La diffusion, en février 2016, d’images choquantes de l’abattoir gardois par l’association L214 avait provoqué l’émoi. Le procès s’ouvre ce jeudi.

L'association L214 utilise les vidéos pour démocratiser les maltraitances animales.
L'association L214 utilise les vidéos pour démocratiser les maltraitances animales. © AFP / CHRISTOPHE ESTASSY

4 minutes 30 de souffrance. Tout le monde se souvient de la vidéo de l’abattoir intercommunal du Vigan dans le Gard en février 2016, difficilement regardable. Le procès de trois employés de abattoir, certifié bio, et de la communauté de communes du Pays Viganais se déroule ce jeudi et vendredi à Alès.

Un des salariés sera jugé devant le tribunal correctionnel d’Alès pour "des sévices graves et actes de cruauté envers un animal tenu en captivité". Il risque deux ans de prison et 30 000 euros d’amende. Les deux autres salariés seront jugés pour avoir "exercé volontairement des mauvais traitements". L’association de défense des animaux L214 montrait dans une vidéo de 4 minutes 30 des animaux égorgés, recevant des coups à la matraque électrique ou mal étourdis. Or, cet abattoir, petite structure misant sur les circuits courts et certifié bio, aurait dû être l’abattoir idéal. A l’époque l’abattoir avait été fermé quelques semaines.

Premier procès de ce type en France

Du côté de L214, le procès est attendu avec impatience. Le co-fondateur de L214 Vincent Arsac est présent sur place. Ce procès est le premier de ce type en France selon Brigitte Gothière, co-fondatrice et porte-parole de l’association qui explique : "On attend que la justice reconnaisse des actes de cruauté et de maltraitance mais aussi que la décision serve de jurisprudence pour les autres abattoirs. Pour l’instant les directeurs d’abattoirs se sentent intouchables car les services vétérinaires de l’Etat ne font pas leur travail." Pour deux jours de procès et une structure de 3-4 salariés, le dossier pénal fait 500 pages.

L’association végane L214, créée en 2008, est devenue une spécialiste de la dénonciation des tortures subies par les animaux et revendique 25 000 adhérents. Le nom de l’association "L124" fait d’ailleurs référence à l’article du code rural adopté en 1976 qui reconnait tout animal comme "un être sensible".

En avril 2016, grâce notamment à l’action de l’association, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll a demandé une inspection dans tous les abattoirs de boucherie. "80% des chaines ont été déclarées en non-conformité, majeure ou mineure", assure Brigitte Gothière. Puis, une commission d’enquête, présidée par le député Olivier Falorni, a été ouverte en mars 2016 à l’Assemblée nationale. Les associations de défense des animaux comme L214 ou OABA ont été entendues comme les directeurs des abattoirs et les différents acteurs de la branche.

"L'abattage est dur et violent"

Brigitte Gothière revient sur le travail de la commission d’enquête : "_Un gros boulot a été effectué avec des auditions et des visites inopinées des abattoirs. Des constats clairs ont été établis. Mais les propositions qui en sont ressorties sont faibles, pas à la hauteur de ce que les élus ont détecté. Pour l'association, la vidéo est l’atout numéro un pour démocratiser la cause animale. "_Les personnes peuvent se faire leur propre idée. On est allé chercher les preuves de ce qu’on avance. Les animaux souffrent et de façon insoutenable et pourtant on continue à manger de la viande. Il y a un paradoxe. On ne peut pas tuer les animaux en étant gentil. L’abattage est dur et violent."

En réaction à ces vidéos, les abattoirs prennent des mesures

Pour lutter contre la propagation des vidéos, "les téléphones portables sont maintenant confisqué à l’entrée" expliqueBrigitte Gothière. "Dans un abattoir, ils ont construit des murs autour du lieu précis où on tue. Mais on arrive encore à trouver des moyens pour obtenir des vidéos", explique la militante de L214.

Les critiques du monde agricole contre l’association ne manquent pas. Les agriculteurs craignent la mauvaise publicité et des pertes financières. Mais Brigitte Gothière assure que l’association L214 a reçu des soutiens du monde agricole car "beaucoup d’éleveurs sont choqués. Après c’est parfois compliqué pour eux de changer car ils en vivent".

La première vidéo choc a été diffusée en 2009

Elle montre un abattoir Charal à Metz. L214 porte plainte pour cruauté envers les animaux contre l’abattoir. L’affaire a été classée sans suite, comme la plainte déposée par Charal pour violation de site.

En octobre 2015, non loin du Vigan (Gard), l’association diffuse des images de l’abattoir municipal d’Alès dans le Gard. L’abattage de chevaux (saignés vivants), cochons, bovins était réalisé sans respecter les conditions animales. Après la diffusion de la vidéo, l’abattoir a fermé ses ports deux mois pour rouvrir le 9 décembre 2015 avec une phase de tests. Les abattages de chevaux ne sont plus effectués et le matériel d’abattage a été modernisé. L’enquête sanitaire des services de l’Etat n’a relevé que "quelques dysfonctionnements qui sont désormais réglés". "Une association qui va aussi loin, c'est du terrorisme, c'est carrément du terrorisme", avait lâché Max Roustan, maire d'Alès, lors de la commission d’enquête sur l’abattage à l’Assemblée nationale. La date du procès n’est pas encore connue.

En mars 2016, un autre abattoir certifié bio, celui de Mauléon-Licharre dans les Pyrénées-Atlantiques est dans le viseur de l’association. L214 montre des images chocs d’abattage de bovins, de veaux et d’agneaux de lait. Stéphane Le Foll, le ministre de l’Agriculture s’empare du sujet et exige des inspections dans tous les établissements en France dans le mois. "En cas de défaut avéré constaté à l'occasion de ces inspections", le ministre a demandé "la suspension sans délai de l'agrément de ces établissements". L’abattoir intercommunal du Pays de Soule est fermé par le maire de la commune. Il rouvre quelques semaines plus tard. Le procès n’a pas encore eu lieu.

En juin 2016, les pratiques de deux nouveaux abattoirs sont dénoncées : ceux de Pézenas (Hérault) et du Mercantour à Puget-Théniers (Alpes-Maritimes). Toujours filmées en caméra cachée entre novembre 2015 et mai 2016. Des plaintes sont déposées devant les tribunaux de grande instance de Béziers et Nice.

Le 3 novembre 2006, l’abattoir de Limoges, plus grand abattoir municipal de France avec 300 à 500 animaux abattus par jour et 80 employés, est pointé du doigt. Des vaches gestantes sont abattues proche du terme, amenant la mort par anoxie des fœtus. Un procès devrait suivre.

La dernière vidéo de l’association L214 date du 17 février 2017 et montre des vidéos de l’abattoir de Houdan dans les Yvelines. Elle est centrée sur la maltraitance des porcs. Une manifestation se déroule le 2 mars devant l’abattoir avec les défenseurs de la cause animale mais les représentants du monde agricole sont aussi sur place pour une contre-manifestation. Une plainte a été déposée.

Les procès vont donc se multiplier. En attendant, le rapport de la commission parlementaire du député Olivier Falorni préconise l’installation de vidéosurveillance dans les abattoirs.

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