Invitée de France Inter mardi, Rachida Dati, maire du VIIe arrondissement de Paris, a mis en cause Anne Hidalgo sur son projet d'installer une police municipale à Paris.

Actuellement, les inspecteurs de sécurité et agents de surveillance parisiens dépendent de la direction de la Prévention, de la Sécurité et de la Protection de la ville de Paris.
Actuellement, les inspecteurs de sécurité et agents de surveillance parisiens dépendent de la direction de la Prévention, de la Sécurité et de la Protection de la ville de Paris. © AFP / Lionel Bonaventure

Le message de Rachida Dati est clair : selon la maire du VIIe arrondissement de la capitale, "Anne Hidalgo est aux abonnés absents". Notamment sur les questions de sécurité. "La délinquance explose dans notre pays et je ne vous parle pas de Paris, où c'est au-dessus de la moyenne nationale", affirme mardi matin l'ex-candidate Les Républicains à la mairie de Paris sur France Inter

Et de poursuivre : "D'ailleurs, sur votre antenne ou sur une antenne concurrente, elle a affirmé qu'elle avait créé la police municipale. Elle n'existe pas à Paris, c'est un mensonge comme madame Hidalgo le fait régulièrement sur tous les sujets. (...) Elle a changé les blousons des agents qui verbalisaient les voitures et leur a mis un blouson "police municipale". La police municipale, c'est un statut, réglementé. Il faut une formation, il faut qu'elle soit armée, il y a des compétences particulières.  Ça n'est pas le cas. Donc madame Hidalgo ment aux Parisiens." Rachida Dati dit-elle vrai ? Nous avons vérifié.

"Elle a affirmé qu'elle avait créé la police municipale" 

C'est plutôt vrai. 

Rachida Dati ne cite pas de source précise - "sur votre antenne ou sur une antenne concurrente" - lorsqu'elle explique qu'Anne Hidalgo a "affirmé qu'elle avait créé la police municipale". Contactée par France Inter, son équipe répond qu'il s'agit sûrement d'une interview au Point, parue jeudi 17 septembre. En effet, la maire de Paris est interrogée dans l'hebdomadaire à propos de le thème de la sécurité. 

Dans sa réponse, Anne Hidalgo concède "qu'il y a un problème de sécurité, qui touche d'abord les plus fragiles, les quartiers populaires" et qu'il faut "écouter, décider et agir autour de valeurs républicaines". "C'est ce que j'ai fait avec la création de la police municipale, qui n'était pas une décision facile pour la gauche parisienne." 

Au passé composé, la phrase laisse donc entendre que la police municipale a déjà été créée. Or, si Anne Hidalgo souhaite bien la création d'une police municipale - et si elle en a bien fait la promesse lors de sa campagne électorale - cette police municipale n'existe pas pour l'instant. 

La ville de Paris a également communiqué en novembre 2019 sur la lutte contre les trottinettes mal garées via une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux et en présentant les agents de sécurité comme la "police municipale" alors qu'elle n'existe pas, souligne un internaute après publication de cette article. 

"Elle n'existe pas à Paris" 

C'est vrai. 

À l'heure actuelle, la police municipale, comme elle peut exister dans la plupart des grandes villes de France, n'existe pas dans la capitale. C'est l'exception parisienne ; ce pouvoir est entre les mains de la préfecture de police depuis l'arrêté des consuls du 12 messidor an VIII. "C'est un dossier qui avance, un engagement de campagne. Le ministre de l'Intérieur a aussi déclaré publiquement qu'il était favorable à sa création", dit à France Inter l'adjoint d'Anne Hidalgo en charge de la Prévention, de la Sécurité et de la Police municipale, Nicolas Nordman. En effet, il l'a exprimé à la fin d'une intervention à l'Assemblée le 15 septembre dernier :

Actuellement, la capitale dispose, pour "lutter contre les incivilités", d'un effectif d'inspecteurs de sécurité (qui peuvent notamment verbaliser dans l'espace public) et d'agents de sécurité (qui ont des compétences de verbalisation en matière d'infractions routière). Ils sont actuellement 3200, dirigés par un ancien commissaire de police nationale. La création d'une police municipale doit permettre d'uniformiser les compétences. L'objectif de la municipalité serait d'arriver, au moment des Jeux en 2024, à 5000 agents. 

"Nos policiers n'auront aucune compétence en matière de lutte contre la délinquance, démantèlement des trafics, d'ordre public : tout cela reste de la compétence de la préfecture de police. L'objectif est d'articuler les compétences pour que nous soyons sur le registre de la lutte contre les incivilités et la prévention et que la police nationale puisse se concentrer sur la lutte contre la délinquance, l'ordre public, etc.", détaille l'adjoint parisien pour France Inter. 

En octobre 2019, à l'approche des municipales, l'amendement nécessaire au changement de statut avait été retoqué par le Parlement. 

"Elle a mis un blouson 'police municipale' aux agents"

C'est faux.

In extenso, Rachida Dati affirme que son ancienne adversaire aux municipales "a changé les blousons des agents qui verbalisaient les voitures et leur a mis un blouson 'police municipale'". D'abord, le contrôle du paiement du stationnement a été externalisé depuis 2018 à deux prestataires, Streeteo et Moovia, selon les arrondissements. 

De plus, les agents de surveillance et les inspecteur de sécurité employés par la ville de Paris, ne portent pas de "blouson siglé 'police municipale'", assure l'adjoint à la Sécurité. "L'inscription est très réglementé et elle est impossible tant que la loi ne nous l'autorise pas", ajoute-t-il. Comme nous avons pu le constater, ces agents disposent d'un blouson uniforme bleu marine (que l'on peut juger ressemblant à ceux de la police) avec inscrit au dos "Mairie de Paris sécurité", comme le montre l'image principale de cet article. 

"La police municipale, c'est un statut, réglementé (...) il faut qu'elle soit armée"

C'est en partie faux. 

Rachida Dati a raison quand elle affirme que, de façon générale, les polices municipales ont "un statut" bien particulier et "réglementé". Si ces fonctionnaires sont sous l'autorité du maire, ils appartiennent aux forces de l'ordre et sont dépositaires de l'autorité publique, tout comme les policiers nationaux et les gendarmes. 

En revanche, la suite de sa phrase est en partie erronée : "Il faut une formation, il faut qu'elle soit armée, il y a des compétences particulières." Oui, il faut une formation et des "compétences particulières". Mais si la loi prévoit en effet l'armement de ces polices, rien n'oblige les municipalités à faire ce choix, qui reste à l'entière discrétion du conseil municipal. 

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