Elle a 25 ans, aime faire la fête et boire (beaucoup). Mais Louise Delage, comme d'autres avant elle, n'est qu'un personnage de fiction.

Louise Delage, 25 ans, instagrameuse... et alcoolique
Louise Delage, 25 ans, instagrameuse... et alcoolique © Capture d'écran Instagram

C’est un compte Instagram comme beaucoup d’autres qui a vu le jour le 1er août dernier : celui de Louise Delage, une Parisienne de 25 ans qui aime beaucoup s’afficher en photo. Mais ce compte, trop parfait pour être vrai – et qui a attiré plus de 7.600 utilisateurs en moins de deux mois – a attiré la curiosité des utilisateurs de l’application sociale.

Afterwork

A photo posted by Louise Delage (@louise.delage) on

Les plus perspicaces ont constaté que, quelle que fût la situation, il y avait toujours un verre ou une bouteille d’alcool sur la photo. En quelques jours, Louise Delage a été démasquée : il s’agit d’un personnage de fiction, créé par l’agence de pub BETC pour le compte du fonds Actions Addictions pour sensibiliser au fait que l’addiction ne se voit pas toujours. Ce jeudi, l’organisation finit par révéler elle-même le canular.

Si cette campagne surfe avec habileté sur le langage propre à ce réseau social, ce n’est pas la première fois qu’un avatar sème le trouble parmi les “Instagrameurs”. Que ce soit pour faire de la pub, pour la beauté de l’art ou pour on-ne-sait-pas-trop-quoi, plusieurs exemples ont marqué le réseau social, à travers le monde.

1. Amalia Ulman, l’artiste “qui a fait entrer Instagram au musée”

L’Argentine Amalia Ulman était la sensation de l’exposition “Performing for the camera” (“Se donner en spectacle devant l’objectif”) à la Tate Modern de Londres, en début d’année. Son fait d’armes : être la première artiste à avoir fait entrer des photos Instagram dans les salles d’un grand musée.

#tbt #tbt thanks @scottwala !! Made me look so pro and hd! Lololol 💕💕💕

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Entre avril et septembre 2014, la jeune femme a posté plusieurs dizaines de photos qui faisaient le portrait d’une ingénue aux photos pastel qui sombre dans la dépression et devient escort-girl quand son copain la quitte, choisit de se faire opérer de la poitrine, puis commence à remonter la pente en s’adonnant au yoga et aux régimes alimentaires sains. Sauf que tout (ou presque) était faux.

Meditating before a long day of work #thankful #gratitude #grateful #namaste #healthy

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Nommé “Excellences & Perfections”, ce projet est en réalité une performance menée sur plusieurs mois, qu’Amalia Ulman a composée comme un tryptique construit en trompe-l’oeil. La jeune femme se conforme tour à tour aux codes de plusieurs stéréotypes véhiculés par les réseaux sociaux : la “IT girl” qui va de brunches en photos de chatons, l’esthétique “gangsta” inspirée par Kim Kardashian, et les accros au zen et à la “healthy food”.

Amalia Ulman reconnaît :

L’intention était de prouver à quel point il est aisé de manipuler un public, à travers l’utilisation d’archétypes et de personnages mainstream qu’il a déjà vus auparavant.

2. Abou Diou, le faux compte d’un migrant

Fin juillet 2013, Instagram découvre les photos d’Abou Diou, un habitant de Dakar, en photo avec sa famille. Sur la légende de cette première photo, le jeune homme raconte qu’il s’apprête à quitter l’Europe pour “offrir un meilleur futur à [sa] famille”. Il promet qu’il relaiera tout son parcours.

Ready for everything. Prepared for the new experiences. #newlook #swag#haitdos#beautifull#mua#hairstylist#

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Promesse tenue : les 14 photos qui suivent retracent son périple, les marches interminables dans le désert, les nuits difficiles, les traversées de la mer à bord d’un canot.

Mais une nouvelle fois, ces aventures suivies par près de 10.000 abonnés sont fausses. Abou s’appelle en fait Hagi Touré, un joueur de handball catalan, toutes les photos ont été prises en une journée aux alentours de Barcelone, et derrière ce compte se cachent les organisateurs d’un festival de photo. “Le personnage est inventé mais la pratique est réelle”, expliquait alors le commissaire d’exposition du festival sur FranceTV Info, l’idée étant de montrer à quel point il est facile de tromper le public avec une simple image.

Christian Caujolle, commissaire d’exposition, précise :

Les selfies sont utilisés pour prouver des choses sur les réseaux sociaux, mais cela n’est pas si simple. On peut, avec des images réalistes, inventer des histoires qui peuvent être totalement fausses.

3. Mais qui est Miquela ?

Avec à son compte près de 100.000 abonnés en un peu plus de 20 semaines d’existence, Miquela est l’une des nouvelles starlettes d’Instagram. Comme la plupart des “Instagrameuses”, elle fait des selfies (beaucoup), des photos avec des amies, poste des images amusantes, etc.

🌈 Solstice Views In Venice 🌈

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Mais à chacune de ses publications, Miquela est assaillie de questions de ses abonnés : est-elle réelle ? Son visage aux grands yeux en amande est trop parfait pour être vrai, et ressemble à un personnage en images de synthèse.

Studio lighting 😍

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Sans en avoir l’air, Miquela pose donc la question encore une fois de la réalité des images, laissant planer l’interrogation sur ce qui est vrai et ce qui est modifié dans chacune de ses photos. Des experts en 3D supposent qu’il s’agit d’un visage synthétique sur un corps réel.

(sent with Lasers)

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Et surtout, le mystère reste entier sur l’identité de celui ou celle qui se cache derrière les photos de Miquela : est-ce un artiste ? Une entreprise qui mène une opération de communication hors du commun ? Une campagne pour une grande cause ? Seul indice : le lien de son profil Instagram, qui pointe vers le site du Planning familial américain.

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