C'est une étude inédite, aux résultats accablants. Sous la houlette de SOS Racisme, un testing a été réalisé ciblant des annonces de logements à louer sur les sites de particulier à particulier. Les candidats perçus comme d'origine maghrébine ou subsaharienne ont deux fois moins de chance d'obtenir une visite.

Depuis septembre 2018, des milliers de "candidatures test" ont été envoyées à 250 propriétaires de logements à louer sur les plateformes de mise en relation de particuliers.
Depuis septembre 2018, des milliers de "candidatures test" ont été envoyées à 250 propriétaires de logements à louer sur les plateformes de mise en relation de particuliers. © Radio France / Claire Chaudière

Pendant plusieurs mois des centaines d'annonces en ligne ont été ciblées par une petite équipe de testeurs derrière leurs ordinateurs. Objectif : mesurer les discriminations raciales sur ces lieux encore peu explorés par les chercheurs, que constituent les plateformes de mise en relation de particuliers à particuliers. A chaque fois le procédé est le même : cinq candidatures fictives pour une même annonce, avec cinq patronymes différents, l'un "d'origine française ancienne", l'un ultra-marin, l'un asiatique, l'un maghrébin et l'un subsaharien. Les messages sont envoyés quasiment en même temps. Les profils et garanties sont identiques mais formulés différemment pour brouiller les pistes.

Au total 1250 messages envoyés à des propriétaires bailleurs. Sur les 250 annonces ciblées, 141 ont fait d'objet d'au moins une réponse, et ont donc pu être considérées comme "valides et utilisables pour analyser les pratiques discriminatoires", explique l'association.

Résultats alarmants sur les sites de particulier à particulier. 

Le profil ayant des origines françaises anciennes a obtenu 48% de réponses positives, contre 46% pour le profil asiatique, 30% pour le profil ultra-marin, 15% pour le profil maghrébin et 11% pour le profil subsaharien. Les deux derniers profils ont respectivement 50% et 55% de chance en moins de recevoir une réponse du propriétaire, que le profil ayant des origines françaises anciennes. Soit deux fois moins de chance ou plus !

Julia Levivier responsable juridique à SOS Racisme. Pour la première fois, des plateformes de particuliers à particuliers ont été testées pour évaluer les risques de discriminations dans l'accès au logement.
Julia Levivier responsable juridique à SOS Racisme. Pour la première fois, des plateformes de particuliers à particuliers ont été testées pour évaluer les risques de discriminations dans l'accès au logement. © Radio France / Claire Chaudière

"Ces résultats sont alarmants. On voit que les préjugés à l'égard de nombreux candidats sont très importants. Ils ont des conséquences importantes sur la vie des gens. Les discriminations sur les plateformes de mise en relation entre particuliers sont 10 à 15% plus importantes que celles que l'on constate lorsque l'on teste les agences immobilières. Il faut que les pouvoirs publics agissent dans ce domaine" insiste Julia Levivier responsable juridique en charge du testing.  

On atteint là les limites d'un système qui peu paraître sympathique, celui de la mise en relation directe des individus. Mais les garde-fous n'ont pas été pensés, et les conséquences sont dramatiques. Nous demandons que la loi impose des responsabilités. Dominique Sopo, président de SOS Racisme.

Les résultats du testing sont accablants. Les profils perçus comme d'origine subsaharienne ont jusqu'à 55% de chance en moins de recevoir une réponse que les profils perçus comme d'origine française ancienne.
Les résultats du testing sont accablants. Les profils perçus comme d'origine subsaharienne ont jusqu'à 55% de chance en moins de recevoir une réponse que les profils perçus comme d'origine française ancienne. © Radio France / Claire Chaudière

Contactés par France Inter, les sites Leboncoin et PAP affirment être déjà pleinement mobilisés sur cette question. Corinne Jolly préside De Particulier à Particulier : "Un système de signalement a été mis en place. Une information est délivrée aux propriétaires, via nos newsletter et des vidéos. Mais cette question des discriminations est avant tout culturelle, c'est une lame de fond contre laquelle nous ne pouvons lutter seuls" se défend-elle. 

Des préjugés parfois inconscients, reconnaissent les associations de lutte contre les discriminations, mais qui doivent impérativement faire l'objet d'une prise de conscience et d'une réponse de la part du gouvernement. Quant aux plateformes, elles "pourraient aller beaucoup plus loin dans la vigilance et la prévention". Un sujet sur lequel le défenseur des droits Jacques Toubon est également mobilisé et s'exprimera lors du colloque "Discriminations raciales au logement, ça suffit!" organisé ce mardi.

Dans les locaux de SOS Racisme, une cellule de testeurs s'active depuis plusieurs mois.
Dans les locaux de SOS Racisme, une cellule de testeurs s'active depuis plusieurs mois. © Radio France / Claire Chaudière

Des agences immobilières loin d'être exemplaires

Un autre testing réalisé auprès d'agences immobilières cette fois montre, toujours selon l'association, qu'un patronyme subsaharien à 37% de chance en moins de recevoir une réponse. SOS Racisme publie par ailleurs aujourd'hui une liste des mauvais élèves dans le milieu des agents immobiliers. Les 2 réseaux d'agences les plus enclines à accepter de discriminer sur demande des propriétaires sont Era Immobilier et Guy Hoquet. 

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