L'exécutif espère que ce sera la fin du mouvement des "gilets jaunes" : c'est ce soir qu'Emmanuel Macron doit expliquer ce qu'il retire du Grand débat, et les mesures qu'il lance pour répondre aux attentes des Français. Le président n'a pas le droit à l'erreur, après cinq mois de gestion chaotique par l'exécutif.

Tout au long de la contestation, souvent émaillée de violences, comme ici à l'Arc de Triomphe le 1er décembre, Emmanuel Macron aura cristallisé le mécontentement des "gilets jaunes"
Tout au long de la contestation, souvent émaillée de violences, comme ici à l'Arc de Triomphe le 1er décembre, Emmanuel Macron aura cristallisé le mécontentement des "gilets jaunes" © Maxppp / Christophe Petit Tesson

Cinq mois après la première manifestation des "gilets jaunes", trois mois après le lancement du Grand débat national, c'est ce lundi soir que le président de la République, Emmanuel Macron, doit annoncer les mesures et les chantiers censés mettre un terme à cette contestation inédite. L'attente est très forte, d'autant que la gestion de cette crise par la présidence a été chaotique, et que les mesures annoncées jusqu'ici ont été jugées insuffisantes.

17 novembre : première manifestation, aucune réaction

C'est considéré comme LE point de départ de la contestation des "gilets jaunes" : le 18 octobre, Jacline Mouraud publie sur Facebook une vidéo dans laquelle elle s'adresse nommément à Emmanuel Macron, et lui demande "ce [qu'il fout] avec le pognon des Français". Alors que le mouvement de grogne sociale trouve sa source dans l'exaspération face à la taxe carbone qui fait grimper le prix du carburant, le président de la République cristallise la colère des manifestants, bien plus que le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, ou le Premier ministre Édouard Philippe.

Ainsi, le 17 novembre, sur les pancartes des 283 000 manifestants qui se rassemblent en 2 000 endroits dans tout le pays, on peut lire "Jupiter, redescends sur Terre", "Macron démission", ou encore "Dehors Macron".

Le lendemain, le Premier ministre Édouard Philippe assure que le gouvernement va "tenir" son cap.

20 novembre : Emmanuel Macron réagit enfin (mais indirectement)

Le 20 novembre, devant des étudiants belges réunis à l'université de Louvain-la-Neuve, Emmanuel Macron déclare que "c'est par le dialogue" et "l'explication" qu'il sera possible de mettre fin aux manifestations et aux blocages qui se poursuivent un peu partout en France. "Le gouvernement est actuellement confronté à des protestations. C'est dans le dialogue qu'on peut en sortir, dans l'explication, dans la capacité à trouver à la fois le bon rythme et les solutions de terrain". Selon lui, la transition écologique "suppose de changer les habitudes, ce n'est jamais aisé", en souhaitant que, "collectivement, il faut qu'on ait un esprit de responsabilité".

Le 21 novembre, à l'issue du conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux rapporte les propos du chef de l'État, qui estime que des souffrances "légitimes" se sont exprimées dans le cadre de ce mouvement de protestation contre les prix des carburants, mais que les violences, les blocages et les dérives racistes ou homophobes étaient inacceptables et qu'il fallait être "intraitable" sur le respect de l'ordre public. Il promet que le gouvernement agira avec "sévérité" contre les violences. Il explique également qu'Emmanuel Macron veut l'organisation de débats en France sur les transformations à venir, liées à la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) et au projet de loi sur les mobilités.

24 novembre : deuxième samedi de manifestations, premier tweet

Au soir du 24 novembre, qui a vu plus de 100 000 personnes se rassembler, Emmanuel Macron condamne sur Twitter les auteurs de violences lors de la manifestation des "gilets jaunes" qui a dégénéré notamment à Paris sur les Champs-Élysées, où une vingtaine de personnes dont quatre policiers et gendarmes ont été blessés.  "Merci à nos forces de l'ordre pour leur courage et leur professionnalisme. Honte à ceux qui les ont agressées. Honte à ceux qui ont violenté d'autres citoyens et des journalistes. Honte à ceux qui ont tenté d'intimider des élus. Pas de place pour ces violences dans la République."

