Ainsi donc Madame Jouve est morte le 24 juillet dernier comme nous l’apprend « Le Monde » de ce week end. Tous les Truffaldiens la connaissent et tous seront tristes d’apprendre cette nouvelle. Madame Jouve, alias Véronique Silver, c’est la « récitante » de « La Femme d’à côté », le chœur et le cœur de cette histoire d’amour fou : « Ni avec toi, ni sans toi ». C’est avec elle qu’on entre dans le vif du sujet après avoir écouté la sublime musique de Georges Delerue. Elle capte immédiatement notre attention, parce qu’elle à la fois le destin, la fatalité, le récit personnifié et notre médium aussi. Au début, nous ne voyons que son beau visage en gros plan, puis c’est elle qui nous demande de nous reculer (!) et nous découvrons son handicap, sa jambe morte qui la fait boiter à jamais. Elle nous fait alors comprendre qu’elle ne fut pas seulement la spectatrice impuissante des amours déchaînées de Fanny-Mathilde (Ardant) et Gérard-Bertrand (Depardieu ). Leur histoire, ce fut un peu la sienne quelques années auparavant. La passion, elle connaît. L’amour jusqu’au bout, elle en a payé le prix physique. Alors, ces deux amants-là, elle les a compris et c’est avec son regard bienveillant à elle que nous allons suivre leur histoire. Madame Jouve-Silver est une grande figure du monde de Truffaut. Une figure essentielle. Elle aurait pu être une amoureuse de Bertrand Morane, vous savez cet homme qui aimait tant les femmes de Montpellier. Elle aurait pu suivre Julien Davenne dans sa passion des morts jusqu’à la chambre verte de l’épouse disparue. Elle aurait pu être une sirène sur le Mississipi ou se mettre très en… Kholer comme Julie la mariée tout en noir, etc… Mais non, elle a choisi de se brûler une fois et de finir sa vie en témoignant de la passion des autres. Ainsi elle est au plus près du cinéaste ou du romancier, c’est tout comme. Elle est à la fois une héroïne truffaldienne à part entière et un double du cinéaste-auteur. Singulière position en vérité. Même Doinel n’a pas ce statut.Alors quand on aime les films de Truffaut parce qu’ils donnent à voir et aident à vivre, on ne peut qu’être immensément triste de la disparition de Véronique Silver. En se disant également qu’on ne saurait la réduire à ce seul rôle (mais quel rôle…), elle qui travailla avec Resnais, Guiguet, Garrel et Planchon, entre autres. En se rappelant qu’elle était l’épouse d’Henri Virlogeux, merveilleux acteur, image parfaite des seconds rôles à la française qui n’ont rien de secondaire mais tout d’essentiel. Madame Jouve a donc rejoint Mathilde et Bertand. Véronique Silver est désormais et pour toujours dans nos mémoires de cinéphiles et nous sommes sous le charme d’une voix inspirée, d’un sourire lumineux, autrement dit d’une belle personne.

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