Aujourd'hui, ils sont près d'un million de retraités à avoir fait le choix de s’installer à l’étranger. Selon une récente enquête de l'institut Ipsos publiée en février 2010, un retraité sur cinq se dit prêt à quitter la France pour compenser la baisse de son pouvoir d'achat.

Après les Dom Tom, le Maroc reste l'une des destinations privilégiées.

Yann Gallic s’est rendu dans le sud marocain, près d'Agadir, dans un village entièrement conçu pour ces retraités en quête d'exotisme .

Un « Sun city » à la marocaine

"Dyar Shemsi", "Les résidences du soleil", c'est le nom de ce village situé à 40 km d'Agadir, dans une orangeraie de 30 hectares, aujourd'hui transformée en vaste chantier.

Des dizaines d'ouvriers travaillent ici sous une chaleur de plomb. Sur le mur de protection qui entoure le site, de larges panneaux publicitaires vous promettent une retraite paradisiaque au pied des montagnes de l'Atlas, avec villas, piscines et palmiers.

Dyar Shemsi s'inspire du modèle des Sun City, ces villes américaines réservées au troisième âge.

Kamil Msefer est à l'origine du projet. Cet ancien informaticien a longtemps vécu aux Etats-Unis, avant de se lancer dans l'immobilier. Son concept se veut un mélange de l’exemple américain, mâtiné d’un peu de résidences françaises pour jeunes retraités.

Kamil Msefer

Une maison livrée clé en main

Dyar Shemsi fonctionne comme un village de vacances adapté aux besoins des retraités avec des prix de vente très attractifs : environ 110 000 euros pour une maison de 70 m2. Un projet qui attire déjà de nombreux retraités français.

Maurice Morand a été séduit par le concept : une maison livrée clé en main et des démarches administratives simplifiées.

A 66 ans il connait bien l'Afrique puisqu'il a travaillé pour une société d'exploitation forestière au Gabon. Aujourd'hui à la retraite, Maurice a revendu sa maison près de Saint Nazaire pour venir s'installer ici avec sa femme.

Il ne se voyait pas passer tous les hivers en France.

Maurice Morand

En short et sandales, Maurice est fier de nous faire visiter son futur coin de paradis : une villa de 160 m2 entièrement équipée et meublée, avec jardin et piscine. Le tout pour 270 000 euros « de la petite cuillère aux rideaux », comme dit Maurice.

Maurice Morand

### Les atouts du Maroc

Même avec une retraite modeste on peut facilement s’offrir du personnel de maison. Au Maroc, un jardinier ou une femme de ménage proposent leur service pour seulement 200 euros par mois.

En plus de la douceur du climat, et d’un cout de la vie deux fois moins cher qu’en France l'autre atout du Maroc c'est son régime fiscal particulièrement favorable aux Français puisque les deux pays ont conclu un accord qui permet d'éviter la double imposition.

Les retraités français qui habitent plus de six mois par an au Maroc, bénéficient d'un abattement de 40% sur les pensions de retraite et d’une exonération de 80% sur les revenus transférés dans le pays.

Un pari à double tranchant aussi bien pour les français que pour les marocains

Dyar Shemsi ouvrira ses portes début 2011. Soutenus par le pouvoir marocain, d'autres projets de ce type sont déjà dans les cartons.

Mais c'est un pari à double tranchant. Car si la présence étrangère permet de développer le commerce et l'emploi dans la région, elle fait aussi grimper les prix de l'immobilier. A Marrakech et Agadir, les marocains ont de plus en plus de mal à se loger.

Ces villages pour retraités risquent d'accentuer le phénomène de ghettoïsation selon Richard Vainopoulos. Spécialiste du tourisme, il dirige un réseau de 600 agences de voyage en France.

Selon ce spécialiste, les français eux-mêmes, qui ont fait ce choix pour leur retraite, risquent de rencontrer pas mal de problèmes : fonciers ou liés au vieillissement.

Richard Vainopoulos. Spécialiste du tourisme

Les rares marocains qui bénéficient d'une pension de retraite, touchent en moyenne entre 100 et 400 euros par mois.

Eux ne pourront jamais s'offrir un coin de paradis à Dyar Shemsi.

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