Une enquête du Wall Street Journal révèle comment Google a favorisé des géants comme Facebook ou Amazon, établi des "listes noires", ou encore édulcoré certaines suggestions sur des hommes politiques ou des sujets de société comme l'immigration.

Le moteur de recherche édulcore certaines recherches, notamment sur les hommes politiques.
Le moteur de recherche édulcore certaines recherches, notamment sur les hommes politiques. © Radio France / Christophe Morin

Google aurait-il modifié son algorithme pour favoriser Facebook ou Amazon ? C’est l’une des conclusions de l'enquête fouillée de 24 pages menée par le Wall Street Journal (WSJ), auprès de centaines de collaborateurs du moteur de recherche. Google s’est toujours refusé à dévoiler les détails de son algorithme. Le Wall Street Journal montre que Google interfère bien plus avec les résultats des recherches que ce qu’il veut admettre.

Google favorise les grosses sociétés au détriment des petites

Selon le Wall Street Journal, Google a modifié son algorithme pour favoriser les grosses sociétés au détriment des plus modestes. L’algorithme booste ainsi des géants, comme Amazon ou Facebook. Et dans au moins un des cas, Google l’a fait sur demande d’un des clients de sa régie publicitaire : Ebay, le site d'enchères en ligne.

Selon une source proche du dossier citée par le WSJ, Google met plus souvent à jour l’indexation de certains sites comme Facebook ou Amazon. Une pratique qui leur garantit d’apparaître plus souvent dans les résultats des recherches. "Il y a cette idée que l’algorithme de recherche est neutre : ce sont des conneries", affirme cette source. "Google intervient dans des cas spécifiques tout le temps."

Ce n'est pas tout. Selon des sources contactées par le Wall Street Journal, de gros publicitaires ont reçu directement des conseils de Google sur comment améliorer leur visibilité dans les recherches. Dans certains cas, Google aurait même envoyé des ingénieurs pour les renseigner. Un avantage dont ne disposent pas les entreprises qui n’ont pas de contact avec le leader des moteurs de recherche.

Dans l'enquête du WSJ, une porte-parole de Google dément : "Nous faisons aujourd’hui ce que nous avons toujours fait : fournir des résultats pertinents, des sources les plus fiables disponibles."

Google peut vous rayer de son algorithme

Que ce soit sciemment ou pas, vous pouvez disparaître de l'algorithme de Google. Dans l'enquête, un exemple concret est donné avec Dan Baxter. L'homme a fondé le site américain DealCatcher, spécialisé dans les coupons, codes promo et autres "bonnes affaires". En février dernier, le chef d’entreprise reçoit un coup de fil d’un de ses employés qui l’alerte : le nombre de visites sur le site a brutalement chuté, de 31.000 visiteurs à 2.400. Et pour cause : le site avait quasiment disparu du moteur de recherche de Google. 

Un mois après cette mystérieuse mise-au-ban, retour à la normale pour DealCatcher. Sans explication. "Vous êtes en quelque sorte tenus dans l’ignorance, et c’est cela le plus inquiétant dans tout ça", rapporte Dan Baxter, qui n’a jamais eu la moindre explication de la part de Google.

Google tient aussi des listes noires pour supprimer ou empêcher certains sites d’apparaître dans les occurrences d’une recherche. Une pratique que le géant a pourtant publiquement niée.

Google propose des suggestions édulcorées 

Chaque minute, 3,8 millions de requêtes sont faites sur Google. Lorsque vous commencez à taper dans la barre de recherche, des suggestions s’offrent à vous alors même que vous n’avez pas fini d’écrire. Ces suggestions sont aussi contrôlées par le moteur de recherche, qui filtrerait certaines propositions controversées sur l’immigration et l’avortement notamment. Le Wall Street Journal a fait le test, en rentrant des propositions comme "les migrants sont" ou "l’avortement, c’est". Résultat : les suggestions de Google sont bien moins provocantes que celles d’autres moteurs de recherche comme Bing, Microsoft, ou DuckDuckGo

Même type de conclusion lorsque l’on tape "Joe Biden est" ou "Donald Trump est". Les propositions de Google paraissent là-encore bien édulcorées :

Que l'on demande "Donald Trump est..." à Google ou à DuckDuckGo, les résultats varient sensiblement.
Que l'on demande "Donald Trump est..." à Google ou à DuckDuckGo, les résultats varient sensiblement. / Wall Street Journal
Même constat quand on tape : "les migrants sont".
Même constat quand on tape : "les migrants sont". / Wall Street Journal

Quand on tape "Donald Trump est" sur Google, on trouve : "le 46ème président", "républicain", "va gagner en 2020" ... Sur DuckDuckGo : "illuminati confirmé", "incroyable", "l'antéchrist" ou encore "gros".

Lara Levin, la porte-parole, réplique que "Google a pour but de fournir des résultats pertinents, provenant de sources qui font autorité". Elle ajoute que les résultats de la méthode de recherche par termes "n'est pas représentative de l'information accessible". 

Google a recours à des contractuels pour "classer" les occurrences 

Pour évaluer le résultat des recherches, Google emploie des milliers de contractuels, dont le but selon la compagnie est de certifier la qualité des algorithmes. Mais ce n'est pas leur seule mission, affirment les employés interviewés par le Wall Street Journal : Google leur a donné des instructions pour convenir d’un classement "correct" des occurrences. La compagnie affirme pourtant qu’elle n’utilise "aucun moyen humain pour collecter ou arranger les résultats d’une page".

Google est déjà intervenu sur son algorithme en France

Le moteur de recherche a déjà modifié son algorithme en France. C'était en 2012. Google a ainsi passé un accord confidentiel avec des groupes qui pointaient l"antisémitisme" de certains résultats : le mot "juif" apparaissait quand on tapait le nom de politiciens français de premier plan. Google a accepté d’ "atténuer algorithmiquement" ces suggestions.

Ces dernières années, Google a modifié ses algorithmes pour faire disparaître les remarques "sensibles et désobligeantes". Une politique assumée : sur son site, Google spécifie qu’il n’autorise pas les suggestions qui peuvent s’apparenter à du harcèlement, ou encore des menaces.

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