Le 26 novembre, en conseil des ministres, il parle des "scènes de guerre" qui ont "parfois eu lieu" pendant le week-end de manifestations.

27 novembre : premières annonces

Lors d'un discours sur la transition écologique à l'Élysée, le chef de l'État annonce des mesures pour prendre en compte les inquiétudes des Français : "Fin du monde et fin de mois, nous allons traiter les deux", dit-il.

Sans y renoncer, il propose d'adapter tous les trois mois la hausse de la fiscalité écologique sur les carburants en fonction des prix du pétrole. Il s'engage à associer les Français à la mise en œuvre de la politique gouvernementale de transition écologique, notamment via des consultations locales "dans les trois mois qui viennent", et promet de "construire une méthode pour rendre plus intelligente cette taxe aujourd'hui un peu aveugle" qu'est la taxe carbone.

Le 29 novembre, Édouard Philippe entame les concertations pour organiser ces débats locaux.

1er décembre : chaos à Paris, les violences monopolisent la parole de l'exécutif

Le 1er décembre, au troisième samedi de mobilisation, qui voit notamment des manifestants saccager l'Arc de Triomphe, les Champs-Élysées et incendier la préfecture du Puy-en-Velay (Haute-Loire), Emmanuel Macron est à Buenos-Aires, en Argentine, pour un sommet du G20. "Ce qui s'est passé aujourd'hui à Paris n'a rien à voir avec l'expression pacifique d'une colère légitime. Aucune cause ne justifie que les forces de l'ordre soient attaquées, que des commerces soient pillés, que des bâtiments publics ou privés soient incendiés, que des passants ou des journalistes soient menacés ou que l'Arc de Triomphe soit souillé", déclare-t-il en marge de ce sommet. 287 personnes sont interpellées à Paris, 283 blessés sont recensés partout en France.

Dès le lendemain, de retour en France, il tient une réunion de crise à l'Élysée après s'être rendu à l'Arc de Triomphe. Il promet une réponse judiciaire à tous les actes de violences, charge le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner d'adapter le dispositif de maintien de l'ordre, et demande au Premier ministre Édouard Philippe de recevoir au plus vite les chefs de partis et les présidents des groupes parlementaires. Il écarte toute instauration de l'état d'urgence et la dissolution de l'Assemblée nationale.

Le 3 décembre, le président serbe Aleksandar Vucic annonce que "le président Macron a demandé à reporter de plusieurs semaines sa visite en Serbie [prévue cette semaine] compte tenu de la situation dans son pays".

Le 4 décembre, lors d'une visite surprise à la préfecture du Puy-en-Velay, incendiée par des manifestants le samedi précédent, il est hué et conspué par des "gilets jaunes".

4 décembre : volte-face du gouvernement sur les carburants

Édouard Philippe annonce la suspension pour six mois de la hausse de la fiscalité sur les carburants et du durcissement du contrôle technique automobile, ainsi qu'un gel des tarifs du gaz et de l'électricité "durant l'hiver".  La hausse de taxes sera même abandonnée si ne sont pas trouvées des mesures d'accompagnement efficaces, précise le lendemain le Premier ministre devant les députés.  Les "gilets jaunes" appellent cependant à poursuivre les actions.

Le 5 au soir, Emmanuel Macron fait savoir que les augmentations de taxes sur les carburants sont purement et simplement "annulées pour l'année 2019".  Le chef de l'État s'oppose en revanche au rétablissement de l'Impôt sur la fortune.

Le 7 décembre, le Premier ministre reçoit une délégation des "gilets jaunes modérés" à Matignon, après que l'Élysée a refusé de les rencontrer, à la veille d'une nouvelle journée de mobilisation à haut risque.

