La journée de la visibilité lesbienne, ce vendredi 26 avril, est l’occasion de faire un point sur les discriminations médicales qu’elles subissent. Entre incompréhension et stigmatisation, certains professionnels de santé ne savent pas prendre en charge leurs patientes lesbiennes.

Le manque d'information et de sensibilisation des médecins reste un obstacle pour de nombreuses femmes homosexuelles
Le manque d'information et de sensibilisation des médecins reste un obstacle pour de nombreuses femmes homosexuelles © Getty / BSIP / Contributeur

"Les relations entre femmes, ça sert à rien ! Vous ne pourrez, de toute façon, jamais avoir d’enfant. Tout ça c’est contre-nature. Il ne faut pas donner votre corps à n’importe qui." Audrey, 21 ans, étudiante en communication, rapporte les hurlements de sa gynécologue, la première personne à qui elle a confié son homosexualité. À l’époque, elle a 16 ans et c’est son tout premier rendez-vous gynécologique. L’adolescente ose se confier sur son attirance pour les femmes, alors que la médecin vient de lui faire très mal en pratiquant un frottis sur elle.

Elle m’a par la suite donné les coordonnées de quelqu’un qui pourrait m’aider : une psychologue spécialisée dans les thérapies de conversion.

Ces thérapies sont des sortes de stages visant à "convertir" les homosexuels en hétérosexuels. Elles sont proposées par quelques psychologues ou des groupes religieux. Un texte devrait être déposé à l’Assemblée nationale au début de l’été pour réprimer ces pratiques violentes.

Des professionnels de santé pas assez formés et sensibilisés

Sans aller jusqu’à conseiller des thérapies de conversion, de nombreux soignants méconnaissent les particularités liées à la santé des lesbiennes. "Il y a zéro sciences humaines en formation, ou très peu, dans le parcours des soignants", explique Marielle Wathelet, médecin de santé publique à Lille et co-fondatrice de la chaîne Youtube "Viens voir le docteur".

Par exemple, certains ne proposent pas toujours de frottis à leurs patientes lesbiennes, "sous prétexte qu’elle n’aurait pas de sexualité à risque". Ce prélèvement vaginal est recommandé pour toutes les femmes âgées de 25 à 65 ans. À cause des stéréotypes sur les sexualités lesbiennes, véhiculés notamment par le porno, on pourrait croire qu’elles ne sont pas exposées aux infections sexuellement transmissibles (IST). Pourtant, selon l’enquête "Contexte de la sexualité en France", de 2008, 12% de femmes ayant eu des relations sexuelles avec d’autres femmes rapportaient avoir eu une IST, contre 3% des femmes hétérosexuelles.

Crispations autour de la contraception et  de la prévention sexuelle

"Les professionnels de santé ont tendance à penser que toutes les femmes sont hétérosexuelles par défaut", s’indigne Cécile, 27 ans, lesbienne et militante à Osez le féminisme. À chaque rendez-vous médical, ça ne rate pas : les premières questions tournent souvent autour de la contraception. Cécile est souvent obligée d’expliquer pourquoi elle ne prend pas de contraceptif : "Ça me pousse à faire un coming-out alors que je n’ai pas forcément envie de le dire d’entrée de jeu à la personne." Elle ajoute : "Ça demande un minimum de confiance."

D’autres lesbiennes se voient refuser une prescription pour un contraceptif, au motif qu’elles ne risquent pas de tomber enceintes. Alors que la pilule peut servir à réguler les menstruations ou à diminuer l’acné de certaines femmes.

Suite à sa première consultation gynécologique, Audrey a mis  plusieurs années avant de faire confiance à son nouveau gynécologue et à lui parler de son orientation sexuelle. Un délai qui aurait pu avoir des conséquences graves sur sa santé. "Ça m’a exposé à des risques, puisque je n’ai pas pu lui poser des questions sur la protection entre femmes lors d’un rapport sexuel", se rappelle la jeune femme. Par manque d’information, trois quarts des femmes lesbiennes ont des relations sexuelles non protégées, selon l’Enquête sur la visibilité des lesbiennes et la lesbophobie, de SOS homophobie, publiée en 2015.

Retrouver la confiance dans le personnel médical

Marielle Wathelet estime, tout de même, qu’avec les nouvelles générations de soignants "un changement de mentalités majeur" s’opère à l’hôpital. Des initiatives, comme le site Gyn&co, participent à redonner confiance dans les professionnels de santé. Depuis fin 2013, des femmes rassemblent sur ce site une liste de soignants (médecin traitant, sage-femme, psychologue, etc.) respectueux des identités de genre, des orientations sexuelles et des origines de leurs patientes.

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