] - alors que ces changements allaient assez doucement. Aujourd'hui, en 200 ans on a complètement bouleversé l'océan beaucoup plus vite qu'à aucun autre moment dans l'histoire géologique de la planète.

Effets collatéraux de la mondialisation

La mondialisation entraîne l'idée (étrange) qu'on pourrait sans conséquence implanter partout le même type d’architecture, le même type de mode de vie... Ce qui n'est pas sans dégâts écologiques. Exemple concret : la culture des pommes de terres est grandement menacée au Pérou et en Equateur par le réchauffement climatique (reportage sur place d’Eric Samson) :

La pression des maladies a augmenté en altitude suite au réchauffement climatique. Les animaux nuisibles aussi. Avant, le froid les bloquait. Et plus on monte, moins il y a de terres cultivables.

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Reportage d'Eric Sanson sur la culture des pommes de terre, menacées par les changements climatiques au Pérou et en Equateur

Plantations de pommes de terre au Pérou
Plantations de pommes de terre au Pérou © corbis

Sauvegarder la biodiversité pour mieux s'adapter aux nouvelles exigences de demain

Pollen de différentes espèces photographiées sous un microscope
Pollen de différentes espèces photographiées sous un microscope © corbis

Dans les pratiques de production et de consommation traditionnelles, il existait une multitude d’espèces - mais aujourd'hui, la biodiversité est en danger. Dominique Bourg, invité de Nicolas Demorand dans Un jour dans le monde, explique que "les agriculteurs replantaient eux-mêmes leurs semences sur une petites surface avec des petits échanges, ce qui créaient une grande diversité. Cette diversité était une espèce de banque de sécurité pour s’adapter aux transformations qui sont en train de venir ." Aujourd'hui, les agriculteurs ne cultivent plus que quelques espèces, supposées plus rentables, et les consommateurs ne sont plus habitués qu’à quelques espèces, supposées plus présentables.

Ce qui représente un désastre écologique : "Les hommes ne créent pas des gènes ; si on ne les conserve pas, on les perd pour très longtemps" rappelle Dominique Bourg.

Ralentir la croissance pour éviter le massacre environnemental

Aujourd'hui en France, l'exploitation forestière est gérée durablement dans la grande majorité des cas. Selon Stéphane Hallaire, président fondateur de Reforest’Action, "on a besoin de forêts multifonctionnelles” : des forêts pour le paysage, d’autres pour la biodiversité et d’autres pour répondre aux besoins économiques. Les arbres anciens et rares ne doivent pas être coupés pour devenir des cagettes de supermarché ; la croissance ne doit pas prendre le pas sur le développement durable .

Aujourd'hui, même en Chine, les populations en prennent conscience : "On est face à des gens qui n’ont pas de revendications économiques immédiates mais demandent la préservation d’un héritage et du bien public - la santé " explique Chloé Froissart du CNRS au micro de Philippe Reltien.

Une mère de famille a porté plainte contre la dioxyne de l’incinérateur installé sous ses fenêtres sans étude d’impact. Cette année-là, son fils de trois ans s’est mis à cracher du sang .

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Reportage de Philippe Reltien en Chine

Lutter contre l’injustice pour sauver la planète

le pape travaille à une encyclique sur l'écologie
le pape travaille à une encyclique sur l'écologie © reuters

Dans sa lettre encyclique, le pape François fait le lien entre les atteintes portées à la terre et l'injustice sociale : il appelle les politiques à prendre leurs responsabilités et sortir de ce système hyper productiviste et destructeur. Une idée corroborée scientifiquement par “HANDY” (Human and And Natural DYnamical), un modèle créé par la NASA pour étudier les causes à l’origine de la chute des grandes civilisations au cours des derniers millénaires. Conclusion : "Quand une élite devient déjantée, elle aboutit à un effondrement de la société . On ne peut en aucun cas séparer les inégalités sociales dans une société de la relation de cette société à son environnement" explique Dominique Bourg. "La consommation folle des plus riches, qui tirent l’ensemble de la société vers une consommation démesurée, fait qu’une société va faire une razzia sur son environnement."

Ne pas minimiser la prise de conscience individuelle

Chacun d’entre nous doit apprendre à changer ses modes de vies, ses propres comportements. Nous le savons tous. Pourtant, quand un objet nous fait envie, nous ne regardons pas forcément l'étiquette avant de l'acheter pour voir comment il a été produit.

Pour Francis Hallé, docteur en botanique, invité autours de la table ronde organisée par Hélène Jouan, c’est aussi une question d’éducation : “On a affaire à des jeunes urbains complètement coupés du milieu naturel et donc, c'est normal, qui l'ignorent. On ne peut pas respecter ce qu'on ignore ”.

Un continent de déchets dans l'océan Pacifique
Un continent de déchets dans l'océan Pacifique © corbis

Sylvie Dufour rappelle qu’ “In fine, tous les déchets arrivent à la mer, et s'y accumulent. Il y a un continent de plastique à l'intérieur de l'océan Pacifique, beaucoup plus grand que la France .” Chacun doit avoir une vision de ses déchets - à commencer par se passer de sacs en plastique pour faire ses courses.

Réagir et s'adapter - mais correctement

De nombreux programmes depréservation ou de reboisement de forêts de mangroves sont en cours. Ces arbres sont précieux : ils capturent et gardent le carbone bleu (ce qui évite sa propagation dans l’atmosphère), ils protègent le littoral et dépolluent l'eau (donc améliore la biodiversité car les poissons viennent s'y réfugier). Olivier Poujade est allé enquêter sur ces reboisements - même si parfois ces zone de reboisement sont faites en dépit du bon sens, par des entreprises privées avides de “s’acheter une bonne conscience ” :

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L invite de 7h50

"Quand on réagit, il est déjà trop tard " explique Dominique Bourg :

On dégrade… Et pendant très longtemps, on ne ressent rien. Pendant 40 ans, un haut niveau de concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère ne déploie pas vraiment ses conséquences. Il faut attendre 30 à 40 ans pour que les premières conséquences apparaissent - et encore 150 ans pour que la totalité du potentiel se déploie. Si on a 3°C à la fin de ce siècle, nous aurons 5°C pendant 5000 ans à partir de la fin du siècle prochain .

Autrement dit : il faudra s'adapter à un nouveau climat quoiqu'il arrive. Ce qui n'empêche pas qu'il faut absolument corriger le tir, pour limiter les dégâts.

Reboisement de mangroves dans les Philippines
Reboisement de mangroves dans les Philippines © corbis
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