Le 8 décembre, après une nouvelle journée marquée par des heurts et des violences, mais moins intenses que la semaine précédente, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner annonce que 1 385 personnes ont été arrêtées dans tout le pays, "un niveau exceptionnel" qui illustre le changement de méthode de maintien de l'ordre. 

10 décembre : 10 milliards d'euros pour mettre fin à la colère

Le 10 décembre, Emmanuel Macron s'adresse directement aux Français, pour la première fois depuis le début de la crise, près d'un mois plus tôt. Dans une allocution suivie par 23 millions de personnes, il assure entendre une colère "juste à bien des égards" et fait un mea culpa sur ses propos polémiques : "Je sais qu'il m'est arrivé de blesser certains d'entre vous par mes propos".

Il décrète "l'état d'urgence économique et sociale", et annonce plusieurs mesures : augmentation de 100 euros mensuels des revenus des salariés au SMIC, annulation de la hausse de la CSG pour les retraités percevant moins de 2.000 euros et défiscalisation des heures supplémentaires. Il appelle par ailleurs les entreprises à verser à leurs employés une prime exceptionnelle de fin d'année, celle-ci étant défiscalisée pour les salariés gagnant moins de 3 600 euros par mois.

Le plan est estimé au total à 10 milliards d'euros par Bercy. La Commission européenne annonce qu'elle va suivre de très près l'évolution du budget de la France.

18 décembre : le grand débat est sur les rails

Malgré les mesures annoncées, qui vont plus loin que les revendications initiales des "gilets jaunes", les appels à manifester continuent, les protestataires évoquent désormais l'idée d'aller au-delà des fêtes de fin d'année.

Le 18 décembre, Emmanuel Macron formalise son idée de débat dans les territoires. Ce qui devait n'être à l'origine que des concertations locales sur la Programmation Pluriannuelle de l'Énergie (PPE) et la loi sur les mobilités se mue en Grand débat national, articulé autour de quatre grands thèmes : écologique, fiscalité, organisation de l'État, et démocratie et citoyenneté.

Le 31 décembre, lors de ses vœux à la télévision, le chef de l'État annonce qu'il va écrire aux Français, pour leur expliquer les modalités de ce débat. Il en profite pour fustiger une nouvelle fois les violences : "Que certains prennent pour prétexte de parler au nom du peuple (...) et n'étant en fait que les porte-voix d'une foule haineuse, s'en prennent aux élus, aux forces de l'ordre, aux journalistes, aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels, c'est tout simplement la négation de la France."

5 janvier : regain de violence dans les manifestation des "gilets jaunes"

Malgré un faible nombre de participants pendant les fêtes de fin d'année (32 000 dans tout le pays le 29 décembre), les "gilets jaunes" ont réussi leur pari, et sont toujours mobilisés au début de l'année 2019.

Le 5 janvier, alors que 50 000 personnes battent le pavé dans tout le pays, des manifestants réussissent à pénétrer dans les bureaux du secrétaire d'État et porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux en défonçant la porte du ministère avec un engin de chantier. Un ex-boxeur professionnel, Christophe Dettinger, est filmé frappant deux gendarmes à Paris. Il écopera d'un an de prison ferme.

Le soir-même, Emmanuel Macron réagit sur Twitter : _"_Une fois encore, une extrême violence est venue attaquer la République - ses gardiens, ses représentants, ses symboles (...). Chacun doit se ressaisir pour faire advenir le débat et le dialogue."

Le 11 janvier, l'Élysée annonce qu'il ne participera pas au Forum économique de Davos pour cause "d'agenda chargé".

15 janvier : début officiel du Grand débat national

Le 13 janvier au soir, Emmanuel Macron diffuse sur Twitter sa lettre aux Français promise dans ses vœux du 31 décembre, et qui fixe les conditions du Grand débat. "Ce n'est ni une élection, ni un référendum", écrit-il, en appelant "le plus grand nombre" à y participer.

Le président annonce qu'il "rendra compte directement" de cette consultation, dans le mois qui suivra sa fin, prévue le 15 mars. Il propose de le baliser par une série de 35 questions. Il trace aussi des lignes rouges, comme le retour de l'ISF, mais ouvre la porte à des réformes importantes comme le référendum d'initiative citoyenne.

Le 15 janvier, il explique à des élus de Gasny, dans l'Eure, vouloir davantage "responsabiliser" les personnes en situation de difficulté économique et financière, estimant que si certains "font bien", d'autres "déconnent".

Quelques heures plus tard, à Grand-Bourgtheroulde, dans le même département, il donne le coup d'envoi officiel de la consultation, esquissée dès la fin novembre, devant 600 maires normands. La "discussion sans tabou" voulue par le chef de l'État dure 6h30. "Nous pouvons faire du moment que traverse la France une chance", dit-il notamment.

16 février : soutien à Alain Finkielkraut

Alors que la mobilisation se poursuit de samedi en samedi, avec une mobilisation à peu près constante chaque semaine, l'attention des manifestants se déporte d'Emmanuel Macron vers Christophe Castaner. Le ministre de l'Intérieur est ciblé pour sa gestion des manifestations. Les accusations de violences policières culminent le 26 janvier avec la blessure d'une figure du mouvement des "gilets jaunes", Jérôme Rodrigues, gravement blessé à un œil, qui assure avoir été atteint par un tir de lanceur de balles de défense (LBD) et des éclats de grenade de désencerclement. À aucun moment le président ne s'est exprimé sur ces blessés.

Le 16 février, des vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrent le philosophe Alain Finkielkraut violemment conspué par des manifestants dont certains, revêtus d'un gilet jaune, profèrent des insultes telles que "sale sioniste", "sale raciste", "sale race", accompagnées de sifflets nourris. Sur Twitter, Emmanuel Macron estime que ces insultes, qu'il juge antisémites, "sont sont la négation absolue de ce que nous sommes et de ce qui fait de nous une grande nation".

Quelques jours plus tard, au terme d'une semaine marquée par plusieurs actes antisémites et la publication de chiffres les décrivant en forte hausse, Emmanuel Macron déplore, au dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), une "résurgence de l'antisémitisme sans doute inédite depuis la Deuxième guerre mondiale".

16 mars : nouvelles violences sur les Champs-Élysées, des têtes tombent

Le 26 février, Emmanuel Macron enflamme une nouvelle fois les "gilets jaunes" avec cette déclaration : "Lorsqu'on va le samedi dans des manifestations violentes, on est complice du pire".

Le 16 mars, au terme d'un samedi de manifestation marqué par une flambée de violences à Paris, après plusieurs semaines de calme relatif, le président de la République estime que "tous ceux qui étaient là se sont rendus complices de cela", et dit vouloir prendre "des décisions fortes, complémentaires" pour que les violences qui ont émaillé l'acte 18 des "gilets jaunes" à Paris "n'adviennent plus".

Dès le lendemain, le préfet de police de Paris est limogé, tout comme plusieurs cadres de la sécurité publique. Christophe Castaner, qui paraît sur la sellette, est chargé de définir une nouvelle politique de maintien de l'ordre. Emmanuel Macron réfléchit à interdire les manifestations sur les Champs-Élysées.

23 mars : dernière polémique sur les "gilets jaunes"

Le 23 mars, lors d'une nouvelle journée de manifestation, une militante altermondialiste de 73 ans, Geneviève Legay, est blessée lors d'une charge des forces de l'ordre. Emmanuel Macron suscite la polémique en souhaitant à la septuagénaire un "prompt rétablissement, et peut-être une forme de sagesse": "Quand on est fragile, qu'on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci".

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